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Un BLOG Internaute
du Journal SUD OUEST

Des Mots et des Maux
Poèmes, Souvenirs de rencontres de personnages connus,Réactions d’Humeur,Musique, Peinture,Images de ma vie,Photos,Littérature,Autographes.

Fantômes amis du Passé.


Retournons sur la route de ma vie à la rencontre de personnages marquants, rencontrés et disparus dans les forêts de la vie.

Wilfrid, le Suisse Allemand ( ou alémanique).

C’est bizarre comme dans certaines périodes de notre vie nous avons côtoyé des gens qui faisaient partie presque de notre quotidien ; avec leur voix, leur rire, leurs tics ou habitudes ils nous étaient familiers, ils connaissaient une partie de notre vie et nous aussi nous savions beaucoup de choses sur la leur. Ils nous faisaient rire, nous passionnaient parfois par leurs différences. Visages, silhouettes, de plus en plus flous, qu’êtes-vous devenus ?

Bordeaux, années de fac : des gens rencontrés par hasard, des étudiants.

Notamment certains connus lors d’un voyage en Espagne« organisé » par deux espagnols. Voyage extraordinaire de 48 filles et 12 garçons : Des profs, une commerçante, deux filles de l’administration ( Poste et EDF) et surtout une majorité d’étudiants avides d’aventures et de découvertes ! Qui plus est une tour de Babel avec notamment, un couple de Péruviens, deux institutrices Iraniennes ( c’était du temps du Shah), une Ecossaise, une Allemande, un Ivoirien, un Comorien, un professeur agrégé d’Anglais de Grenade, une fille de Djibouti , un Suisse, etc.. le tout dans une ambiance sympathique et bon enfant.

J’ai partagé deux fois la chambre avec le Suisse allemand : Wilfrid. Ah c’était un sacré personnage : grand, mince mais solide, blond plus ou moins frisé avec des nuances de roux, une fine moustache. Un gars charmant d’un calme extraordinaire, poli, plein de principes, à l’accent bien sûr très prononcé. Son débit de paroles était lent, et ses explications fournies.

Je me souviens des deux soirs où j’ai du partager ma chambre avec lui. La 1° fois, les deux Espagnols avaient trouvé une sorte de foyer tenu par des sœurs ! C’était à Soria je crois. A vingt deux heures il fallait regagner nos chambres, heure bien surprenante pour l’Espagne ! Il est vrai que le dîner avait été à vingt heures !

Dans la chambre pendant que j’étais dans la salle de bain, Wilfrid arrangeait lentement son lit, rangeait les affaires de sa valise. Dès que je fus au lit je regardais avec un étonnement stupéfait la lenteur de ses gestes. Il se déshabilla et resta en caleçon assez comique, noir avec des rayures roses. Il mit sa chemise sur un cintre, rangea ses chaussures qu’il avait préalablement nettoyées et fait briller et ses chaussettes sur le rebord de la fenêtre, laissant les volets a moitié fermés et les vitres ouvertes. Puis à ma grande surprise, plia avec un soin extraordinaire son pantalon et le posa délicatement, après avoir relevé le matelas, sur le sommier ! Il arrangea à nouveau son lit et me déclara : « Tu vois Charles, voilà ma meilleure repasseuse. Demain mon pantalon aura les plis bien marqués  ». Puis il se dirigea dignement dans la salle de bain avec son « sac de nuit » ! Il en ressortit vêtu d’un pyjama blanc constellé de fleurs d’édelweiss ! J’écarquillais les yeux et me retint de rire. Puis il rangea son sac de nuit dans sa valise, s’étendit sur son lit. Son cérémonial avait du durer au moins trente minutes ! «  Charles, je te souhaite une bonne nuit car je vais fermer les écoutilles ! Demain  je te demande, s’il te plait de ne pas oublier de me réveiller car mon sommeil est lourd ! » « Oui Bonsoir » Wilfrid ! ». Je le vis alors prendre un objet que je découvrais pour la première fois. C’était une sorte de grand masque noir de tissu composé de deux cercles au rebord ouaté pour cacher les yeux et de deux branches de toile pour attacher le dit masque derrière la nuque. Mais ces branches possédaient au niveau des oreilles, de chaque côté un grand renflement en forme d’oreille, eux aussi aux rebords ouatés, qui s’appliquait exactement sur les dites oreilles. Ainsi accoutré, il se retrouvait complètement isolé du monde. Son visage avec son nez, fin, long et pointu, sa peau légèrement rosé et ce masque bizarre noir, avait quelque chose à la fois de comique, de surréaliste et d’effrayant. J’eus envie de le prendre en photo. Mais mon respect d’autrui me retint. J’éteignis la lumière et m’endormis. Je crois que cette nuit j’ai rêvé de Zorro.

Le lendemain, mon réveil sonna et j’eus le temps d’aller prendre ma douche, m’habiller. Wilfrid n’avait pas bougé et dormait toujours sur le dos avec sa figure d’extra terrestre. Je dus le secouer fortement pour le réveiller. Il enleva son accoutrement et me regarda étonné. « Ah oui, j’y suis ! Je te souhaite le Bonjour Charles ! Ca va je suis réveillé. Je te remercie. Tu peux disposer si tu le désires ! » Il regarda sa montre, s’étira, se leva, sortit son sac de nuit où se trouvait sa trousse à toilette et où il rangeait son pyjama, et de blanc et d’édelweiss vêtu, une grande serviette rouge sur l’épaule, il se dirigea comme un  empereur, vers la salle de bain.

Je le laissai et descendis ma valise. Il apparut à la table du petit déjeuner une demie heure après, impeccable et frais rasé.

Une autre fois, je dus partager la chambre avec lui. Il monta à neuf heures et demie au lit. « Charles, ne te déranges pas pour moi tu pourras allumer. Bonne Nuit ! »

Vers deux heures, arrivé à la chambre je tentai en vain plusieurs fois d’ouvrir la porte, mais elle était fermée de l’intérieur. Heureusement nous n’étions pas dans un palace mais dans une pension de famille de Madrid  et nous avions eu la chance d’avoir une salle de douche pour nous deux. Pour mon bonheur, la fenêtre de cette salle, aux vitres peintes en blanc, donnait sur le couloir. Je m’aperçus que l’espagnolette n’avait pas été tournée et je pus après avoir poussé les deux montants, escalader le muret-rebord et entrer. Heureusement il n’y avait personne dans le couloir car on aurait pu trouver mon entrée par une fenêtre plutôt bizarre. Dans la chambre Wilfrid, comme la fois d’avant dormait sur le dos, avec son accoutrement. Il avait eu la gentillesse d’allumer la lampe sur ma table de nuit. Seul problème, une sorte de sifflement, de râle puissant et sonore sortait de sa bouche ouverte. Je me lavais les dents,  me mis en tenue de nuit, éteignis et attendis. Mais son espèce de ronflement intersidéral m’empêchait vraiment de dormir. Alors, comme j‘ai la faculté de pouvoir souffler entre une dent du bas et une dent du haut légèrement cassé pendant mon enfance, ce qui me fait émettre un sifflement hyper strident, aux limites des ultra sons, son que je peux moduler à ma guise, j’émis cette sorte de stridulation continue, lentement et de plus en plus forte en espérant surtout qu’il arriverait à franchir la barrière de ses protections auditives !. Le ronflement aigu de Wilfrid s’arrêta alors comme par enchantement. Ravi je m’apprêtais à plonger dans un sommeil réparateur quand le bruit helvétique s’éleva de plus belle ! Les murs de la chambre comme les montagnes de son pays semblaient décupler le bruit. Alors là mon sifflement se fit encore plus aigu et plus violent. Wilfrid dans le noir, se mit à pousser des sortes de grognements, toussa deux ou trois fois, se racla la gorge et puis ce fut enfin le silence !

Wilfrid, un gars extrêmement calme et gentil que nous invitâmes plusieurs fois dans le petit groupe formé au retour du voyage. Un soir, chez une prof d’espagnol basque, retournée depuis dans son Bayonne natal,  il nous fit une fondue inoubliable !

Qu’est-il devenu cet helvète si poli et si pacifique quarante après ? Un banquier ? Un ingénieur  peut-être  à la retraite dans sa région du côté de Bâle ou de Zurich !

Je revois aussi Radde, un autre personnage attachant connu pendant ce périple espagnol. Ce lecteur de Serbo croate, à la Fac Pasteur,  était un homme impressionnant par sa stature, son calme, son intelligence. Mais j’en parlerai une autre fois.

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