Le Trou ! Là ! Là ! 1°
Le Trou ! Là ! Là !
Ah comme ces vacances s’annonçaient donc calmes, tranquilles, ensoleillées!
Et puis lorsque l’on se prélasse alors, comme dans une normalité innocente, confortable, ,
s’échafaudent, si l’on réfléchit à posteriori des
évènements importants, lentement, insidieusement, avec des brindilles de petits détails
sans importance qui,c’est étrange, malicieusement comme dans un minuscule jeu de construction,
se soudent, s’emboîtent un à un, et la pyramide monte, invisible. Et puis sans crier gare, tout s’écroule sur vous dans un fracas intérieur silencieux, dévastateur. Vous
êtes soudain perdu devant la rapidité de la catastrophe arrivée !
Nous remontons rapidement dans notre
chambre après le dîner. En effet la foule, des gens comme fascinés par la
nourriture abondante, tournant plusieurs fois auprès des plats offerts aux appétits
souvent gargantuesques, nous avait poussé à écourter cette séance du dîner. C’est vrai qu’il y avait foule : tous les groupes de musiciens, danseurs
anglais, polonais,guadeloupéens, monténégrins ajoutés aux quelques touristes
retraités ou fonctionnaires profitant de la mi saison avec ses avantages. Le cortège sonore, le paso sacré s’emballait. C’est fou comme subitement des gens devant tant de nourriture, peuvent passer, repasser, prendre
de tout, avaler le contenu de leur assiette parfois au ¾ seulement pour revenir
se resservir comme s’ils n’avaient pas mangé depuis dix jours. Procession
profane six fois, sept fois recommencée autour de l’autel si riche ou à chaque fois on se
prosterne pour prendre deux fois des entrées, deux fois des plats principaux et
des légumes et deux fois des desserts quand ce n’est pas trois!. Quand ce n’est pas six fois. C’est uncroyable
cette religion de la bouffe ou les pratiquants comme les membres d’une secte
ont les yeux exorbités et inquisiteurs, les gestes rapides pour prendre avant
l’autre le meilleur morceau. Les petits pas sont nerveux, les regards méfiants ; et de retour à leur autel privé, c’est la communion
étonnamment expéditive. Et croyez moi
tous les pratiquants, jeunes, vieux, blancs, noirs, maigres, gros, de tous pays sont à
égalité dans la ferveur démesurée.Frères morfales, membres de la même communauté!
Défiler dans ces processions nous gène pour ne pas dire nous agace. A notre table, nous préférons regarder, en mangeant rapidement notre salade, notre poisson et notre fruit, à travers la vitre, entre deux palmiers le soleil rouge de voir ces petits hommes comme des fourmis amasser en vitesse, sans honte, leurs provisions !
D’ailleurs écoeuré il va plonger pour ne
plus assister à ce spectacle qui donne le tournis, dans la mer qui a mis sa
robe de platine irisée de rose et de rouge.Ouf nous voilà seuls dans l’ascenseur et enfin
dans l’île déserte de notre chambre, loin de ce brouhaha enivrant et de ces
odeurs de nourriture écoeurantes.
Je vais sur le balcon où le spectacle merveilleux du crépuscule commence. Moi l’éternel admirateur de ces couchers de soleil surréalistes et troublants de beauté, je me mets à mitrailler cet incendie fabuleux qui embrase le port et la rade entière.
Mais soudain mon appareil me signale que la
carte mémoire est pleine. Alors dans la précipitation, je vais jusqu”au sac-étui de
mon appareil, posé sur la coiffeuse, sortir une carte neuve que j’avais rangée dans sa petite boite,
dans une des poches et mécaniquement, moi le désordonné (c’est incroyable les
réflexes conditionnés acquis inconsciemment,), je range ma carte pleine de 475
photos dans la petite boite que je referme et la remets dans la poche du sac étui.
Pris par la fièvre de ne pas rater le spectacle fabuleux, mon cerveau s’est mis
sur automatismes, alors que si j’avais réfléchi, j’aurais rangé le précieux et
minuscule trésor dans une poche de ma valise !
Mon appareil avec une nouvelle carte vide, lui aussi est prêt à continuer son travail ! La soirée est sereine et annonciatrice d’un lendemain ensoleillé. Ma compagne vient me rejoindre sur la terrasse.
Puis un moment après, nous rentrons et, précautionneusement, je range, moi le désordonné, mon Canon dans son sac que je
peux accrocher à la ceinture. Il sera prêt pour la journée de demain avec même
en secours un jeu de piles neuves. Mieux vaut prévenir que guérir.
Le lendemain, le soleil brille et nous prenons allégrement la route presque déserte des collines avec au programme le
monastère de San Per de Rodes.Je suis guilleret, ma compagne est détendue. J’ai
envie de plaisanter. A Palau je lui dis c’est vrai que c’est sec( Pas l’eau !). Elle hausse
les épaules. A Pau je lui dis : »C’est sûr aujourd’hui avec ce ciel
bleu nous avons un sacré pot ! Elle sourit avec un air navré. C’est vrai qu‘ ‘elle commence à
être habituée à mes jeux de mots et semble y devenir insensible A Villajuiga,
j’hésite avant de trouver la bonne route. Nous nous plaignons en France de la
signalisation des lieux mais ici c’est encore plus fantaisiste. A un grand
giratoire – je ne sais pas si en Espagne, les élus comme en France
touchent de sacrées commissions quand ils font construire ce genre de
distributeur routier, de rond-point, mais sur certaine routes il y en un tous
les cinq kilomètres !-, je prends la direction du monastère inscrite et ensuite sur la route secondaire, au moindre croisement, plus de pancarte indiquant la direction choisie !). Dans le village plus rien; je tourne et retourne. Je me trouve alors devant l’Eglise du village et suis
prêt à demander à un homme qui semble le curé de la paroisse quand j’aperçois
dans un coin un petit panneau indiquant la direction du vieil édifice religieux. Le curé a
des cheveux, malgré un front dégarni tirant sur le roux. Alors tout content
d’avoir retrouvé ma route je dis à ma compagne. « Tu vois ce curé aurait
du se trouver à Pau j’aurai pu dire quelque chose de marrant » Surprise
elle me regarde et me demande ‘Qu’est-ce que tu aurais pu dire de si
amusant ?». « Et bien à Pau j’aurais pu dire si j’y avais vu ce brave
curé :Regarde, l’Abbé Roux » Elle me regarde surprise et
interrogatrice. « Et bien à Pau l’Abbé Roux, A Pau, Bayrou ! »
« Et bien tu vas continuer à me surprendre avec tes contorsions
verbales ? Si tu arrives à me faire rire, aujourd’hui tu seras fort, il faudra
que tu te surpasses drôlement dans tes acrobaties! « » Elle ne
croyait pas si bien dire !
Nous prenons la petite route indiquée et à un km du village j’aperçois dans les vergers d’oliviers plein de coquelicots « Oh les photos à faire ! Justement il y a de quoi se garer ». Je range la voiture et prends mon sac avec son appareil que je n’ai pas accroché à ma ceinture pour conduire sans être gêné. Nous descendons. Il y un petit muret d’environ 1m50 en pierres, difficile à escalader, mais j’aperçois un endroit où il n’y que le talus vertical de terre et de quelques pierres plus ou moins enfoncées dans la terre. En haut le champ est rouge ! Il faut que j’y grimpe.
Pour avoir les mains libres je prends mon appareil et pose le sac étui
dans l’herbe du bord de la route en me disant : « Je le récupèrerai
en repartant. ». Mon Amie me dit « Méfie toi de ne pas tomber. Tu n’as
plus 20 ans et ça n’a pas l’air facile ! » Mais redevenu ,malgré mon
mal aux jambes, le gamin impétueux, je pose mon appareil en haut sur le talus, et entreprends l’escalade ! J’avise un
renfoncement dans lequel je mets mon pied gauche, m’accroche à des herbes, des
branches, pose mon pied droit un peu plus haut, sur une pierre à moitié
enfoncée, m’élève, pose mes mains sur le sommet et par une traction, dont je ne
me serais pas cru capable j’élève mon corps, pose ma jambe droit sur le sol
élevé et accède sur le champ surélevé. Je récupère mon appareil, prends des photos.
!

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