Poli Tic et Tac….suite mais pas fin de l’échange…
(J’ose donc rapporter cette entrevue! Tant pis. Forcément, ceux qui sont très à gauche vont sur certains points me critiquer. Ils auront peut-être raison…D’autres me soutiendront, d’autres encore vont dire que je ménage la chèvre et le chou.. Bof…)
J’ai donc trouvé , grâce au
dessin explicatif qu’il m’avait fait, sa petite maison, anciennes écuries ou
porcheries arrangées, à côté d’une ferme
restaurée, où j’ai aperçu une jeune femme, sa propriétaire m’a-t-il dit…Il
était tôt : environ 13h30 comme il me l’avait demandé. J’en suis reparti
vers 19h…Discussion à bâtons rompus dont finalement je ne retire rien, chacun
restant sur ses positions car chacun croyant en ses idées. Lui ,dans sa bulle ,moi toujours sceptique et me posant toujours autant de questions et sur l’homme, ses tentations, ses faiblesses, ses erreurs, sur souvent sa barbarie mais aussi sur ses bons côtés…Cette discussion
longue et inutile m’a au contraire renforcé dans mes idées. Mais qui
critiquer ? Nous avons eu des expériences totalement différentes. Lui fils
de bourgeois, choyé au max par ses Parents, gâté par la vie, utopiste
intellectuel, moi fils d’un employé qui en a bavé, qui dès ma prime enfance ai
eu des problèmes graves de santé, ai du me battre avec la douleur, ai du subir
le regard con des gens, moi qui mûr très jeune n’ai pas voulu me faire
entretenir par mes Parents et suis parti me débrouiller seul. Lui, qui a eu
« une santé de fer » m’a avoué être encore « aidé quand
nécessité cognait à la porte » ( il parlait bien !) par sa mère qu’il
vénère ! Quand moi je faisais l’expérience de la vie et des autres
pas toujours agréable, lui s’est encoconné dans un groupe, un parti, un clan,
une secte presque, dite révolutionnaire où il s’est senti « aimé, protégé, »
dans une fraternité béate et sécurisante.
Ce peintre donc, appelons le
Jacques, m’a tout de suite mis à l’aise et m’a demandé s’il n’était pas
préférable de se tutoyer. Bien sûr ,j’ai accepté, ça ne pouvait que faciliter la
conversation. Dans son logis plutôt humble pour ne pas dire spartiate, il m’a
d’abord amené dans son atelier. Des toiles peintes, d’autres presque peintes;
une peinture moderne, presque agressive, des couleurs violentes, enfin tout ce
que je n’aime pas. J’ai regardé, je lui ai posé des questions notamment sur le
plan technique (type de peintures, méthode de ses glacis, etc) . Mais je
n’ai émis aucun jugement (d’ailleurs de quel droit l’aurai-je fait ?).
Sans doute très intelligent il ne m’a pas demandé mon avis, ne s’est pas mis en
valeur comme le font tant d’autres. Il m’a montré son carnet d’esquisses de projets.
Puis nous sommes repartis dans sa pièce à vivre. Sa table de salon, une grande
caisse retournée et recouverte d’un beau tissu, une banquette et surtout à côté d’un grand classeur ancien en bois
acheté sans doute dans un vide grenier, deux tréteaux avec dessus un grand
panneau de bois (je suppose), recouvert de plastique blanc autocollant et là sur cette table, un
matériel impressionnant ! Un gros P.C avec un écran 22, un portable, une
imprimante multifonctions, une laser couleur, deux téléphones ( un normal et un
ADSL), un Fax.
Il m’a donc offert à boire. Devant mon regard intéressé devant son matériel,il m’a
dit ” J’ai de la chance, car même ici, la commune a favorisé le haut
débit. Ça me permet de garder le contact avec mes amis de Paris ! »
Je lui ai aussitôt demandé
« Mais ton accent, puisque l’on se
tutoie, me dit que tu n’es pas d’ici ». Il a souri..
« Ah oui, qui
suis-je ? Délit d’accent différent ? Envahisseur de province ? C’est
ce que tu veux dire ?
Je fus surpris par ce ton
presque offensif ! Il avait du sans doute essuyé quelques critiques.
-
Non, aucune curiosité malsaine
chez moi ; aucun réflexe de régionalisme, moi même, malgré mon accent je
suis d’ailleurs. Non, simple mise en conversation car je suis bavard !
Il a
souri.
-Ah bon
tu es né où ?
-En
Algérie.
-Oh
putain j’ai fait rentrer chez moi un Pied Noir, un fils de colonialiste !
C’est la meilleure ! Et il se mit à rire mais d’une façon étrange et pas
forcément sympathique…
-Quelle
haine étonnante ! Et quelle utilisation puérile du cliché ! Mais j’espère que je me trompe!Tu me
juges sans connaitre mon histoire. Mon Père est venu en 50 en France. Moi
j’étais tout petit ! Alors tu vois tu es complètement à côté de la
plaque ! Et moi je respecte les Pieds Noirs qui ont été les cocus de
l’histoire ; ils ont eu le mérite ,qu’ils soient agriculteurs, employés ou ouvriers
de tout reconstruire leur vie ici en France, qu’ils ne connaissaient pas, subissant parfois une sorte de racisme,parfois . Ils ont réussi à faire vivre leurs familles et même à redynamiser, à moderniser certains secteurs comme l’agriculture !D’ailleurs
beaucoup ont réussi en partant de zéro et on les a jalousés !Ils en ont
voulu à De Gaulle et ils avaient raison. C’était un militaire, certes valeureux
pendant la guerre (mais heureusement qu’il y a eu la Résistance et puis les
Alliés) qui_ en vieillissant a eu soif de pouvoir et a exploité d’une façon
machiavélique, à fond le putsch militaire pour revenir aux affaires, balayant
les politiques de la IV, qui, il faut le reconnaître étaient devenus plus
qu’inefficaces. Il s’est servi donc des P.N et son apport contre la colonisation, sa
pseudo mission, lui a permis ensuite (et c’est toujours le cas, système
maintenant utilisé même par les Chinois) d’installer une nouvelle colonisation sous
jacente qui ne dit pas son nom sur l’Afrique : mise en place de potentats
qu’on arrose car les fonds débloqués ne vont à au moins 60% aux populations . Par contre la France (comme d’ailleurs d’autres pays)exploite les ressources par le biais de sociétés. Et comme je te l’ai dit çce système de néo-colonialisme a
continué avec Cuba, la Russie, la Libye, etc… et maintenant donc la Chine qui
n’en a rien à foutre des peuples eux-mêmes ! Ils ne laissent pas d’infrastructures, de bâtiments…Et de plus la Chine vend avec la Russie des tonnes d’armes comme au
Congo et parait-il même au Soudan..Pour en revenir aux P.N il y avait des communistes, des socialistes. et ce ne furent pas les derniers ( cf Bab el Oued à Alger) pour défendre leur terre natale.
Il
m’avait chauffé et je ne me reconnaissais plus dans ma véhémence. Une preuve
que tout homme si on touche son point sensible peut s’enflammer !
- Bon
après tout ? Je m’en fous d’où tu viens. Dans mon groupe il y a d’ailleurs un fils de P.N! D’autant plus que tu as dit
quelques vérités .Donc tu me demandais en quelque sorte d’où je
viens ? En effet je viens de Paname. Mon Père avait un poste important
dans l’administration et ma Mère était enseignante (je vois déjà tes
critiques : fils de bourgeois, mais je l’assume et ça explique peut-être
mon engagement !) J’ai eu une enfance agréable puis j’ai fait des
études . Ensuite, j’ai eu un bon boulot
sur Paris, une Amie, je peignais, je militais. Tout était réglé. Trop
réglé. Un jour il y a eu des tangages dans notre couple et comme j’en avais
marre de ma situation, je me suis dit. Oh Jacques, c’est un signe, tu es en
train d’étouffer, de te scléroser, de mourir, barre-toi. Alors j’ai tout lâché.
Un copain m’a indiqué cette région, m’a mis en relation avec ma proprio. Elle
m’offre le gîte dans ces bâtiments en torchis à l’ancienne. Ce n’est pas extra.
Mais l’endroit, l’isolement m’ont plu. J’y suis resté.
J’étais
quand même drôlement intéressé par sa situation qui avait l’air sortie d’un
roman. Finalement je ne regrettais pas cette visite ; ma curiosité
commençait à me titiller et mon envie plus ou moins étoffée de débattre
ressurgissait comme au bon vieux temps de mon adolescence. C’est la 1° fois que
je retrouvais depuis 68, un militant d’extrême gauche qui avait l’air sérieux. (je l’avais découvert et compris en voyant certains de ses livres bien en exergue
sur une sorte de bibus, notamment le Che de Besancenot !) L’occasion était
trop belle pour découvrir peut-être des choses intéressantes ! « Innocemment »
pour avoir une réponse je lui ai demandé :
-
Mais tu vis de ta
peinture ?
Alors
il a franchement rigolé !
-
Ah ! Ah !mais tu en
connais beaucoup, des peintres qui vivent de leurs œuvres ? Non bien sûr. (je
n’osais le contredire car j’en connais au moins deux).Je travaille à l’usine, A
l’automne je vais faire des vendanges. car c”est sympa et bien payé. Parfois je vais aider des paysans du
coin. Ma proprio certains jours m’apporte quelques petits plats. Mais si tu
savais comme je suis bien, comme je me sens libre. Je ne dis pas que je vais
rester ainsi toute ma vie. Mais j’avais besoin de ce break. Et puis travailler
à l’usine me met au cœur du problème de l’ouvrier exploité. Rien ne vaut l’expérience .
Toi fonctionnaire de l’Education nationale, tu n’as jamais connu ce monde !
-
Alors là tu te trompes encore
avec tes idées toutes faites ! J’ai travaillé deux années de suite pendant
les vacances dans des usines de mise en boite d’haricots verts !
-
Oueh mais c’était je suppose, pour ton
argent de poche ! Mais peut-être que
tu pigeras ainsi certains de mes raisonnements !
-
-Tu as dit que tu militais mais
sur quel plan ? Syndical, politique ?
-
-Politique mon cher et je vais
peut-être te surprendre ou t’effaroucher : je milite à la Ligue
révolutionnaire.
- Chez les Trotskystes.?
- Oui et fier d’y être! Et qui plus est Besançonniste ! Mais pour toi qui est Besancenot!
- Le Tintin des temps d’aujourd’hui ! Tout mignon, tout gentil, débrouillard, malin comme un singe, cultivé, beau parleur, utopiste, défenseur des belles idées nobles et je crois que son égo commence à lui faire prendre son rôle un peu trop au sérieux!.
- Oh je me méfie là! Tu plaisantes j’espère?. ..Hum…Je crois que non…Tu n’es pas sérieux , il me semble que tu te fous de sa gueule ! Ou alors, tu me provoques pour me faire réagir et t’expliquer quel genre d’homme c’est, car tu ne le connais pas du tout et tu ne sais rien du Trotskisme !
A suivre ( échange qui sera rude par moments mais qui sera peut-être riche d’enseignements…)






