Le Trou ! Là! Là ! 2
Chouette, en contrebas, de l’autre côté de la petite route, j’aperçois d’autres coquelicots. Vite il faut que j’y aille car en plus l’arrière plan est plus beau ! Ma compagne inquiète me regarde et me dit avec un demi sourire « Attention tu vas tomber ! ».” Bof, si j’ai pu monter, ce qui n’était pas facile je vais pouvoir aisément descendre ” . Mais une branche que je tenais casse, la terre s’effrite. La descente paraît plus compliquée que prévue ! . Soudain, mon Amie s’écrie «Prudence ! Tu as vu en dessous le trou ; là, là ! », . Je regarde dans la direction de son doigt, en dessous et vois la gueule béante et menaçante d’une sorte de grande bouche d’égout carrée, maçonnée, d’environ 70 centimètres de côté ; construite pour les eaux de ruissellement lors des forts orages, ouverture que dans ma précipitation, je n’avais pas repérée juste au pied du lieu choisi pour l’escalade, gueule édentée mais semble-t-il féroce, aux aguets dans l’herbe!. Je mets prudemment le pied sur une pierre tout en rassurant ma compagne. Mais sous mon poids, la pierre se détache de la paroi de terre et subitement je me sens précipité, sans possibilités d’esquisser quelque geste. Et comble de malheur je file droit dans la gueule béante prête à m’avaler ! Déjà mes jambes sont à l’intérieur, puis le début de mon corps. Heureusement par un réflexe inconscient, j’ai écarté mes bras, peut-être pour préserver mon appareil photos. Je suis les jambes pendantes dans le trou mais je me tiens fermement avec mes bras écartés. En une seconde je réalise ma situation délicate. Je crie à mon Amie de saisir l’appareil que je tiens dans ma main droite, puis par une traction difficile, j’arrive à sortir une jambe, puis l’autre. Fatigué par l’effort, je m’arrête un instant, la nuque et les épaules sur le rebord arrière de la bouche, les fesses dans le vide et les jambes à partir des mollets solidement appuyées sur le bord opposé. Mon Amie , sans doute effrayée, qui n’avait pipé mot, en me voyant dans cette position presque confortable attrape le fou rire et l’appareil en main me dit « Oh ce n’est pas possible. Ta situation extraordinaire est géniale ! Je vais te prendre en photo ! » Alors malgré l’émotion pour ne pas dire la peur qui m’a saisi lors de ma chute, j’enlève mes lunettes et me mets à sourire ( et oui que voulez vous les automatismes du film que j’ai tourné avec Téchiné reviennent ! )Mais recroquevillé, déformé par ma position sortant de l’ordinaire, rougi par la peur et le soleil, je dois être enlaidi, affreux! Et surtout que l”appareil n’est pas sur “automastique” et qu’elle ne sait pas faire la mise au point! Qu’importe je suis sauf !
La photo prise, j’arrive à me relever et pour
montrer que je n’ai pas eu peur et pour me prouver que je ne me suis pas fait
trop mal, malgré des écorchures au bras, je récupère mon appareil en sifflotant, et me précipite
vers le champ en contrebas plus facile d’accès, pendant que mon Amie part sur
la petite route, pliée de rire. Comme si de rien n’était, je prends mes photos,

me remets au volant, démarre, m’arrête, fais monter ma compagne qui continue à
rire. Nous nous arrêtons un peu plus loin pour voir un antique abri de pierres de
bergers,
niché dans la garrigue où se dressent pins et buissons et d’où l’on
aperçoit tout en bas la rade bleue de Rosas que je photographie..
Ma compagne s’en va sur le chemin pour rire encore !
Puis nous filons sur le monastère.
Je suis heureux et ne me rends même pas compte que mon appareil n’a plus son
sac protecteur. Ah s’il avait pu parler !Il m’aurait crié “Eh! ne m’oublies pas !” Le trou… de mémoire complet
après l’émotion de l’autre trou. Un trou arrive à provoquer un autre trou Sans doute la joie inconsciente de m’en être si bien sorti !


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