L’Etrange Etudiant Catholique (Suite et fin.)
L’Etrange Etudiant Catholique (Suite et fin.)
Nous passâmes l’après-midi à traînasser.
J’allais à N-F où j’avais retenu un voyage, puis dans des librairies. Il me
suivit. Il avait un peu vieilli et surtout était devenu assez costaud. Il m’expliqua
qu’il faisait de la musculation ! Sa tenue vestimentaire était aussi plus
raffinée. Il m’expliqua qu’il travaillait dans une administration après avoir
réussi le concours de rédacteur. Ca me faisait bizarre de le rencontrer ;
ça me rappelait beaucoup de souvenirs et la gentille F.. mais il ne m’en parla
pas. Son Bar avait disparu. Qu’était-elle devenue ? Des choses avaient
changé à Bordeaux.
Cependant
m’étant garé sur la place des QuinconcesJe vis donc que sur les Allées
d’Orléans existait toujours sous un ancien grand hôtel, une boite.(Je ne me souviens plus de son nom..) J’y avais
déjà été. Et un collègue divorcé m’avait dit qu’il y venait parfois car on y
trouvait pleins de jeunes femmes d’au moins trente ans, naufragées elles aussi
du mariage. Et m’avait-il dit, elles avaient soif de s’amuser.
Or comme mon Jean-Jacques avait l’air heureux de
m’avoir rencontré et qu’il me confia qu’il était toujours aussi timide avec les
femmes, j’eus une idée. Je n’osais lui demander s’il n’avait pas eu encore d’expérience
amoureuse mais pour l’aider, alors que nous prenions un café vers 18H je lui
demandai :
-Tu as prévu quelque chose ce soir ?
- Ah non pas du tout Pourquoi ?
- Est-ce que cela te dirai d’aller dans une
boite où il y a des jeunes femmes venues pour s’amuser et très accueillantes. Avec
elles il te suffit de danser et elles prennent les choses en main ! Mais
il ne faut y aller que vers 22 H.
Il me regarda un instant. Puis s’écria :
-Oh oui je crois qu’en ta compagnie, j’oserai
aller danser et si ma partenaire fait les premiers gestes, je te promets de me
laisser aller ! Pour la peine je t’invite dans une pizzéria et puis après
on ira boire un café et un alcool fort pour attendre l’heure.
Il paraissait plus gai subitement.
La soirée passa vite. Au repas, il me raconta un
peu sa vie. Il ne faisait plus partie de son Asso, passait ses soirées avec un
copain, sans doute aussi timide que lui à aller au cinéma, ou au spectacle puis
regagnait son T2 du côté de Mérignac, avec sa voiture. il pratiquait toujours
avec son ami de la natation en semaine en plus de ses séances de musculation et
du tir à l’arc presque toutes les fins
de semaine. Mais pas de compagne féminine dans sa vie. Et si moi je voyageais
beaucoup, lui passait ses vacances sur le bassin. Dans la maison d’un oncle.
J’étais allé me changer et prendre une douche à
mon hôtel près du théâtre où j’avais pris une chambre. Jean-Jacques m’avait
attendu en bas dans l’entrée sur une banquette.
Puis nous nous rendîmes dans un café près de
l’Office des vins, près de l’Office de Tourime où on resta plus d’une heure.
Enfin nous allâmes à la fameuse boite. Il
fallait descendre un escalier assez raide. En bas comme dans toutes les boites,
il y avait de la fumée, peu de lumière et pas mal de monde. Je remarquai
aussitôt qu’il y avait pas mal de jeunes et jolies femmes. Nous prîmes une
consommation : Prudent j’en profitais pour regarder si je voyais une
danseuse attrayante. En fait je vis deux jeunes femmes assises à une table. La
blonde se leva et vint à côté de moi demander des glaçons. J’enlevais aussitôt
mes lunettes et pendant qu’elle était à côté de moi, je m’approchais tout
contre elle. Forcément à moment donné, juste sous une lumière, ce qui me permit
de l’admirer, elle se retourna pour appeler son amie rejointe par un gars et
sans le faire exprès me donna un coup de coude ! Elle s’excusa aussitôt.
Elle avait un regard doux aux yeux de menthe. Elle devait bien avoir trente
deux ans. Aussitôt je me mis à parler.
Nous nous connaissons ? me demanda-t-elle.
-Ah non surement pas, je viens de loin mais je
suis venu ici il y a longtemps dans une autre vie et hélas je n’ai pas eu la
chance de vous rencontrer, alors.
L’humour, le titillement de la curiosité et le
compliment sont toujours d’excellentes entrées en matière.
-Ah bon, et d’où venez-vous ? Vous m’intriguez ?
Ca y était la conversation était amorcée, le
courant semblait passer. Nous échangeâmes plusieurs phrases. Elle tenait son
récipient avec les glaçons.
-Je ne voudrais pas faire de mauvais jeu de mots,
mais pour ne pas jeter un froid entre nous, si vous alliez poser vos glaçons
sur votre table.
Elle éclata de rire !
-Vous avez raison mais venez à notre table.
D’ailleurs ma copine je crois, ne va pas tarder à partir.
Avant de la suivre, je vis Jean Jacques que
j’avais oublié toujours à côté du bar. Je lui criais presque :
-Eh Jean Jacques, une série de slows d’au moins
vingt minutes commence, les lumières vont baisser, vas, tu m’as promis. Bientôt
on ne verra plus rien, lance-toi dans l’arène, vas demander à danser à une que
tu as repérée. Et je rejoignis ma découverte blonde. Après tout il était un
homme et il pouvait se débrouiller tout seul.
Ma nouvelle connaissance s’appelait
Marlène . Comme sa copine était partie danser, très bavarde elle me
raconta, tout en me posant des questions, qu’elle travaillait dans une société
d’assurances, qu’elle était divorcée, qu’elle avait un enfant. Je luis donnais
ma carte avec mes coordonnées. On partit danser. Tout de suite le contact fut
franc, chaud, accueillant. Nous commençâmes à flirter. Ma soirée se présentait
on ne peut mieux.
J’aperçus alors avec plaisir Jean-Jacques, près
du bar sous les lumières, entraîné sur la piste, par une grande brune aux
cheveux courts et superbement habillée. Elle le tenait par la main pour le
guider sur la piste. Lui avait l’air heureux comme un enfant. Ils se mirent à
danser à deux mètres de nous. Malgré le peu de lumière, je vis qu’elle avait le
type légèrement asiatique, une métisse sans doute. Elle était presque aussi
grande que lui. Une belle plante quoi ! Pour un coup d’essai c’était un
coup de maître ! Tant mieux pour lui pensai-je, cette expérience, il ne
l’oubliera jamais.
Mais bon, moi aussi je pensais à Moi. Marlène
était intelligente, coquine, pleine d’humour. Ses bras qui m’enserraient
étaient rassurants et ses lèvres douces comme les leechees. Cette idée me fit
regarder vers Jean-Jacques. Avec sa brune les choses aussi allaient vite et eux
aussi s’embrassaient.
Je commençais à inviter Marlène à sortir pour
aller faire un tour. Elle acquiesça en riant et ajouta toute douce avec un
sourire coquin.
-Tu sais, ce soir je n’ai pas mon fils, il est
chez mes ex-beaux parents et mon appartement est tous près.
Décidemment pensai-je, les femmes, maintenant
savent prendre des initiatives
Elle prit sa pochette et au moment où j’allais
la suivre, je me mis à regarder du côté de Jean-Jacques pour lui faire
comprendre que je m’en allais quand avec stupeur, je le vis reculer et donner
un coup de poing terrible à la fille avec laquelle il dansait. Cette dernière
partit en arrière et disparut derrière les autres couples qui reculèrent .
Des filles poussaient des cris. Jean –Jacques se précipita vers la sortie où Marlène
déjà montait. Il m’attrapa presque par le col et semble-t-il hors de lui hurla :
-Viens je t’en supplie. Il monta quatre à quatre
les escaliers et je le suivis moi aussi en courant.
Arrivé sur le trottoir il se dirigea sur la
place vers les quais. Il marchait vite.
Marlène abasourdie me demanda.
-Mais tu le connais ? Qu’est-ce qui lui est
arrivé. Il est devenu fou ? Taper une jeune femme il faut le faire !
-Oui je le connais. Je ne comprends pas ce qui
lui est arrivé car c’est un gars au grand cœur et du genre pacifique.
Soudain je me souvins en partant de l’image du
barman qui regardait Jean-Jacques partir en se marrant. Dans ma tête une idée
horrible traversa mon esprit. Non ce n’est pas possible me dis-je. Ce serait
une catastrophe. Jean-Jacques était parti s’asseoir sur des sortes de marches.
Il avait l’air désespéré. Marlène respectueuse, resta deux mètres en arrière et
je m’assis sans rien dire à coté de lui ; il ne disait rien et soudain se
mit à pleurer en se tenant la figure dans ses mains puis il regarda vers le
haut et ses pleurs se transformèrent en sanglots.
J’étais presque gêné de voir cet homme, comme un
enfant désespéré.
-Mais enfin Jean-Jacques, qu’est-ce qui
t’arrive. Tu peux me le dire.
Et soudain il me regarda avec une colère extrême.
Je ne comprenais plus rien ou peut-être comprenais-je trop.
- Ah toi
avec ton plan de merde, ta soirée pleine de surprises agréables je te retiens.
Je fous le camp chez moi. C’est fini je ne sortirai plus.
- Mais
enfin, tu es un adulte, un homme, tu sais quand même ce que tu fais, tu es
maître de tes actes. Moi je t’ai proposé gentiment de sortir pour te faire
connaître une jeune femme et il me semblait que tu avais trouvé. Alors dis-moi
ce qui s’est passé ? Allez Jean-Jacques.
Il se mit alors à rire
étrangement ! Une sorte de rire nerveux, rauque, inquiétant.
Puis il me regarda
fixement :
- Mais
putain tu ne comprends pas ! Toi le mec qui sort !
La nana avec qui je
dansais, et bien putain de con, c’était un mec ! Tu te rends
compte !m Un mec ! Je dansais avec un mec, je me collais contre un
mec.
Ce que j’avais pensé,
c’est-à-dire le pire pour lui pour sa première expérience était arrivé. Vu de
l’extérieur ça aurait pu paraître sans doute comique. Mais pour moi qui le connaissais,
timide, ayant peur des femmes, mais cependant fier, je savais que c’était
presque tragique dans sa tête. Mais c’était quand même bien la première fois
que je rencontrais un homme aussi peu au courant des choses de ma vie et
surtout de l’amour. Moi qui avais eu la chance, très jeune d’être dans une
bande de joyeux drilles, où filles et garçons, nous apprenions ensembles,
poussées par cette soif de plaisir, à égrener le chapelet des gestes de
l’amour, dans nos multiples surboums, avec une envie de découverte au début
naïve, puis de plus en plus assurée, je me retrouvais avec ce que l’on
qualifiait méchamment alors de puceau. ! Et surtout un naïf aussi
grand ! Et bien que je me dise que ce n’était pas moi qui lui avais
présenté le travesti, et que c’était lui tout seul qui était allé le chercher
ou lui tout seul qui s’était laissé embarqué je culpabilisai quand même un peu.
Mais non de non pensai-je, pourquoi le destin me l’a fait retrouver ! Tout
cela risque de gâcher ma soirée et ma douce blonde, lassée risque de s’en
aller. Je sentais que j’allais m’énerver. Du calme Charles, sois diplomate.
- Mais enfin
ce n’est pas grave. C’est un simple incident. Avec le peu de lumière ça aurait
pu arriver à d’autres mecs ! Enfin, remets-toi !
- Putain
(c’est la 1° fois que je l’entendais jurer autant.) mais tu ne comprends rien.
J’étais heureux car je croyais avoir enfin trouvé enfin une femme. Mais tu ne rends
même pas compte ! J’ai roulé des pelles à un homme ! Et moi je ne
suis pas un homo !
Il avait presque hurlé cette dernière partie de
phrase et paraissait vraiment malheureux.
-Et alors quand tu l’as fait tu croyais que
c’était une femme. Ton intention était normale puisque tu n’es pas homo. Le
salaud c’est lui ce n’est pas toi. C’est lui qui t’a trompé. .Et honnêtement
moi aussi j’ai cru que c’était une nana. Attends, bien sapé, le visage fin. Je
me suis même dit : Et bien dis-donc le Jean Jacques , j’aimerais être à sa
place. Tu vois, moi aussi ça aurait pu m’arriver ! Maintenant ça te paraît grave mais plus tard
quand tu repenseras à cet incident tu souriras. Là tu es sous le coup de la
surprise et surtout de la déception. Et puis allez, je crois que tu t’es bien
vengé ! Oh la vache, le coup de poing que tu lui as envoyé. Dis-donc je
n’aurais pas aimé le recevoir. Heureusement qu’on a filé car si ça se trouve
les flics sont venus !
Mes paroles semblèrent avoir atténué son
ressentiment.
Il sembla presque une seconde sourire et ajouta
simplement.
-Oui peut-être, mais ça n’est pas arrivé à Toi
mais à Moi.
-Tu sais nous avions un jour parlé : la vie
c’est une loterie. Cette fois tu as perdu, une autre fois tu gagneras. Je parie
que tu vas revenir un soir dans cette boite. Mais cette fois là tu feras
drôlement attention. Tu feras comme moi. Tu regarderas bien et surtout tu parleras
avant avec la jeune femme, tu engageras la conversation.
Marlène s’était rapprochée et s’était assise de
l’autre côté de Jean-Jacques. Elle l’enserra de son bras droit, lui fit un
bisou sur la joue et lui glissa la voix plein de miel :
-Allez, Jean Jacques, Charles a raison. Il faut
dédramatiser. Vous êtes un garçon pas mal, je suis sûr que vous rencontrerez
une jeune femme aussi gentille que vous. Allez Bonne chance.
Ce geste d’amitié d’une femme qu’il ne connaissait
pas eu l’air de lui redonner confiance.
Il me sera longuement la main puis me
dit »Pardonne moi, tu n’y es pour rien. Et vous avez raison, il vaut mieux
ça que se retrouver à l’hôpital. Alors au revoir peut-être.
Puis il se tourna vers Marlène et à ma grande
surprise, se pencha vers elle :
- Je vous remercie pour vos paroles et votre
geste si sincère et si gentil. Si vous permettez je vous embrasse et vous dis
Bonne Nuit.
Il lui fit une bise sur les deux joues et s’en
alla. Avant de disparaître, il se retourna et nous fit un petit signe de la
main.
C’était la dernière fois que je le voyais.
Je reverrai toujours cette scène surréaliste à
trois personnages. Lui en colère, moi le calmant et la blonde Marlène à un
mètre nous regardant en pleine nuit sous la lueur blafarde des lumières de la
place
Jean-Jacques donc, un autre fantôme qui hante ma mémoire, un être immature
qui a bien existé et qui m’a accompagné sans que je le veuille, un bout de
chemin sur la route de ma vie, une personne avec qui j’ai partagé plein de
choses malgré moi. Qu’est-il devenu ? Je ne lui souhaite qu’une
chose : qu’il soit enfin devenu un homme. Peut-être est-il marié et a-t-il
des enfants que moi je n’ai pas. Oui la vie est différente pour chacun.
Peut-être par le plus grand des hasards lira-t-il ce texte et se
reconnaîtra-t-il ? Chi lo sa ?
J’ai bien retrouvé 40 ans après des gens que
j’ai connus……et qui se trouvent parfois très loin. Le monde est à la fois immense et parfois si petit…
Marlène ??Chut..
Enfin, pour tout vous dire sans rien vous dire, j’ai du revenir 5 ou 6 W-E à Bordeaux sans descendre à l’hôtel … Et j’ai eu la chance de promener dans ma verte campagne plusieurs fois une douce fée blonde….
Mais la vie, mais le temps, nous joue parfois de sacrés tours. Surprenant destin qui efface nos traces de pas ou qui enlève les cailloux semés: difficile alors de retrouver le chemin tant aimé.Quand je remonte sur la route de ma vie que de sentes, sentiers commencés qui se terminent en voie sans issue au milieu d’une clairière ou en plein fouillis d’une végétation ennemie. Pistes que j’ai du abandonner, désabusé, pour revenir sur la route initialement suivie…..

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