Mariés depuis des siècles.
Chez les êtres humains le mariage dure peu ! De toutes façons, hélas, la mort met toujours un terme aux unions les plus solides.
Par contre sur notre terre il y a des unions fabuleuses qui
remontent à des temps immémoriaux et dureront peut être jusqu’à la fin de notre
monde. Ainsi le mariage de notre rivière Lot avec ce noble fleuve qu’est la Garonne
est toujours aussi beau. Leur union, même si on la prend de haut est toujours tellement admirable. Ce vieux et majestueux,
Monsieur le Lot, bleu roi et cette grande Dame bleue comme le ciel, encore
mutine mais un peu essoufflée en ces temps de canicule, ont longtemps hésité semble-t-il avant de
confluer en justes noces : ou du moins c’est ce dur à cuir venu du rude
Massif Central qui a du drôlement réfléchir dans sa tête et pas seulement
réfléchir le ciel ! Il a essayé de l’éviter puis est revenu vers elle, succombant à son côté plus
impétueux et plus folâtre ! Ah, s’il l’avait connue avec son allure vive
et un peu folle de sa jeunesse pyrénéenne ! Deux eaux qui se cherchent,
deux eaux qui se frôlent, deux eaux qui s’unissent en mélangeant leurs rêves
d’éternité. Union lente et silencieuse de leurs corps coulants qui ne font plus
qu’un, réunion fusionnelle ; se
mélanger, s’associer, communier, s’étreindre, s’accorder, s’apparier,
s’accoupler, faire lit commun, emprunter à deux le même chemin, c’est partager
cette intimité qui vous rend seuls au monde .
Plus puissants ils sont prêts, devenus une clepsydre géante, à
compter les degrés du temps qui s’écoule lui aussi. Eux seuls peut-être ont
goûté le sel et le miel de l’éternité ! La voilà ragaillardie. En
gazouillis, en gargouillis, en clapots, clapotis, clapotages et clapotements,
en murmures, en bruissements et chuintements, mais aussi joignant le geste à la
parole, en frôlements, en tourbillons, en bouillonnements, en ondulations, leurs
jeux d’amour se font ! C’est tellement mieux à deux d’affronter ce réel
changeant sans penser au lendemain. Car ils ont tout connu dans leur longue
vie : la folie ou l’égoïsme des hommes qui les ont muselés, enfermés, qui
ont pompé leur eau vitale, qui les ont souvent presque empoisonnés, qui ont
volé leurs habitants qui animent leurs corps, les poissons d’argent ! Là
où ils ont été heureux c’est lorsqu’ils ont coulé en accord avec la nature, bordés
par des centaines d’arbres différents loin des bruits naturels et artificiels
que font les hommes : cris,
vociférations, vacarmes, tapages, charivari, brouhahas, tintamarres,
tohu-bohu, mais encore détonations des 14 juillet, claquements, vrombissements
de moteur, hurlements de sirènes ; Ils sont bien petits ces êtres humains
mais combien bruyants et gênants !
Oui, ils préfèrent couler à l’ombre de ces sentinelles vivantes aux feuilles bariolées, narcissistes jusqu’à se mirer dans leurs flots ; oui, ils préfèrent aussi être caressés par des herbes longues et douces ! ! Mais le Lot, ce mach’eau, parfois l’énerve ; il fait le gros dos ou si vous préférez le gros d’eau ! Alors elle se met en colère et ses débordements sont légendaires, colères que l’homme affolé et conscient de sa petitesse a essayé de tempérer ! Parfois elle paresse. Lui a toujours été calme et pacifique au point souvent de se prélasser aussi en méandres, en cingles qui font la beauté de sa traversée des collines cadurciennes. Son lit était aussi plus étroit et plus profond.
Désormais il s’étale avec elle dans sa couche large et confortable que les hommes ont appelé vallée. Il ne sait pas le pauvre qu’elle pratique la polyandrie et qui plus est, qu’elle a l’esprit si libre, qu’elle a ouvert son lit aussi bien à l’Ariège, qu’au Tarn et à bien d’autres encore. Même avec lui, elle continuera à étreindre d’autres affluents de tous genres ! Bisexualité innée, sensualité à fleur d’eau. Inassouvie, jusqu’au terme de sa vie, cette érotomane éternelle, s’est prise sur sa fin arrivant, d’une passion maladive pour ce Roi puissant qu’est l’Atlantique qui la domine, l’impressionne, la séduit, la trouble, la fascine l’émeut, l’obsède, l’excite,l’enivre, l’agite ! Elle en oublie ses maris et ses maîtresses ! Aussi, bouleversée, désorientée, déconcertée, perturbée, ensorcelée, pour se donner du courage, car elle redoute, elle craint l’Océan, ce monarque aux courroux célèbres, ce charmeur herculéen des autres créatures d’eau, Seine, et Loire, ce colosse ondoyant, versatile, elle prend la main de son Amie la Dordogne, elle aussi éprise, pour aller jusqu’au bout de cette attirance obsessionnelle.
A deux elles s’étalent, ondoyantes, désirables, aliénées, soumises et offertes avant se jeter à flots perdus dans les vagues de ses draps ondulants ! Leur union se remarque par ce long et tumultueux baiser d’écume.
Si le ciel pudique jette un voile de nuages sur cette copulation indécente…………
…. les hommes, eux ces indiscrets surprenants ont construit cet immense et longiligne cyclope de pierre pour mieux observer cette étreinte incroyable
Parfois même, l’océan indécent ose les pénétrer, sans complexe par ce phénoménal et indicible mascaret qui trahit la violence de ses ruts et la force de sa puissance virile ! Mouvement des eaux ( en latin “aestus”) qui a donné aestuarium, oui, estuaire en français, mouvement des eaux perpétuel, pouls de ce temps qui passe !
Images personnelles et de Google Earth.





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