Sans Bac t’es Rien ! 2° ou le Cauchemar commence!
J’entrai et vis un gars d’environ
trente cinq ans, d’allure sportive, énergique, les cheveux en brosse, mais
souriant. Il me fit tirer un sujet. Quand j’ouvris le papier je vis ces seuls
mots : « Pour ou contre l’existence de Dieu. ». Il me dit
d’aller préparer dans un coin de la salle pendant qu’il interrogeait l’élève
d’avant moi.
Notre prof, pourtant marxiste nous
avait bien préparé à ce sujet (d’ailleurs nous avions au programme « Les
méditations métaphysiques de Descartes » mais aussi Pascal) En plus je
m’étais intéressé au 18°. Donc très vite je construisis un plan sur ma feuille
avec les “pour”, puis “les dubitatifs” et enfin les “Contre”. Et surtout, nous avait
conseillé notre prof, essayez d’être neutre : Thèse, synthèse, antithèse,
conclusion sans surtout prendre position ! Même si le prof vous tend un
piège et vous demande votre avis. C’est un devoir de philo et pas un pamphlet
ou un article incendiaire d’un journal d’opinion. Vous n’êtes qu’un élève qui
doiit traiter un sujet dit, c’est tout. Donc là il ne fallait surtout pas que
j’annonce que j’étais un catholique fervent ou au contraire un athée
convaincu !
L’autre élève ayant fini, le
prof m’appela car j’étais le dernier
élève à passer: « Allez-y je vous écoute « Je lui débitais tout. Il
écoutait sans dire un mot, sans que son visage trahisse une quelconque émotion
(mécontentement, sympathie, encouragement.. Rien). Il se tenait sur ses coudes
et appuyait le bas de son visage dans la paume de ses mains. Quand j’eus fini,
il sourit et me dit « C’est parfait. Ca fait plaisir de terminer comme
cela. Je vous mets 18 ! » Agréablement surpris, je sortis en sautant
de joie. Je calculais mes points. J’avais assez de points déjà pour être
reçu ! Même si je me prends un 6 ou 7 en histoire et Géo, je suis sûr
d’être reçu. Le prof de philo me rejoignit et me dit : « J’ai
entendu que vous calculiez vos points. Qu’est-ce qui vous reste à passer ?
-L’histoire et géographie.
-Hum. Surtout restez calme et faites attention à ce que vous dîtes.
-Pourquoi vous me dites cela ?
Vous m’inquiétez car on m’a dit que cette Dame est terrible.
- Ecoutez, je ne peux rien vous dire
sur une collègue que je n’ai qu’entre aperçu ce matin. En plus je ne travaille
pas avec elle. Mais je vous fais confiance. Allez. Du courage.
Ses paroles au lieu de me rassurer
me donnèrent un trac terrible. J’entrai dans sa classe. Je vis tout de suite
son visage anguleux , son nez fin et pointu, ses petites lunettes cerclées
d’or, son superbe collier en or aussi assorti à deux bracelets, sa coifure
impeccable et son tailleur clair très B.C.B.G ! Je lui dis bonjour. Elle
me répondit sèchement avec une voix aigue « Voilà, tirez une question
d’histoire et une question de géographie, Monsieur ! » Son ton me
glaça. Quand je vis les sujets, je me dis : Bon ça va ; en histoire,
j’ai la politique extérieure de Bismarck; là j’ai buché, pensant tomber dessus;je connais tout sur le bout des doigts, même les dates, moi qui n’ai pas la mémoire des chiffres! Et en géo, j’ai le Pakistan. Nous ne
l’avons pas vu mais je l’avais bûché, d’autant plus que sur mon livre, il n’y
avait qu’une page sur ce pays ! Mais j’en sais assez pour baratiner ! Et qui plus est, je lis avec attention,les journaux et j’y ai appris les conflits intérieurs mais aussi extérieurs avec l’Inde, l’ennemi tout trouvé à propos du Cachemire et du massacre des musulmans dès 61 dans la Province du Madhya Pradesh!
Mais je ne sais si ce genre de bonne femme pouvait se laisser embarquer par une
voix mâle. Pendant quelques secondes j’essayais d’imaginer cette prof, qui vu
sa tenue vestimentaire devait vivre dans un superbe appartement meublé avec un
style empire.
Elle me dit d’aller préparer mes
réponses sur un ton de militaire. Elle interrogeait une fille et visiblement
elle s’énervait avec cette élève. J’essayais quand même de me concentrer et de
sortir un plan avec des notes. J’avais presque fini quand j’entendis la voix
perçante de la prof hurler à la jeune fille »Et bien vous pouvez partir et
je ne vous félicite pas. Vous avez 5 de moyenne ! »
-Allez, Monsieur, je suis prête à
vous entendre. Au point où j’en suis : Approchez.
Quelle morgue, quelle
mépris,pensai-je…
J’arrivai presque tremblant et pour
ne pas la vexer, j’attendis par politesse qu’elle me demande de
m’asseoir : « Et alors vous allez rester longtemps debout ?
Vous êtes au garde à vous et elle se mit à rire désagréablement. ». Je
m’assis donc. J’attendais qu’elle me dise si je commençais par l’histoire ou la
géographie. Mais à moitié tournée, elle me regardait de trois quarts sans rien
dire. Elle jouait, avec la main droite, en faisant tourner son stylo sur le
bureau. Essayait-elle de me déconcentrer ? Alors timidement, je me mis à
lui dire : « Bon Madame.. » « Non Mademoiselle
Monsieur ! » s’écria-t-elle en me faisant sursauter. Ouille ça
commençait mal. « Donc, Mademoiselle, si vous voulez je vais commencer par
l’histoire. Donc il faut rappeler les dates où Bismarck… » Je repris confiance en moi ” Otto Léopold Bismarck, chancelier de Prusse de 1862 à 1871. Il unifia l’Allemagne et devint le 1° chancelier de l’Empire Allemand de 1871 à 1890… « Tiens,
c’est bizarre, dit-elle avec une sorte de sourire sarcastique qui me fit penser
à une sorcière, pourquoi voulez-vous commencer par l’histoire ? Je ne vous ai rien dit! Le
Pakistan vous fait peur ? Et arrêtez d’affirmer ! Donc, donc ! ».
Elle arrivait à me faire perdre mes
moyens et c’est avec prudence que je lui dis :
- Non, mais comme vous l’affirmez vous même, vous ne disiez rien, alors je vous ai
proposé de commencer au hasard par l’histoire »
« Et bien moi Monsieur je
n’aime pas le hasard. Puisque c’est ça, vous allez me parler du Pakistan.
Je commençai, un peu décontenancé par sa
réflexion bizarre : « Le Pakistan, est un des rares pays coupé en
deux, et cela à cause de l’Angleterre, depuis la partition de 47. Il y a le
Pakistan occidental et le Pakistan oriental. Ces deux parties sont essentiellement
agricoles avec dans l’occidental la culture de céréales et dans le Pakistan
oriental ( Pour vous lecteur, ce Pakistan oriental est appelé aujourd’hui,
depuis 71, BenglaDesh), on cultive surtout du riz.
-Non mais vous croyez que je vais me
contenter de cela Monsieur ? Quels sont les tonnages de productions ?
-Ecoutez, Mademoiselle (je faillis dire
Madame,) je peux vous les donner, ou du moins vous donner ceux que j’ai appris sur mon livre. Mais ils
ne doivent plus être vrais, car mon livre est sorti il y a onze ans.
-Mais monsieur, quand on est jeune comme
vous, on se tient au courant de l’actualité ! (J’eus envie de lui répondre
que j’avais d’autres intérêts à mon âge, que les tonnages de production des
céréales et de riz du Pakistan, mais je sentis qu’il valait mieux se taire.)
Mais elle ajouta encore plus perfide. « Mais Monsieur, j’ai remarqué
que vous m’aviez dit : le Pakistan occidental produit des céréales et le
Pakistan oriental du riz. (Je ne voyais pas où elle voulait en venir). Donc
Monsieur vous ne savez pas que le riz est aussi une céréale ! Et elle
détacha, en scandant fortement les mots, la fin de sa phrase). Je n’en pouvais
plus. Son côté pervers et sadique avait eu raison de mon calme et de mon
sourire. Elle semblait jouer, un jeu cruel, qui peut-être lui procurait du
plaisir, mais pour moi c’était ma vie, mon avenir qui étaient en jeu. En
était-elle consciente ? Je pressentais le pire. C’était la première fois
qu’une femme arrivait à me déstabiliser aussi négativement.
-Alors continuez Monsieur, je suis toute ouïe !
- Bon, je vais vous parler de la capitale qui
est Rawalpindi…
-Non ! Hurla-t-elle, triomphante. Vous
dites n’importe quoi. La capitale est Lahore, euh non, Karachi. Vous arrivez
avec votre ignorance à me faire dire des bêtises. J’hallucine, dit-elle en
secouant la tête. Heureusement qu’à Montaigne je n’ai pas d’élève dans votre
genre ! Être agrégée et être obligée d’interroger dans ce département des
gens comme vous ! (Je sentis du mépris dans son ton et j’eus envie de
crier « Pourquoi, ici dans le Lot et Garonne, vous nous considérez comme
des plouques ? Mais il fallait rester calme !)
En plus elle essayait de m’humilier du haut
de son ego perdu sur les cimes de sa suffisance. J’avais envie de lui dire mes
quatre vérités. Mais tant pis, je ne tiens plus, je vais jouer comme elle
l’ironie et lui montrer que je ne suis pas le cancre qu’elle croit.
-Mais non Mademoiselle. En effet Lahore a été
la 1° capitale de fondation puis ce fut Karachi avec Dakka comme capitale
administrative, mais depuis une semaine, avec les troubles dont je suis sûr,
vous avez entendu parler, avec notamment la rivalité avec l’Inde à propos du Cachemire mais surtout les rivalités entre le Président Ayub Khan et Ali Bhutto, ils ont décidé de faire de Rawalpindi, la nouvelle
capitale. Mais peut-être que ce ne sera que provisoire Et je ne pus m’empêcher
d’ajouter avec le sourire. Vous m’aviez reproché de ne pas me tenir au courant.
Vous voyez, je lis les journaux et j’ai lu que c’était Rawalpindi pour le
moment.
-Ecoutez Monsieur, vous m’agacez. Je ne veux
plus vous entendre. J’ai encore un élève à écouter. Alors sortez.
-Mais attendez m’écriai-je ! Vous ne
m’avez pas interrogé sur la politique extérieure de Bismarck !
-Vous ne comprenez pas le français : je
ne veux plus vous entendre (martela-t-elle !). Je vois le type d’élève
insolent que vous êtes. Alors vous savez je n’ai pas envie de m’énerver avec
vous. Adieu Monsieur !
-Mais vous ne m’avez pas dit la note que vous
me mettez.
-Non, mais quel toupet ! Vous
m’interrogez maintenant.
-Mais tous les autres professeurs m’ont donné
ma note. Et, vous-même, tout à l’heure je vous ai entendu donner la note
moyenne à l’élève précédente.
-Et bien moi je fais ce que je veux. Je n’ai
pas envie de vous la donner c’est tout.
Et vous connaissez vos autres notes ! Eh bien si c’était aussi brillant
qu’avec moi !
- Mais oui ! J’ai même eu un 18 en philo.
-Ah ! Ah. Et bien allez philosopher sur
votre attitude et sur les conséquences que peuvent avoir vos actes.
Adieu !
Et je sortis tout penaud. Il me semblait que
je venais de faire un horrible cauchemar et il me tardait de me réveiller. C’était
tellement irréel, surréaliste. Une prof comme cela, aussi caricaturale !
Je ne savais même pas que cela existait. On m’avait bien dit qu’à Montaigne
pour entrer dans la salle des profs, il y avait deux portes : une pour les
profs dits »normaux » et une pour les profs agrégés ! En voyant
cela, je pense que ça doit être vrai ! Mais non, j’avais bien vécu cette
sorte de torture surprenante, cette espèce de harcèlement, incroyable,
incompréhensible, effarant. Ce n’était pas possible ; j’étais tombé sur
une sadique qui devait avoir de sacrés problèmes. Je repensais à la citation de
Proust que nous avait donné notre Prof de français, Trissotin, à propos d’une
pièce de théâtre : ” Il n’y a guère que le sadisme qui donne un
fondement dans la vie à l’esthétique du mélodrame ». Il nous avait fait
sourire avec cette citation. Mais aujourd’hui c’est moi qui suis en plein mélo
et c’est elle qui est sadique. J’ai beau chercher je ne trouve rien de beau
dans ma presque détresse d’ado révolté. C’est beau d’écrire des choses si profondes
dans la quiétude de son bureau ou sa chambre. Quoique Proust était un gars bizarre.
Mais la réalité de la vie, c’est autre chose que le roman ! Et surtout ne
pas être interrogé en histoire et en plus, être jeté comme un malpropre. Et puis je commençais à culpabiliser: devant son mépris j’ai peut-être voulu le lui montrer que je savais pas mal de choses, peut-être plus qu’elle au niveau de l’actualité et ça l’a énervée. Peut-être aurai-je du lui cirer les pompes et lui dire des “Je m’excuse Mademoiselle la Professeur agrégée, vous avez entièrement raison, j’ai fait une erreur ( même si c’était-elle qui se trompait, tout prof agrégée qu’elle était!), mais ça, je ne peux pas et je ne sais pas faire ! Je
revins à cette foutue réalité en voyant le professeur de philo qui m’attendait à la sortie avec ses autres
collègues qui avaient tous terminé. Cette sorte d’intérêt, de forme de
complicité me toucha. Il faut croire que je leur avais paru sympa et sensible
pour venir « s’occuper » de mon désarroi. En fait ils avaient du en
discuter et l’un d’eux devait connaître ce phénomène de « bonne »
femme ! Moi qui ne suis pas misogyne, heureusement que les jeunes femmes rencontrées, elles, étaient synonymes
de douceur, de complicité, d’amour, de tendresse, d’intelligence du cœur, d’humour !
En voyant
ma mine, il me demanda :
« Visiblement, ça c’est mal
passé ? »
Ouille! Quel euphémisme!
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iguane dit :
Ah ! Non ! d’accord tu as eu la plus chameau des profs, OK tu as eu du mal à t’en remettre, mais tu vas le dire enfin microbe (ben oui, sang bactérien) si tu l’as décroché ou pas ce bac ou si tu as tué la bourrique et fais les 42 années suivantes à l’ombre ?
pour le coup tu aurais eu le temps de réviser !
rochambeau dit :
Comme disait je ne sais plus qui “Tant que l’irrémédiable est en suspens, l’angoisse rôde, pire que la défaite!” Curiosité suspends ton vol !