INEDIT: BECAUD à coeur ouvert! 3 “Méqué,méqué eh”
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Nous nous sommes
retrouvés peu de temps après dans la petite salle du restaurant où je l’avais
conduit. Les patrons, un couple familier du monde parisien et des artistes vient saluer
Gilbert et me demande de le photographier avec lui. J’espère qu’ils me proposeront
de le faire pour moi. Mais non. Je n’ai que la photo, que le photographe de S-O,
un ami , m’a donnée.
-
Gilbert Bécaud voulut m’inviter,
mais comme j’avais déjà dîné je me contentais d’une bière. Devant le menu il me
demanda conseil. On sympathisa très vite. Je ne savais pas encore, que j’allais
vivre un moment de confidences, d’anecdotes inconnues de moi. Etait-ce la
chaleur du vin, le besoin soudain de parler à un inconnu sympa et prêt à
écouter ? Nous étions nés tous les deux un 24 Octobre mais bien sûr pas de
la même année. Cela le fit sourire et sembla le rapprocher de moi et il
rajouta : ” Par contre moi je suis né le même jour et la même
année que Jean-Claude Pascal.” Il eut l’air surpris quand je lui dis que mes
parents m’appelaient Piou : il me parla alors longuement de son fils Pilou
et de son deuxième Gaïa. Je parlais avec lui sans gène comme avec un copain, la
conversation était simple, naturelle, sincère, agréable.
Je commence,
n’ayant pas voulu manger à siroter ma bière rousse. Gilbert lui a commandé une
salade aux gésiers, du magret avec un Saint-Emilion. C’est bizarre, je n’arrive
pas à réaliser que je me trouve à la même table qu’un de mes chanteurs préférés,
archi-connu ! Pourtant je suis bien, à l’aise, pas intimidé. .Soudain Gilbert
rit et me dit. Je suis né en 27, j’ai dans les 47 balais, tu pourrais être mon
fils, je te tutoie, tu permets ?
-
-Mais bien sûr, ça me touche !
-
-Tu es bête de ne pas vouloir manger
mais enfin si tu dis avoir mangé. Moi je suis bien avec Toi. Un jeune rencontré
par hasard ; j’aime bien les rencontres dues au hasard ! Dans les
tournées, ce qu’il y a de bien c’est qu’on peut rencontrer des gens totalement
inconnus, au fin fond de la France ou
d’ailleurs. des gens extraordinaires ou
surprenants avec qui on se sent tout de suite bien. Une fois au Canada,
une fille est venue me faire signer une carte où étaient inscrits une partie des
vers de ma chanson « L’absent ». J’ai trouvé cette carte
étrange : je lui ai demandé pour quelle occasion elle avait fait faire
cette carte. A ma grande surprise, elle m’a raconté, qu’un de ses meilleurs
amis était mort et que pour les faire-part de décès, elle avait fait imprimer
ces lignes « Qu’elle est lourde à porter l’absence de l’ami…
Ca m’a
tellement touché que je lui ai demandé si elle n’en avait pas une autre ;
elle en a sorti une de son sac, je l’ai gardée mais l’ai ensuite donnée à Louis.
Je trouvais ça tellement génial et émouvant.
-
Que Pensez-vous de la mort ?
-
Aïe ! Je suis un peu
superstitieux, c’est pour cela que j’ai donné la carte. J’en parle dans
certaines de mes chansons. Mais la mort me fait peur. Au début je
chantais « Mère douloureuse »
où les paroles parlent d’un jeune qui se tue volontairement à moto et on
vient annoncer sa mort au Père et à la Mère .Et quand j’ai vu des parents
pleurer dans la salle, j’ai compris que cette chanson leur rappelait un triste
souvenir et que ça leur faisait du mal ; alors j’ai arrêté de la chanter. Donc
elle n’existe que sur un disque de 63. C’est là qu’on voit que de simples chansons rappellent
des faits réels de la vie !
-
En parlant de superstition, le
costume, bleu, la cravate à pois et la main sur la tempe quand vous chantez ça
en fait partie ?
-
Là c’est facile. Pour la cravate et
le costume tu connais la réponse, tous les journalistes en ont parlé. Pour la
main on a raconté plein de choses : en fait c’est en m’amusant avec mon
fils Gaya, ça devait être en 55 ou 56, il devait avoir 2 ou 3 ans ou plus, je
lui chantais quelque chose et j’ai mis la main contre ma tempe ; ça l’a
fait rigoler ; j’ai trouvé ça trop mignon, j’ai donc continué avec
lui ; puis un jour je l’ai fait sur scène et j’ai vu la réaction
intéressée du public, et puis j’avais l’impression d’avoir plus de voix, alors
j’ai continué.
Fasciné je
l’écoute. On dirait qu’il a envie de livrer des pans cachés de son cœur. Aussi,
devant cette confiance avouée je me risque à l’entraîner sur le terrain de
questions plus intimes.
-
Tout à l’heure vous m’avez parlé de
l’enfance et des jeunes qui semblent importants à vos yeux. Pouvez-vous me
parler de votre enfance, de vos Parents ?
Je vois alors Bécaud qui goûte avec
délectation son vin ; il semble un moment très loin, perdu dans ses
pensées.
-
Heureusement que tu es jeune et que
je suis bien avec Toi, je vais t’en parler car c’est bon par moments d’ouvrir
la soupape. car en principe, je suis discret sur cette période. Pourtant
certains journaux ont en parlé. Mais enfin c’est le prix à payer quand on
devient célèbre. Tu sais l’enfance c’est la base de toute vie d’homme. S’il y a
des fissures, la construction s’en ressent.

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