Revues en revues ou”Vidéosphère”
Revue des Revues !
Une personne âgée qui m’était très chère et pour qui j’avais le
plus profond respect avait sa philosophie de la vie assez incisive ! Elle
portait sur chaque chose un regard rapide, sans juger, mais en émettant des
formules décapantes, nourries aux expressions de sa culture des gens du Sud. J’en
retiens une pour illustrer mes deux articles à propos du gag téléphonique, et pour
émettre une réflexion sur un phénomène contemporain grandissant.
Voici donc cette pensée, populaire certes, mais combien imagée,
parlante et pleine d’humour ! « D’une crotte de chèvre, il ne faut
pas en faire une cathédrale »
Oui donner de l’importance à ce qui n’en a pas, devient
aujourd’hui, chez les hebdomadaires, un moyen de faire des gros titres. Le plus
comique dans l’histoire c’est que cela devient presque ridicule car souvent nous
y retrouvons les mêmes Unes!
Ainsi je suis abonné à quelques hebdomadaires et en lit d’autres
sur Internet. Tous titrent sur la face cachée de ce Nicolas dont tout le monde
parle ; en effet une femme auteur (théâtre, journalisme, romans), Yasmina
Reza, au talent incontesté, mais à la finesse et intelligence perfide qui est
celle de l’écrivain, comme tous d’ailleurs, à la recherche de publicité
gratuite, a eu l’idée fabuleuse de sortir un document au titre plein de
mystère, « L’aube, le soir ou la nuit » sur ce personnage politique, pile au moment où justement le théâtre politique ouvre ses portes. La date est
extrêmement bien choisie ! Aux répétitions et aux avant-premières de ces
vaudevilles où chaque troupe, pardon, chaque parti, répète et affine ses
répliques, ses monologues, ses dialogues, ses harangues, pour la prochaine
saison ! Dans certains partis même, les acteurs sont encore en train de se
disputer le premier rôle !
Les journalistes, bien sûr devant ces politiciens devenus des « peoples »,
en oublient presque l’analyse ou la critique, pour essayer de faire du
sensationnel, du secret révélé : il est vrai qu’en voyant la baisse des
tirages, nous comprenons que tout est bon pour attirer les lecteurs. Et comme
la Presse dite « People » vend hélas énormément, la dérive
inéluctable se ressent de plus en plus chez les publications dites plus
sérieuses. Ainsi pour en revenir au titre extrêmement accrocheur de Yasmina
Reza, de grands hebdomadaires ont mis en couverture la sortie de ce bouquin.
Ainsi je pourrai citer le Figaro, et surtout le Point qui a titré « Les
coulisses d’un système » et comble du ridicule « Le Nouvel
Observateur » qui titre « La face cachée deSarkosy avec en rajout
« Exclusif » ! Je ne vous dis pas les tirages que va obtenir ce
livre avec autant de pub !
Que dire de cela ? Je ne me suis jamais engagé dans un
parti, ayant une âme de poète, et ne voulant pas avoir tatoué dans ma tête un sigle, un
logo style « UMP, ou P.S et encore moins P.C ou L.C.R. Je tiens trop à ma
liberté et ne veux pas être obligé en tant que militant, de passer sous les fourches caudines des seigneurs du
fief ! Militant pour moi se rapproche trop de militaire. Mais quand je
vois le parcours de certains ténors qui sont passés de la gauche à la droite ou
même de la droite à la gauche , et ne parlons pas de ceux qui naviguent en
fonction des courants et des vents, je préfère rester spectateur ! Moi
j’appelle ces naviguants au vent, les Re-siglés ! Je ne suis pas non plus
anarchiste, car hélas nous avons bien besoin de gens qui gèrent les
« affaires » pour ne pas laisser la conduite de notre Etat à un
potentat mégalo ou sadique ! ( je
rapporterai à ce propos des propos « en off » que m’avaient
tenus Georges Brassens, propos que je peux rapporter ; « Quand je
serai mort vous pourrez tout dire !. » m’avait-il déclaré. Nous nous
étions trouvés de nombreux points communs !). Mais le problème c’est que certains
de nos politiciens (car il y en a encore d’honnêtes mais ils restent discrets),
même s’ils sont sincères à leurs débuts,
recherchent bien vite, mendient presque, le plateau, les lumières !
Et s’ils ont un certain talent de bateleur, de camelot, de contorsionniste,
d’acrobate du verbe, et qui plus est une gueule belle ou qui sort de
l’ordinaire, ils sont de plus sollicités par les télés, mis sur le devant de la
scène ; une fois tombés dans la spirale du pouvoir, c’est-à-dire avec
cette envie incontrôlable de toujours monter plus haut, l’ivresse de l’altitude
devient bien vite pour eux une drogue. Avec le développement de cette presse
qui se « peopolise » ou qui se pipolise ( je n’aime pas le
franglais !) et de cette télévision où ils sont reçus comme des stars
(loges confortables, attachés de presse, nègres, séances de maquillage, buffet
d’après interventions, séances avec des nuées de photos), il faut comprendre
leurs déviances. Ce sont des êtres humains. Je me souviendrai toujours d’un
copain de lycée, plutôt à droite, et devenu un ponte rocardien m’avouer, avec
une joie d’enfant qui vient de recevoir un magnifique cadeau, joie qui se
lisait dans ses yeux dans son bureau de l’Assemblée où il siégeait depuis peu
avec un rôle important : « Tu vois il y a quelques mois je n’étais
comme toi qu’un simple citoyen, et aujourd’hui j’ai un pouvoir extraordinaire.
Il suffit que je soulève ce combiné et j’ai aussitôt le chef des parkings. Je
peux aussitôt partir avec une grosse voiture ornée de la cocarde tricolore,
conduite par un chauffeur, et aller partout dans Paris ou ses alentours !
Alors je ne te dis pas si je m’arrête devant un grand restaurant, le chauffeur
vient m’ouvrir la porte, le chef en personne vient m’accueillir, me fait des
courbettes, ne veut pas souvent que je règle la note. Et tu as vu l’Assemblée
où j’évolue, moi d’origine plutôt modeste, c’est un Palais ! » Je
me disais alors: Si j’étais à sa place, est-ce que moi aussi, je ne
réagirai pas de la même façon avec cette presque naïveté enfantine?
La frontière entre gens du spectacle et politiciens est infime :
ces derniers la franchissent de plus en plus. La réciproque est aussi
vérifiable ! Mitterrand disait des textes, Giscard jouait de l’accordéon,
Jospin chantait ( Maintenant « Les
feuilles mortes il les ramasse à la
pelle !) et combien d’autres ont poussé la chansonnette chez Drucker ou
chez Ardisson ! Même Hollande qui joue les farfadets galants, Ségolène les
starlettes sur des plages corses ou accouchait à ses débuts de
« starification » ( je préfère à starisation !) presque dans les
pages de « Paris-Match !), Nicolas se prend pour M.Cent mille volts
(et cela d’autant plus qu’il semble au courant de tout. On ne le verra jamais
chez les alternatifs !)
Nous
sommes à l’ère comme dirait R.Debray dans son Etude sur ce qu’il appelle la
médiologie, à l’ère de la vidéosphère ! (période de
l’audiovisuel ; » on pourrait croire parfois que c’est l’ère de
« l’idiovisuel » !). .Debray distingue d’abord la logosphère (
période de l’écriture manuscrite) et la graphosphère (période de
l’imprimerie).Les hommes politiques d’aujourd’hui l’ont très bien compris. Ce
qu’ils ont compris surtout c’est que leur pouvoir ne doit plus être transcendantal
ou résultat d’une source unique mais il doit être multiple et savoir se
diffuser dans toutes les racines de notre société : famille, art, justice,
marché, école, médecine, etc. Je vous renvoie à Michel Foucault qui en a parlé
avec talent. En tous les cas ils ont saisi qu’ils avaient à leur service, tout
de suite, le champ de diffusion style grand angle qu’a la télévision, qui peut
les amener en plus dans les coins les plus reculés ou dont les images et les mots s’inscrivent inconsciemment dans les esprits les plus retors Oui
maintenant, tous « font d’une crotte de chèvre, une cathédrale » où
ils essaient de réunir leurs fidèles ou les curieux

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