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Un BLOG Internaute
du Journal SUD OUEST

Des Mots et des Maux
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Aimé aimé. 2°

Mais comme hélas l’homme ne changera guère, il y aura encore des régimes répressifs à déplorer.

Alors revenons à Aimé Césaire.

Dans sa vie active, son verbe puissant dépasse largement le seul combat des antillais pour retrouver leur souveraineté dans leur propre pays, pour devenir un appel universel à la dignité humaine, à l’éveil, à la liberté de tout être , à sa réalité ‘ et à la responsabilité.Quand Londres croulait sous les bombes et que certains de ses frères de couleur se marraient “de voir les Blancs prendre une raclée” il leur répondait;” Non devant la barbarie montrons que nous aussi nous existons et que nous pouvons nous battre”. Il revendiquait sa réalité d’homme trop longtemps niée. Car Césaire ne veut pas être seulement un poète à la doctrine bien établie. Car il est avant tout un homme avec ses révoltes, ses joies. Aussi il veut que sa poésie soit vivante, pure, exigeante, déconcertante, choquante même ! Il veut charmer, attirer l’attention des autres par l’originalité de ses images. Images sortant de l’ordinaire, certes mais originalité jamais gratuite, pleine de sens, urgente. Ayant connu Léopold Sedar Senghors à Normale Sup, comme je l’ai indiqué plus haut, il fut avec lui l’initiateur de la Négritude, mouvement qui fit beaucoup pour redonner au peuple noir la fierté de ses racines africaines.” Nègre je suis, nègre je resterai!” Comme son Ami Léopold, ses poèmes sont écrits dans la langue française la plus pure, la plus belle qui soit, mais dans cette langues aux racines latines et grecques.; mais lui, en plus,il prend des libertés avec la syntaxe , car lui il embellit ses poèmes, les singularise d’expressions spécifiques à l’imaginaire des Iles où resurgissent des bribes de la culture africaine, sans jamais tomber dans le pittoresque ou le régionalisme.Car Césaire r, bien qu’il accepte cette nouvelle terre où il a planté ses racines, il revendique son origine africaine et regrette même parfois à cause des Blancs d’avoir volé cette terre qu’il a fait sienne, à d’autres!

A Césaire ajoutons d’autres poètes comme Depestre, Guy Tirolien ,Paul Niger, Glissant ( plus violent que Césaire). Ces magiciens du mot de cette partie du monde ont considérablement enrichi la poésie francophone de la deuxième partie du XXème siècle en lui apportant une note originale.

De Le Clézio à Orsenna, en passant par Chamoiseau, iniateur de la « créolité », beaucoup se revendiquent « fils de Césaire. »

Mais plutôt que de disserter, il vaut mieux se replonger dans quelques extraits de sa Poésie qui lui était si ressemblante. Poésie que je qualifierai de flamboyante, d’ondoyante ! Certains la trouveront déroutante à cause de ses libertés syntaxiques ou de ses images ou métaphores si hardies. Mais n’est pas-ce pas le privilège du poète que cette liberté du poète ” car le poème le fait plus exister que l’action politique”. Sa modernité pourrait amener ses textes à être de nos jours slamés !

LA ROUE

La roue est la plus belle découverte de l’homme et la seule
il y a le soleil qui tourne
il y a la terre qui tourne
il y a ton visage qui tourne sur l’essieu de ton cou quand
tu pleures
mais vous minutes n ‘enroulerez-vous pas sur la bobine à
vivre le sang lapé
l’art de souffrir aiguisé comme des moignons d’arbre par les
couteaux de l’hiver
la biche saoule de ne pas boire
qui me pose sur la margelle inattendue ton
visage de goélette démâtée
ton visage
comme un village endormi au fond d’un lac
et qui renaît au jour de l’herbe et de l’année
germe

Cahier d’un retour au pays natal - extraits


Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

l’homme-famine, l’homme-insulte, l’homme-torture
on pouvait à n’importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d’excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot

mais est-ce qu’on tue le Remords, beau comme la
face de stupeur d’une dame anglaise qui trouverait
dans sa soupière un crâne de Hottentot?


Je retrouverais le secret des grandes communications et des grandes combustions. Je dirais orage. Je
dirais fleuve. Je dirais tornade. Je dirais feuille. Je dirais arbre. Je serais mouillé de toutes les pluies,
humecté de toutes les rosées. Je roulerais comme du sang frénétique sur le courant lent de l’oeil des mots
en chevaux fous en enfants frais en caillots en couvre-feu en vestiges de temple en pierres précieuses assez loin pour décourager les mineurs. Qui ne me comprendrait pas ne comprendrait pas davantage le rugissement du tigre.
Et vous fantômes montez bleus de chimie d’une forêt de bêtes traquées de machines tordues d’un jujubier de chairs pourries d’un panier d’huîtres d’yeux d’un lacis de lanières découpées dans le beau sisal d’une peau d’homme j’aurais des mots assez vastes pour vous contenir
et toi terre tendue terre saoule
terre grand sexe levé vers le soleil
terre grand délire de la mentule de Dieu
terre sauvage montée des resserres de la mer avec
dans la bouche une touffe de cécropies
terre dont je ne puis comparer la face houleuse qu’à
la forêt vierge et folle que je souhaiterais pouvoir en
guise de visage montrer aux yeux indéchiffreurs des
hommes





Il me suffirait d’une gorgée de ton lait jiculi pour qu’en toi je découvre toujours à même distance de mirage - mille fois plus natale et dorée d’un soleil que n’entame nul prisme - la terre où tout est libre et fraternel, ma terre.

Partir. Mon coeur bruissait de générosités emphatiques. Partir… j’arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : « J’ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies ».

Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte… Et si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerai».
Et je lui dirais encore :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir. »

Et venant je me dirais à moi-même :
« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l’attitude stérile du spectateur, car la vie n’est pas un spectacle, car une mer de douleurs n’est pas un proscenium, car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse…
»

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