La visite commença.
Je dois vous dire que par moments, à certains passages difficiles avec des
virages à angles droits, des endroits très étroits et même des sortes de décrochements
verticaux, je compris pourquoi l’on conseillait aux amateurs de visite, d’avoir
une bonne forme physique !
Etroitesse
eau boueuse!
J’eus presque par moments le sentiment de
claustrophobie et eus peur à moment donné quand ma charmante guide qui avait
pris de l’avance,
j’arrivai à un embranchement. Je ne savais plus dans quelle galerie
elle était passée Au cours de la visite, j’entendis des rires, des cris :
c’étaient 4 ou 5 enfants avec une autre guide. On les croisa à un
embranchement.
Dès lors ma confiance revint et je garde encore aujourd’hui un
excellent souvenir de cette plongée sous terre.C’était il y a 18 ans!
Voici pour vous éclairer, les
renseignements d’ordre historique et techniques que l’on m’avait donnés avec un
petit livret.
. Lors de “la ruée vers
l’argent” du 16ème siècle avec l’arrivé de 3000 mineurs, venus pour la
plupart de Saxe et de Bohème le village de 400 habitants de Sainte Marie est
soudainement devenu la troisième ville de la région, après Strasbourg et
Colmar. Le val connaît ainsi une prospérité économique sans précédent !
A l’origine, les mines étaient creusées verticalement, à la main
au moyen d’outils rudimentaires comme un marteau, un ciseau ou une pointerolle.
La progression dans les roches dures, était pénible : 2 à 15 cm par jour.
Au départ, ils créèrent ainsi des puits
verticaux qui, malheureusement, avaient la faiblesse de laisser l’eau
s’infiltrer et de devoir l’enlever péniblement à l’aide de seaux. Une nouvelle
technique consistant à creuser des galeries horizontales s’impose ensuite
définitivement.
Celle de que j’ai visitée est de ce type. Ces galeries étaient
creusées par deux hommes en position assise. Le premier avait la responsabilité
de suivre le filon de minerai et de ne pas le perdre, tandis que le deuxième
était responsable que la galerie soit en légère pente permettant ainsi
d’évacuer naturellement l’eau qui s’infiltrait.
Les minéraux contenus dans le filon
sont du minerai, substance utile, et la gangue, substance stérile. Le minerai
est composé d’argent, cuivre, arsenic, cobalt, plomb et des métaux sans intérêt
économique, comme le zinc, fer, manganèse, nickel, antimoine, bismuth et d’autres
encore sous forme de trace, car on en ignorait l’usage à cette époque. Les
substances comme le quartz, barytine, fluorite, calcite dolomite, carbonate de
fer etc. constituaient la gangue.
Ce sont les roches métamorphiques, à savoir le gneiss, qui hébergent
la totalité des filons à St. Marie aux Mines. Il était inutile de chercher dans
les granites avoisinants.
Le profil des galeries est un bon
indicateur de la richesse du filon. S’il est étroit et régulier, on suivait le
filon de minerai qui variait entre un et plusieurs centimètres de largueur. Par
contre, dès que le profil s’ouvre et prend de la largeur, un endroit rentable a
été trouvé et exploité.
Les mineurs avançaient entre 10 à 20 centimètres par jour. Les mois ou les
années pauvres, deux mineurs travaillaient dans la galerie en suivant le filon,
avec l’espérance de trouver une poche de minerai plus importante. Dans ce cas,
l’entrepreneur engageait des mineurs supplémentaires en fonction de la place
disponible dans la galerie. A la seule force de leurs bras, ils ont sculpté
plus de 300 km de galeries souterraines.
Un système de rails avec chariot
étroit, d’environ 20 cm de large entre 50 et 60 cm de haut, permettait de sortir
le minerai, la matière stérile et la roche.
L’aération de la mine est
essentielle ainsi un système ingénieux a été inventé. Environ 20 cm sous le
plafond un faux plafond en bois était installé et de l’argile servait à assurer
l’étanchéité. Un puits d’aération près de l’entrée( et une faible différence de
niveau avec l’entrée de la mine), suffisait à produire un tirage comparable à
une cheminée. Le faux plafond servait, quant à lui, de caisson de ventilation,
permettant de canaliser l’air vers le fonds de la galerie.
En hiver, l’air froid entrait dans la galerie et se réchauffait
avec la température ambiante du sous-sol qui est constant tout au long de
l’année à environ 8 degrés. L’air ainsi chauffé devenait plus léger et sortait
par le faux plafond vers l’extérieur. En été, le courant s’inversait et
alimentait la galerie.
Le Seigneur de Ribeaupierre et le
Duc de Lorraine vendaient les concessions aux investisseurs pour exploiter les
mines. En plus des concessions, les sociétés minières payaient un impôt de 10%
sur la production. Les mineurs étaient des salariés payés chaque semaine, pour
un travail journalier de 8 heures. L’âge minimum pour travailler dans la mine
était entre 14 et 15 ans. Les mineurs organisaient et alimentaient une caisse
d’assurance “Knappschaftskasse” qui attribuait des prêts
remboursables dans les cas d’accident ou de maladie d’un mineur, mais payait
aussi le salaire du pasteur et l’éducation des enfants !
L’activité minière connaissait des hauts et des bas. La
découverte des mines d’argent, au Brésil, qui produisaient à moindre frais, a
profondément touché l’industrie à St. Marie aux Mines. Une dernière hausse
d’activité imputable à l’invention de la poudre noire, le dynamite, se
produisit au 18ème siècle à St. Marie aux Mines. La dernière mine d’argent
cesse son exploitation en 1904 et la dernière mine d’arsenic en 1940.
Sur la centaine de galeries abandonnées, une dizaine de mines
ont été re-ouvertes et sécurisées pour accueillir les visiteurs et leur offrir
un voyage dans le temps.
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