L’Etrange Etudiant Catholique (Suite)
L’Etrange Etudiant Catholique (Suite)
Je regardais cette femme qui vidait ainsi son
sac à l’inconnu que j’étais. Ca fait du bien parfois je pense de pouvoir se
confier comme cela à quelqu’un de neutre, qui sait écouter en silence, sans juger, sans pitié offensante mais avec un
intérêt réel. Je n’ose d’ailleurs plus entrer dans les détails de ce qui arriva
ce soir là à cette jeune femme. Son soi disant compagnon est devenu un autre et
s’est montré violent, l’obligeant à certains actes pour l’humilier, la salir.
Ensuite elle est tombée dans la spirale horrible qui la faisait descendre au
stade de la prostitution. J’étais complètement horrifié d’entendre de la voix
même de ce type de victime cette terrible confession. Certes j’avais lu ce
genre d’histoire mais se trouver en face de cette femme racontant sa tragédie
avec calme, comme si elle avait compris qu’elle ne pourrait plus sortir de la
nasse ; lassée, fatiguée, résignée, n’ayant même plus la force de se
révolter, de lutter elle s’était résolue à accepter son accident de parcours.
Le salaud avait très bien armé le piège, avec patience, ruse et maintenant il la
tenait avec son fils car pour elle, cet enfant, c’était sa vie, son bonheur, sa
raison de vivre et de supporter son triste sort. En sortant je mis un moment à
retrouver du goût à la vie. De temps en temps quand je passais dans le coin,
j’allais faire un petit coucou à cette chic femme. Pour moi malgré sa position,
je la respectais et maudissais ces bonshommes avides de sexe qui la faisait à
chaque fois entrer un peu plus dans les ombres d’une vie bien triste. Quand je
pensais à elle, je me demandais comment le destin m’avait fait rencontrer cette
femme et comment elle s’était aussi facilement confié à moi, car d’après ce
qu’elle m’avait raconté, c’était la 1° fois qu’elle racontait cela à un
visiteur comme elle disait. Car moi je n’avais pas été un client. Peut-être que
ce destin avait voulu me faire réfléchir sur ma condition de travailleur étudiant,
position du cul entre deux chaises qui me donnait l’occasion de me donner des
excuses pour mon assiduité assez faible pour ces cours que je voulais suivre et
me procurait quelque subside pour me permettre quelques avantages :
restaurant, virées aux 1° rayons de
soleil avec quelque petite amie au Porge, à Lacanau ou même au Cap Ferret. Evidemment je n’avais parlé à personne de ce
destin terrible et surtout pas au petit bourgeois friqué et libertin( c’était
lui-même qui se qualifiait ainsi avec humour sinon je n’aurai pas osé ainsi le surnommer ! !) qui m’avait amené dans ce
lieu où je ne serai jamais entré seul .En effet un jour il voulut savoir.
Son prénom me revient : Fabrice. Je le rencontrais de temps en temps car à
part son défaut de vouloir en mettre plein la vue et ses goûts pour certaines
attirances que je déplorais, il était sympathique et parfois intéressant. Il
avait une autre passion ; le vin. Un jour, il m’invita ( était-il généreux
avec son argent par amitié ou pour frimer ??) dans un grand restau ( l^encore lieu où j’ai pu entre grâce à lui !) et
commanda une bouteille au prix incroyable. Le sommelier fit tout son cérémonial
comme un grand prêtre devant le regard approbateur du Maître d’hôtel pour vider
la bouteille dans une carafe avec des précautions infinies. C’était la 1° fois
que j’assistais à ce genre de cérémonie ! Presque un tiers de la bouteille
était du dépôt. Fabrice goûta avec les gestes d’usage ce cher nectar et le
déclara excellent. A mon tour j’en bus une gorgée mais ne fus pas aussi
émerveillé. Pour moi ce vin était trop vieux. Mais Fabrice voulait-il éprouver
le dicton « In vino veritas », il me demanda « Alors que
penses-tu de F.. ? Elle est mignonne hein ! Que t’a-t-elle
raconté car j’ai vu les deux fois où je t’ai laissé avec elle que vous
aviez discuté ? Car pour moi c’est une énigme. Comment une fille aussi bien
élevée, jolie, sympathique, peut avoir échoué dans ce bar ?
-Oh pas grand choses, je lui ai dit que
j’étudiais l’espagnol et lui ai appris à sa demande quelques mots car comme tu
dis c’est une fille bien.
Je me gardais bien de lui révéler quoi que ce
soit et que parfois seul j’allais lui dire bonjour.
Mais revenons à mon étrange étudiant catho. La
semaine suivante, il m’attendait devant mon petit hôtel de la Rue Bouffard, où
il m’avait accompagné après son café offert la semaine avant.
Il allait être 14 heures et je lui proposais
d’aller voir, puisqu’il m’avait dit s’intéresser à l’art, le Musée des Beaux
Arts. Hélas, il était momentanément fermé et je lui proposais alors de remonter
le Cours d’Albret pour boire quelque chose du côté de Gambetta ou de la Porte
Dijeaux. Manque de chance, au moment où nous passions devant le fameux bar
louche, F… revenait de faire une course. Elle me fit une bise, dit bonjour à
Elle ouvrit la porte et nous laissa enter. -Il fallait voir la tête de Jean
Jacques -, et je l’entendis me dire »Et bien venez boire quelque
chose à l’intérieur !
Elle ouvrit la porte et nous laissa enter. Il
fallait ? Jean Jacques avança et s’assit comme un automate. Une autre
fille à la jupe ultra courte vint le voir. I ll avait l’air tétanisé. F.. parla à l’oreille de la fille qui repartit au
bar. F.. nous demanda ce qu’on voulait boire et revint nous servir puis s’assit
avec nous. Nous nous mîmes à discuter tous les deux comme deux vieux amis. Jean
Jacques restait abasourdi, muet. Vu de l’extérieur la scène devait être
surréaliste !
Quand nous sommes ressortis mon compagnon
s’écria :
-Il faut que l’on discute !
Il avait l’air étrange, survolté et je me
demandais qu’est-ce qu’il allait me dire. Il m’entraina vers un bar plus
sérieux où nous aurions du nous rendre. Et là, je découvris un Jean Jacques
subitement calme, sérieux et fus complètement déstabilisé par sa
réaction !
-Mais ce n’est pas possible tu connais une
prostituée, tu ne vas pas me dire que tu la paye pour coucher avec elle.
-Mais non, ce n’’est pas mon genre ; je l’ai connue par hasard et comme elle est
gentille j’ai sympathisé avec elle car moi je ne pose pas d’étiquette sur les
gens !
-Et bien justement. Moi aussi je la trouve
convenable et bien élevée. Mais que fait-elle dans ce bar ? Je te propose
un truc : il faut l’en sortir et là tu ne peux pas refuser. Tu te rends
compte, il faut la sauver et la réinsérer dans la société ! Je mettrai
même certains membres de mon Asso dans le coup !
La discussion dura alors une bonne heure. Il fut
plus que difficile de faire comprendre à ce garçon certes généreux mais combien
idéaliste et ignorant de certains faits de la vie, la particularité de la
situation et son aspect dangereux. Je lui fis comprendre qu’elle était en
quelque sorte prisonnière et que son gardien, si on se mêlait de ça, pouvait
devenir très dangereux. Moi déjà je ne suis pas d’accord et je te conseille Toi
aussi de ne surtout pas mettre ton nez là dedans : tu vas t’attirer des
ennuis et mettre dans l’embarras tes autres membres qui je suppose réagiront
comme moi.
-Comment ça ?
-Et bien tu as envie que deux ou trois gars
inconnus t’attendent dans une rue, te tombent dessus, t’entrainent dans une
cour ou un couloir et te fichent une telle dérouillée que tu resteras quelques
temps à l’hôpital.
-Ah bon à ce point…Il resta un moment sans dire
un mot, songeur puis me quitta simplement en me disant Au revoir !
Bizarrement jean Jacques ne me parla plus de son
désir de bonne action risquée ! Pourtant je l’a rencontré quelques fois
puis je suis entré dans la vie active
dans mon département et ne le vis donc plus. Or quelques années plus tard je
vins un jour passer une fin de semaine à Bordeaux ; Je me trouvais à la
Librairie Mollat en train de regarder des livres sur l’Asie en vue d’un futur
voyage quand j’entendis une voix qu’il me semblait connaître !.
-Mais c’est ne pas vrai. C’est Charles !
Je me retournai et vis jean Jacques. Il n’avait
pas changé : toujours aussi blond, grand et mince. Comme midi arrivait
nous sortîmes et décidâmes d’aller manger dans un restaurant chinois pas très
éloigné.
A suivre : Toujours des souvenirs du chemin de ma Vie, retrouvés presque intacts dans un coin de ma mémoire, car tellement inoubliables. Le pauvre Jean Jacques tombé dans une aventure INCROYABLE bien malgré moi !

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