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Un BLOG Internaute
du Journal SUD OUEST

Des Mots et des Maux
Poèmes, Souvenirs de rencontres de personnages connus,Réactions d’Humeur,Musique, Peinture,Images de ma vie,Photos,Littérature,Autographes.

Mon Copain Noir.

Mon Copain Noir.

Vers 1970 j’avais connu dans une soirée une jeune fille superbe. Mon goût du beau, mon attirance pour les belles femmes et l’art de la séduction devenu pour moi un des moteurs de mon existence nocturne me fit devant cette nymphe magnifique et fragile, devant cette naïade sortie des ondes du hasard, déployer tous mes trésors pour la captiver, la fasciner. Est-ce ma voix, mes mots, mes mille attentions mais elle succomba et notre liaison dura plus d’un an. Elle était non seulement belle, blonde, légèrement rousse avec des yeux bleus-verts et un corps de rêve mais elle était d’une sensualité à émouvoir au plus haut point un homme. J’ai toujours été attiré par les jolies femmes et la plupart de mes petites amies faisaient partie de cette catégorie. J’en ai été le premier surpris et me suis posé beaucoup de questions étant donné que je ne suis pas du tout Don Juan !. Était-ce ma façon de leur parler, le son de ma voix, les mots employés, le respect et l’admiration que je leur portais ?? Nomadisme sentimental avant mon mariage expliqué par peur peut-être de me retrouver dans une vie trop bien réglée, besoin de séduire malgré mon peu d’atouts au départ, mais j’eus de nombreuses aventures. Puis ce fut une parenthèse de huit ans. Après mon divorce, un peu perdu,mon errance recommença, cette fois par peur de la solitude. Mais la vie avait changé et reconstruire une vie après un naufrage avec des êtres ayant elles aussi souffert et ne s’étant pas forcément reconstruites ne fut pas chose aisée. Peut-être aussi que si ça ne marchait pas, c’était tout simplement parce que, comme je me disais parfois, j’étais un affreux Scorpion !!!

Mais revenons à cette douce et jolie blonde.

Sa meilleure Amie était une ravissante brune qui avait pour Ami un noir : Mamadou. Nous étions souvent les quatre ensembles. et avons passés des moments inoubliables. Mamadou devint très vite un copain. Sympathique, malin, plein d’humour, il était d’une compagnie agréable. Il était d’origine voltaïque. Il était le chauffeur de notre Maire-Député-Vice-président de l’Assemblée Nationale-Ambassadeur en Côte d’Ivoire pendant 16 ans. Il était l’ami intime d’Houphouët-Boigny dont la femme fut élève à Villeneuve et fut à l’origine du jumelage de notre ville avec la ville ivoirienne de Bouaké en 1957. Cet homme politique, issue d’une famille bourgeoise de gauche, avait sympathisé avec moi dès nos premières rencontres alors que j’étais allé le voir pour l’interroger sur Sabine Sicaud. En effet la Poésie et la littérature nous avaient rapprochés. Nous n’étions pas d’accord parfois. Mais sa simplicité, son charisme, son aisance à parler nous faisaient vite retrouver les chemins de la complicité. Petit fils de Georges Leygues, il avait comme lui doté notre ville d’une infrastructure étonnante. A eux deux nous devons théâtre, grande église, château d’eau, écoles, Centre culturel, collège, lycée, aérodrome, etc.. Il m’a souvent fait des confidences et m’avait souvent reçu dans sa maison des bords du Lot ou dans son superbe appartement de la rue Frédéric Leplay qui donnait sur le Champ de Mars (il est d’ailleurs mort en  94 à Paris. C’est dans cette Rue aussi que François Mitterrand est décédé). Il me racontait aussi plein d’anecdotes sur la vie politique ou sur certaines célébrités de ce monde bien particulier de gauche ou de droite. Certaines n’étaient pas « piquées des hannetons» ! En politique, les combats sont rudes et il avait subi des coups pas très gentils et des trahisons étonnantes et parfois il me faisait l’honneur de vider son cœur. Il échangea aussi des lettres avec moi.

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Avant de se lancer en politique, alors qu’il était Amiral, il participa activement à la guerre en tant que gaulliste et fut même Haut-commissaire à la Marine. Il avait écrit des recueils de poésie. Sur la fin il écrivait essentiellement des biographies :(Delcassé, Darlan, Georges Leygues) Mais il fut également membre de l’Académie des Sciences d’outre-mer, président de la Société des poètes français et mainteneur de l’Académie des Jeux floraux, élu en 1981.(J’ai assisté à son élection à l’Hôtel d’Assézat à Toulouse où il m’avait invité.)

Son frère Claude, banquier fut un grand mécène. Il créa le Grand Prix de Penture de Villeneuve ( Tanaka, Schenk, Ruiz-Pipo, Hunting,Clamagirand, Brasilier,etc.Photo chez Jeanne Castel en 1955)

 

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Mais revenons à Mamadou. Parfois, il demandait sa voiture de fonction à Jacques Raphaël-Leygues, qu’il appelait ave le sourire Excellence ou Maître. Notre Maire, très généreux, n’a jamais refusé. Alors nous partions tous les  4 dans des bals ou des fêtes qui avaient lieu à la campagne. Mamadou conduisait. Son Amie à côté et ma Petite Amie et moi à l’arrière.

Quand nous arrivions dans le village, je ne vous dis pas la surprise de la foule voyant surgir cette voiture officielle avec la cocarde tricolore et surtout conduite par un Noir.. Pour ajouter un peu de piment, Mamadou qui adorait rire, mettait sa casquette officielle, qu’il n’utilisait pratiquement jamais. Il descendait, ouvrait la portière de son Amie, faisait une courbette en saluant avec sa casquette puis une fois qu’elle était descendue la refermait, faisait de même avec mon amie puis avec Moi. Les gens curieux ouvraient des yeux ronds comme des billes devant cette attraction si soudaine et si surréaliste. Ils étaient surtout surpris quand Mamadou embrassait son Amie, moi faisant de même avec ma jolie blonde. Puis nous partions chaque couple en se tenant par le cou. L’effet était tellement énorme que nous étions pliés de rire.Il fallait entendre les réflexions, certaines hélas racistes.

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Sur cette photo, un peu délavée par le temps (à l’époque j’avais la barbe) on voit mon Amie et Mamadou et son Amie. Nous étions loin de l’agitation de la fête, dans un pré au Temple, un charmant village. Jeunes, sans soucis , inconscients et heureux de choquer les gens coincés .

P.S : Vous avez compris que j’ai parlé de mon Copain Mamadou en l’honneur de l’élection de Barack Obama. Les Etats-Unis ont transgressé leur mauvais instinct. Je me souviens toujours de mon Ami Africain de Bordeaux, qui préparait son Doctorat en droit (j’en ai parlé dans mon Blog. Voir archives). Il était un peu visionnaire lorsqu’il me disait : « Tu sais Charles, toi à ta façon tu vis mal une partie de ta vie. Mais nous les Noirs, comme les Juifs ou encore les Arméniens, nous avons une sorte de tache, d’offense, de blessure, d’humiliation qui nous a profondément marqués et qui nous gène, nous complexe. Espérons qu’un jour un homme  arrive à effacer cette ombre et à éclairer notre âme. Le plus beau cadeau, mais c’est tellement inaccessible, c’est qu’un jour les Etats-Unis aient un Président noir ! Alors tout serait effacé. Les peuples noirs ne se sentiraient plus comme des êtres inférieurs et une renaissance serait possible. Un Président noir là bas où notre race fut si humiliée par les colons blancs. Ça prouverait un progrès incommensurable dans les consciences ! »

Je ne sais plus où est cet ami,  parti je ne sais où. S’il vit toujours, je suis sûr qu’il doit-être ,comme tant d’autres êtres comme lui ,immensément heureux d’avoir retrouvé un honneur, une reconnaissance réelle !

Et quelle noblesse chez ce nouveau Président Barrack Obama qui tend la main à ses anciens adversaires. On est loin de la petitesse de l’esprit français  en politique et de ses règlements de comptes, de ses critiques haineuses, de ses jalousies, de ses chamailleries de cours d’école !

5 novembre 2008 - 4 commentaires
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L’Etrange Etudiant Catholique (Suite)

L’Etrange Etudiant Catholique (Suite)

Je regardais cette femme qui vidait ainsi son sac à l’inconnu que j’étais. Ca fait du bien parfois je pense de pouvoir se confier comme cela à quelqu’un de neutre, qui sait écouter en silence, sans juger, sans pitié offensante mais avec un intérêt réel. Je n’ose d’ailleurs plus entrer dans les détails de ce qui arriva ce soir là à cette jeune femme. Son soi disant compagnon est devenu un autre et s’est montré violent, l’obligeant à certains actes pour l’humilier, la salir. Ensuite elle est tombée dans la spirale horrible qui la faisait descendre au stade de la prostitution. J’étais complètement horrifié d’entendre de la voix même de ce type de victime cette terrible confession. Certes j’avais lu ce genre d’histoire mais se trouver en face de cette femme racontant sa tragédie avec calme, comme si elle avait compris qu’elle ne pourrait plus sortir de la nasse ; lassée, fatiguée, résignée, n’ayant même plus la force de se révolter, de lutter elle s’était résolue à accepter son accident de parcours. Le salaud avait très bien armé le piège, avec patience, ruse et maintenant il la tenait avec son fils car pour elle, cet enfant, c’était sa vie, son bonheur, sa raison de vivre et de supporter son triste sort. En sortant je mis un moment à retrouver du goût à la vie. De temps en temps quand je passais dans le coin, j’allais faire un petit coucou à cette chic femme. Pour moi malgré sa position, je la respectais et maudissais ces bonshommes avides de sexe qui la faisait à chaque fois entrer un peu plus dans les ombres d’une vie bien triste. Quand je pensais à elle, je me demandais comment le destin m’avait fait rencontrer cette femme et comment elle s’était aussi facilement confié à moi, car d’après ce qu’elle m’avait raconté, c’était la 1° fois qu’elle racontait cela à un visiteur comme elle disait. Car moi je n’avais pas été un client. Peut-être que ce destin avait voulu me faire réfléchir sur ma condition de travailleur étudiant, position du cul entre deux chaises qui me donnait l’occasion de me donner des excuses pour mon assiduité assez faible pour ces cours que je voulais suivre et me procurait quelque subside pour me permettre quelques avantages : restaurant, virées aux 1° rayons de soleil avec quelque petite amie au Porge, à Lacanau ou même au Cap Ferret. Evidemment je n’avais parlé à personne de ce destin terrible et surtout pas au petit bourgeois friqué et libertin( c’était lui-même qui se qualifiait ainsi avec humour sinon je n’aurai pas osé ainsi le surnommer ! !) qui m’avait amené dans ce lieu où je ne serai jamais entré seul .En effet un jour il voulut savoir. Son prénom me revient : Fabrice. Je le rencontrais de temps en temps car à part son défaut de vouloir en mettre plein la vue et ses goûts pour certaines attirances que je déplorais, il était sympathique et parfois intéressant. Il avait une autre passion ; le vin. Un jour, il m’invita ( était-il généreux avec son argent par amitié ou pour frimer ??) dans un grand restau ( l^encore lieu où j’ai pu entre grâce à lui !) et commanda une bouteille au prix incroyable. Le sommelier fit tout son cérémonial comme un grand prêtre devant le regard approbateur du Maître d’hôtel pour vider la bouteille dans une carafe avec des précautions infinies. C’était la 1° fois que j’assistais à ce genre de cérémonie ! Presque un tiers de la bouteille était du dépôt. Fabrice goûta avec les gestes d’usage ce cher nectar et le déclara excellent. A mon tour j’en bus une gorgée mais ne fus pas aussi émerveillé. Pour moi ce vin était trop vieux. Mais Fabrice voulait-il éprouver le dicton « In vino veritas », il me demanda « Alors que penses-tu de F.. ? Elle est mignonne hein ! Que t’a-t-elle raconté car j’ai vu les deux fois où je t’ai laissé avec elle que vous aviez discuté ? Car pour moi c’est une énigme. Comment une fille aussi bien élevée, jolie, sympathique, peut avoir échoué dans ce bar ?

-Oh pas grand choses, je lui ai dit que j’étudiais l’espagnol et lui ai appris à sa demande quelques mots car comme tu dis c’est une fille bien.

Je me gardais bien de lui révéler quoi que ce soit et que parfois seul j’allais lui dire bonjour.

Mais revenons à mon étrange étudiant catho. La semaine suivante, il m’attendait devant mon petit hôtel de la Rue Bouffard, où il m’avait accompagné après son café offert la semaine avant.

Il allait être 14 heures et je lui proposais d’aller voir, puisqu’il m’avait dit s’intéresser à l’art, le Musée des Beaux Arts. Hélas, il était momentanément fermé et je lui proposais alors de remonter le Cours d’Albret pour boire quelque chose du côté de Gambetta ou de la Porte Dijeaux. Manque de chance, au moment où nous passions devant le fameux bar louche, F… revenait de faire une course. Elle me fit une bise, dit bonjour à Elle ouvrit la porte et nous laissa enter. -Il fallait voir la tête de Jean Jacques -, et je l’entendis me dire »Et bien venez boire quelque chose à l’intérieur !

Elle ouvrit la porte et nous laissa enter. Il fallait ? Jean Jacques avança et s’assit comme un automate. Une autre fille à la jupe ultra courte vint le voir. I ll avait l’air tétanisé. F.. parla à l’oreille de la fille qui repartit au bar. F.. nous demanda ce qu’on voulait boire et revint nous servir puis s’assit avec nous. Nous nous mîmes à discuter tous les deux comme deux vieux amis. Jean Jacques restait abasourdi, muet. Vu de l’extérieur la scène devait être surréaliste !

Quand nous sommes ressortis mon compagnon s’écria :

-Il faut que l’on discute !

Il avait l’air étrange, survolté et je me demandais qu’est-ce qu’il allait me dire. Il m’entraina vers un bar plus sérieux où nous aurions du nous rendre. Et là, je découvris un Jean Jacques subitement calme, sérieux et fus complètement déstabilisé par sa réaction !

-Mais ce n’est pas possible tu connais une prostituée, tu ne vas pas me dire que tu la paye pour coucher avec elle.

-Mais non, ce n’’est pas mon genre ; je l’ai connue par hasard et comme elle est gentille j’ai sympathisé avec elle car moi je ne pose pas d’étiquette sur les gens !

-Et bien justement. Moi aussi je la trouve convenable et bien élevée. Mais que fait-elle dans ce bar ? Je te propose un truc : il faut l’en sortir et là tu ne peux pas refuser. Tu te rends compte, il faut la sauver et la réinsérer dans la société ! Je mettrai même certains membres de mon Asso dans le coup !

La discussion dura alors une bonne heure. Il fut plus que difficile de faire comprendre à ce garçon certes généreux mais combien idéaliste et ignorant de certains faits de la vie, la particularité de la situation et son aspect dangereux. Je lui fis comprendre qu’elle était en quelque sorte prisonnière et que son gardien, si on se mêlait de ça, pouvait devenir très dangereux. Moi déjà je ne suis pas d’accord et je te conseille Toi aussi de ne surtout pas mettre ton nez là dedans : tu vas t’attirer des ennuis et mettre dans l’embarras tes autres membres qui je suppose réagiront comme moi.

-Comment ça ?

-Et bien tu as envie que deux ou trois gars inconnus t’attendent dans une rue, te tombent dessus, t’entrainent dans une cour ou un couloir et te fichent une telle dérouillée que tu resteras quelques temps à l’hôpital.

-Ah bon à ce point…Il resta un moment sans dire un mot, songeur puis me quitta simplement en me disant Au revoir !

Bizarrement jean Jacques ne me parla plus de son désir de bonne action risquée ! Pourtant je l’a rencontré quelques fois puis je suis entré dans la vie active dans mon département et ne le vis donc plus. Or quelques années plus tard je vins un jour passer une fin de semaine à Bordeaux ; Je me trouvais à la Librairie Mollat en train de regarder des livres sur l’Asie en vue d’un futur voyage quand j’entendis une voix qu’il me semblait connaître !.

-Mais c’est ne pas vrai. C’est Charles !

Je me retournai et vis jean Jacques. Il n’avait pas changé : toujours aussi blond, grand et mince. Comme midi arrivait nous sortîmes et décidâmes d’aller manger dans un restaurant chinois pas très éloigné.

A suivre : Toujours des souvenirs du chemin de ma Vie, retrouvés presque intacts dans un coin de ma mémoire, car tellement inoubliables. Le pauvre Jean Jacques tombé dans une aventure INCROYABLE bien malgré moi !

9 août 2008 - Aucun commentaire
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Louis l’Africain. Vidéo.( Fantômes du Passé)

Je vais suivre le conseil que l’on me donnait déjà alors que j’étais petit. Si tu as des problèmes, des soucis, il faut occuper ton esprit : fais quelque chose, écris ou rencontre d’autres personnes. Il faut réagir et essayer de se distraire, de rire!

Suivant ce conseil ancien je vais continuer à parler de ces fantômes du passé qui ont hanté d’une manière positive ma vie passée.

C’était encore à Bordeaux lors des mes Etudes. Le hasard m’avait connaître un Africain d’origine Gabonaise, je crois : Louis. Il finissait son droit et préparait son doctorat qu’il eut d’ailleurs. Il avait aussi une licence d’anglais. J’avais été fasciné moi le poète par moments dans les nuages et peu ordonné, par le charisme, le sérieux, le caractère solide de ce jeune homme à la volonté, au calme, et à l’intelligence incroyables. Toujours tiré à quatre épingles, il était affable, prévenant, à l’écoute des autres ? Quand il parlait, moi le bavard je l’écoutais avec respect.. Ensemble nous parlions de littérature (il aimait bien la littérature américaine) et de poésie : on évoquait bien sûr des gens comme Senghors, Césaire, Depestre, etc…ou des « Américains » Lanston Hugues et Richard Wright qu’il m’a fait découvrir. Mais nous parlions aussi, , goût en commun , des surréalistes. Sa culture était grande et nous parlions aussi de jazz, de cinéma ou abordions les problèmes de société ou même des sujets moins sérieux, car Louis avait un sens aigu de l’humour !

Ainsi cela m’a marqué, je vais vous conter des expériences qui nous ont fait bien rire. Louis parlait donc, un français parfait et sans accent. Ors, un peu poussé par moi, il s’habillait simplement (polo, jean) et nous allions dans des petits commerces : épiceries (qui existaient encore), mercerie, quincailleries ! Il pénétrait le premier et alors demandait, dans un langage ampoulé semé parfois de fautes de syntaxe et surtout avec un accent africain hyper prononcé avec les tics verbaux habituels, parfois difficilement compréhensible à la 1° écoute, un objet bien particulier dont il ne souvenait plus tout à fait du nom ! Alors il entrait dans des explications laborieuses avec force gestes ! Ce qui était comique, c’était la réaction des propriétaires, gérants ou vendeurs. Moi j’étais en retrait et je regardais les visages de ces hommes ou femmes soit étonnés, soit moqueurs, soit agressifs ou agacés (mais ce fut le cas plus rare). La plupart faisait de leur mieux pour le comprendre et, ce qui était très amusant, suivait de leur regard, les gestes d’explications très amples de Louis ! Les gens réagissaient à 90% d’une manière sympathique car il faut préciser que Louis avait une bouille superbe avec son grand sourire tellement sympathique ! Parfois il se mettait à rire très fort à la manière du célèbre comique Omar. ( Voic un sketc d’Omar et Fred !)

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En principe ce rire surprenant, désopilant, communicatif, déclenchait l’hilarité générale dans le magasin. J’ai même plusieurs fois vu les autres clients rire jusqu’aux larmes. Parfois Louis se retournait, je lui donnais une de ses vestes et refaisant face à son interlocuteur, il reprenait son accent et son langage châtié et déclarait : « Voila, voyant votre difficulté à me comprendre, j’ai chassé le Noir de la Brousse et voilà le Noir de la ville ! » Il fallait voir alors la surprise du commerçant. Un boucher avait tellement rit et apprécié la farce qu’il nous avait invités le lendemain soir pour nous faire goûter de la « vraie viande » cuisinée par lui-même et par son épouse. Il en avait profité pour nous narrer, ce soir là, ses « exploits de sale collégien » !

Louis en sortant de ces récréations s’écriait « Sacré Charles tu m’entraines dans des délires de potaches, mais je me rends compte que j’y prends goût et je reconnais que cela me fait du bien. Ce n’est pas bien méchant et c’est bon parfois de sortir des sentiers battus. ! »

C’est regrettable qu’à l’époque je n’avais ni magnétophone portatif ou caméra. !

Quand j’ai arrêté mes études j’ai perdu de vue Louis. Lui aussi devait partir en voyage de découverte aux Etats-Unis. Il espérait rester là bas pour travailler soit en tant que Conseiller dans une grande entreprise, soit en tant qu’enseignant dans une Université ou une grande Ecole.

Le lecteur de Serbo Croate

Raddé.

Etonnant personnage ; autant sa taille était impressionnante, autant son caractère était doux, presque timide. Il avait une culture très grande et parlait lentement de littérature, de civilisation. Il était Serbe mais ne m’a jamais parlé de politique, de nationalisme. Son ouverture d’esprit, son besoin d’aller vers les autres me faisaient comprendre que, s’il était venu en France, c’était surtout pour apprendre à découvrir une autre vision du monde.

Je l’ai donc connu en 67-68 et avions sympathisé ; puis je l’ai retrouvé( je l’avais incité à s’inscrire) pendant ce fameux voyage en Espagne d’Avril 69 où j’ai appris à mieux le comprendre.

Voici une photo prise pendant ce fameux voyage, à Requena, célèbre pour ses caves et ses dégustations !

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Je fais « une démonstration » de « bebida al porron » pour nos amis Africains,Iraniens, etc…

Quand Raddé et moi, nous étions ensemble et marchions côte à côte, ça faisait sourire les autres. Un gars pas très grand comme moi et un gars de près de 2 mètres, bâti comme un haltérophile, c’est sûr ça attire le regard ! Je n’ai hélas pas de photo avec lui.Nous sommes restés trois jours à Valence où nous logions au foyer des Etudiants en plein Centre ville, un superbe endroit avec un immense salon où se trouvait un piano à queue : un petit ami d’une étudiante du groupe et qui l’avait accompagnée, futur concertiste, nous a fait un jour en fin d’après midi ( 18H.20H) un concert extraordinaire ! Je regardais Raddé : il était complètement captivé par cette musique de Chopin, de Mozart, de Bach , Rachmaninov ou encore Debussy et Ravel.. Mais le soir nous allions dans les bars à la façon espagnole : c’est à dire 20 minutes dans un lieu puis autre pause dans un autre. Parfois il y avait tellement de monde que les jeunes étaient jusque dans la rue. C’est bizarre mais avec lui je me sentais en sécurité ! J’étais sûr que personne même un gars un peu éméché, serait venu me chercher des histoires. Raddé avait une sacrée descente : cañas, ou vasitos de vin blanc sec accompagnés de tapas se succédaient. Un soir dans un bar typique, où jambons, saucissons, etc étaient suspendus au dessus de nous, il avait voulu goûter par besoin de connaître une sorte de brochette faite de petit piments rouges et de chorizo. Malgré ma mise en garde, il commença à la manger. Je vis alors son visage lentement blanchir puis rougir ! Il finit sa brochette mais il ne parlait plus et des larmes coulaient sur son visage. Il resta un moment ainsi et c’était assez impressionnant de voir ce colosse pleurer. Les voisins de bar le regardaient aussi avec étonnement. Il faut dire que ces piments sont du feu et une fois croqués il faut un moment avant que la brûlure qui irrite la bouche et le gorge se calment. Il me parla que bien plus tard en me disant seulement « J’aurais du t’écouter ! » et il se mit à rire.

Je fus inquiet quand nous nous promenâmes sur une barque dans la huerta ( en la Albufera) de Valencia : le frêle esquif pencha dangereusement quand il monta. Des filles poussèrent des cris. Aussi voyant la peur que nous avions de sa masse, il partit en riant seul avec les deux espagnols organisateurs dans un barque menée par un paysan du coin. Voici une photo de notre barque sans lui ( il y avait en tout 9 barques !)

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A Bordeaux nous nous retrouvions parfois, avant le voyage de l’année 68-69 à refaire le monde. C’était notamment après Mai 68. Je le revois toujours avec moi, en train de visiter la Fac Pasteur ( aujourd’hui Musée) : tout était abîmé, des statues étaient ébréchées ou peintes en rouge, les murs étaient couverts de slogans parfois puérils, parfois intéressants. Il hocha la tête et dit seulement « Ces pauvres étudiants, fils de bourgeois gâtés veulent avoir mon régime et saccagent des richesses architecturales . Ils doivent être sacrément innocents ou masochistes ! Budapest de 56 ne les a pas touchés : ils étaient trop jeunes et la tentative de Dubcek à Prague va sombrer tôt ou tard. ? La puissante Russie ne pourra tolérer longtemps la trahison d’un de ses satellites et avec sa puissance moyenâgeuse fera rentrer ses pauvres serfs dans le rang !Mais ces jeunes qui veulent faire la révolution, s’y intéressent-ils vraiment ? Leur conscience politique n’a pas été encore construite avec la lecture de l’histoire! ( Quelques mois plus tard les paroles de Raddé furent vérifiées !) Car dans mon Pays, nous les Etudiants nous ne pouvons même pas lever le petit doigt pour nous débarrasser de cet étau communiste qui nous détruit lentement. Etrange paradoxe que la France où des fils du peuple, C.R.S tapent sur des fils de bourgeois révolutionnaires! Cette pseudo révolution ne sera que culturelle et pas politique. Elle ne changera pas ce capitalisme rampant qui envahira le monde mais elle aura fait évoluer certaines mœurs dans votre pays. Et puis votre vieille démocratie a les reins solides et ne peut être abattue ainsi !Bien sûr comme dans tout mouvement spontané, il y a eu des débordements dans tous ces happenings, ou dans ces associations sans doute éphémères comme le C.U.L ( Cercle d’Unions Lubriques) qui défile dans les rues de Bordeaux avec un camion décoré de petites culottes, invitant les jeunes à des récréations copulatives !Il faut bien que jeunesse se passe. Mais malgré les excès observés,je suis content d’avoir vécu cette expérience. Je suis sûr que dans trois mois ces ardents révolutionnaires se retrouveront sur les plages à la mode à se défouler dans d’autres domaines ! ». C’était la 1° fois que Raddé émettait une opinion aussi personnelle et je ne sus que répondre. Ça aurait été trop long de lui expliquer le pourquoi et le comment de l’évènement Il ne m’en parla plus jamais. Pendant le voyage, il échangea ses propos sur d’autres sujets,avec tout le monde, ayant soif de connaître ces gens venus d’ailleurs. Il ne parla pas de son pays .

La dernière fois que je le vis ce fut au New-York en Juin 69, devant un café. Il me confia ses intentions d’essayer de partir aux Etats-Unis ou au Canada…Mais il m’expliqua que ce serait une tâche plus que difficile pour lui.

Qu’est-il devenu?

5 août 2008 - Aucun commentaire
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Fantômes amis du Passé.


Retournons sur la route de ma vie à la rencontre de personnages marquants, rencontrés et disparus dans les forêts de la vie.

Wilfrid, le Suisse Allemand ( ou alémanique).

C’est bizarre comme dans certaines périodes de notre vie nous avons côtoyé des gens qui faisaient partie presque de notre quotidien ; avec leur voix, leur rire, leurs tics ou habitudes ils nous étaient familiers, ils connaissaient une partie de notre vie et nous aussi nous savions beaucoup de choses sur la leur. Ils nous faisaient rire, nous passionnaient parfois par leurs différences. Visages, silhouettes, de plus en plus flous, qu’êtes-vous devenus ?

Bordeaux, années de fac : des gens rencontrés par hasard, des étudiants.

Notamment certains connus lors d’un voyage en Espagne« organisé » par deux espagnols. Voyage extraordinaire de 48 filles et 12 garçons : Des profs, une commerçante, deux filles de l’administration ( Poste et EDF) et surtout une majorité d’étudiants avides d’aventures et de découvertes ! Qui plus est une tour de Babel avec notamment, un couple de Péruviens, deux institutrices Iraniennes ( c’était du temps du Shah), une Ecossaise, une Allemande, un Ivoirien, un Comorien, un professeur agrégé d’Anglais de Grenade, une fille de Djibouti , un Suisse, etc.. le tout dans une ambiance sympathique et bon enfant.

J’ai partagé deux fois la chambre avec le Suisse allemand : Wilfrid. Ah c’était un sacré personnage : grand, mince mais solide, blond plus ou moins frisé avec des nuances de roux, une fine moustache. Un gars charmant d’un calme extraordinaire, poli, plein de principes, à l’accent bien sûr très prononcé. Son débit de paroles était lent, et ses explications fournies.

Je me souviens des deux soirs où j’ai du partager ma chambre avec lui. La 1° fois, les deux Espagnols avaient trouvé une sorte de foyer tenu par des sœurs ! C’était à Soria je crois. A vingt deux heures il fallait regagner nos chambres, heure bien surprenante pour l’Espagne ! Il est vrai que le dîner avait été à vingt heures !

Dans la chambre pendant que j’étais dans la salle de bain, Wilfrid arrangeait lentement son lit, rangeait les affaires de sa valise. Dès que je fus au lit je regardais avec un étonnement stupéfait la lenteur de ses gestes. Il se déshabilla et resta en caleçon assez comique, noir avec des rayures roses. Il mit sa chemise sur un cintre, rangea ses chaussures qu’il avait préalablement nettoyées et fait briller et ses chaussettes sur le rebord de la fenêtre, laissant les volets a moitié fermés et les vitres ouvertes. Puis à ma grande surprise, plia avec un soin extraordinaire son pantalon et le posa délicatement, après avoir relevé le matelas, sur le sommier ! Il arrangea à nouveau son lit et me déclara : « Tu vois Charles, voilà ma meilleure repasseuse. Demain mon pantalon aura les plis bien marqués ». Puis il se dirigea dignement dans la salle de bain avec son « sac de nuit » ! Il en ressortit vêtu d’un pyjama blanc constellé de fleurs d’édelweiss ! J’écarquillais les yeux et me retint de rire. Puis il rangea son sac de nuit dans sa valise, s’étendit sur son lit. Son cérémonial avait du durer au moins trente minutes ! « Charles, je te souhaite une bonne nuit car je vais fermer les écoutilles ! Demain je te demande, s’il te plait de ne pas oublier de me réveiller car mon sommeil est lourd ! » « Oui Bonsoir » Wilfrid ! ». Je le vis alors prendre un objet que je découvrais pour la première fois. C’était une sorte de grand masque noir de tissu composé de deux cercles au rebord ouaté pour cacher les yeux et de deux branches de toile pour attacher le dit masque derrière la nuque. Mais ces branches possédaient au niveau des oreilles, de chaque côté un grand renflement en forme d’oreille, eux aussi aux rebords ouatés, qui s’appliquait exactement sur les dites oreilles. Ainsi accoutré, il se retrouvait complètement isolé du monde. Son visage avec son nez, fin, long et pointu, sa peau légèrement rosé et ce masque bizarre noir, avait quelque chose à la fois de comique, de surréaliste et d’effrayant. J’eus envie de le prendre en photo. Mais mon respect d’autrui me retint. J’éteignis la lumière et m’endormis. Je crois que cette nuit j’ai rêvé de Zorro.

Le lendemain, mon réveil sonna et j’eus le temps d’aller prendre ma douche, m’habiller. Wilfrid n’avait pas bougé et dormait toujours sur le dos avec sa figure d’extra terrestre. Je dus le secouer fortement pour le réveiller. Il enleva son accoutrement et me regarda étonné. « Ah oui, j’y suis ! Je te souhaite le Bonjour Charles ! Ca va je suis réveillé. Je te remercie. Tu peux disposer si tu le désires ! » Il regarda sa montre, s’étira, se leva, sortit son sac de nuit où se trouvait sa trousse à toilette et où il rangeait son pyjama, et de blanc et d’édelweiss vêtu, une grande serviette rouge sur l’épaule, il se dirigea comme un empereur, vers la salle de bain.

Je le laissai et descendis ma valise. Il apparut à la table du petit déjeuner une demie heure après, impeccable et frais rasé.

Une autre fois, je dus partager la chambre avec lui. Il monta à neuf heures et demie au lit. « Charles, ne te déranges pas pour moi tu pourras allumer. Bonne Nuit ! »

Vers deux heures, arrivé à la chambre je tentai en vain plusieurs fois d’ouvrir la porte, mais elle était fermée de l’intérieur. Heureusement nous n’étions pas dans un palace mais dans une pension de famille de Madrid et nous avions eu la chance d’avoir une salle de douche pour nous deux. Pour mon bonheur, la fenêtre de cette salle, aux vitres peintes en blanc, donnait sur le couloir. Je m’aperçus que l’espagnolette n’avait pas été tournée et je pus après avoir poussé les deux montants, escalader le muret-rebord et entrer. Heureusement il n’y avait personne dans le couloir car on aurait pu trouver mon entrée par une fenêtre plutôt bizarre. Dans la chambre Wilfrid, comme la fois d’avant dormait sur le dos, avec son accoutrement. Il avait eu la gentillesse d’allumer la lampe sur ma table de nuit. Seul problème, une sorte de sifflement, de râle puissant et sonore sortait de sa bouche ouverte. Je me lavais les dents, me mis en tenue de nuit, éteignis et attendis. Mais son espèce de ronflement intersidéral m’empêchait vraiment de dormir. Alors, comme j‘ai la faculté de pouvoir souffler entre une dent du bas et une dent du haut légèrement cassé pendant mon enfance, ce qui me fait émettre un sifflement hyper strident, aux limites des ultra sons, son que je peux moduler à ma guise, j’émis cette sorte de stridulation continue, lentement et de plus en plus forte en espérant surtout qu’il arriverait à franchir la barrière de ses protections auditives !. Le ronflement aigu de Wilfrid s’arrêta alors comme par enchantement. Ravi je m’apprêtais à plonger dans un sommeil réparateur quand le bruit helvétique s’éleva de plus belle ! Les murs de la chambre comme les montagnes de son pays semblaient décupler le bruit. Alors là mon sifflement se fit encore plus aigu et plus violent. Wilfrid dans le noir, se mit à pousser des sortes de grognements, toussa deux ou trois fois, se racla la gorge et puis ce fut enfin le silence !

Wilfrid, un gars extrêmement calme et gentil que nous invitâmes plusieurs fois dans le petit groupe formé au retour du voyage. Un soir, chez une prof d’espagnol basque, retournée depuis dans son Bayonne natal, il nous fit une fondue inoubliable !

Qu’est-il devenu cet helvète si poli et si pacifique quarante après ? Un banquier ? Un ingénieur peut-être à la retraite dans sa région du côté de Bâle ou de Zurich !

Je revois aussi Radde, un autre personnage attachant connu pendant ce périple espagnol. Ce lecteur de Serbo croate, à la Fac Pasteur, était un homme impressionnant par sa stature, son calme, son intelligence. Mais j’en parlerai une autre fois.

Surprises de l’Auto Stop !1°


Pendant ma première année à L’Institut d’Etudes Ibériques de Talence, je n’avais pas encore le permis et donc pas non plus de voiture. Aussi seule possibilité de me rendre à Bordeaux ou d’en revenir : l’auto-stop. Il m’est arrivé de partir deux ou trois fois seul mais la plupart du temps, je partais avec mon meilleur Ami eurasien, Marc. Il était pion avec moi dans le même C.E.S.

Nous nous mettions à la sortie de Villeneuve, le pouce levé. Deux fois seulement nous eûmes l’extrême chance de tomber sur des voitures qui allaient directement à Bordeaux. Mais la plupart du temps il fallait de nombreuses étapes pour s’y rendre. Un fois il fallut huit voitures. A l’époque, l’autoroute n’existant pas, nous passions par la nationale 113 : Sainte Livrade, Tonneins, Marmande, La Réole,Langon. En principe c’était soi une personne seule, soient deux personnes qui s’arrêtaient. A l’époque, le stop marchait bien et les gens étaient sympas. Mais un jour, un homme nous déposa dans un village après La Réole., et à notre grand désespoir les voitures passaient pleines ou avec seulement une place ou ne s’arrêtaient pas pour des raisons inconnues. Au bout d’une heure, je proposais à mon copain,

- Bon écoute, séparons-nous nous aurons plus de chances de partir.

Lui alla vers le village, moi j’allais un peu plus loin.

Au bout d’un quart d’heure je vis mon copain passer avec quatre personnes dans une grosse Peugeot. Il me fit Bonjour et me cria « Bonne chance ».

Cinq minutes après, une grosse Mercedes s’arrêta. Le passager baissa sa vitre et me dit :

-Vous voulez aller à Bordeaux, nous sommes pressés, montez vite derrière !

Sa mine patibulaire ne me fit pas hésiter, car je ne voulais pas être en retard aux cours de l’Après-midi. Et là, j’avais des chances d’être vers midi et demi à Bordeaux, de déposer mes affaires dans ma chambre, puis de grignoter un sandwich et de prendre un bus ou même d’aller en stop à Talence en me mettant Place de la Victoire, au début du cours de l’Argonne.

- Une femme m’ouvrit la porte arrière pendant que le passager était descendu pour mettre mon sac dans le coffre. Puis la voiture démarra.

- Je commençais à détailler les différentes personnes occupant la voiture. Le conducteur, âgé d’environ cinquante, soixante ans, en costume, une grosse chevalière à la main droite, à la gauche une montre de prix. Le passager un peu plus jeune, lui aussi en costume. Je remarquais qu’il avait une grande balafre qui partait d’en bas de la joue gauche et remontait presque jusqu’au milieu du nez ! Quant aux femmes, leur allure laissait deviner leur profession. Assez jolies, habillées avec goût mais assez court, plutôt maquillées. Et surtout leur parfum commençait à me monter à la tête. Elles ne parlaient pas. Je commençais à me poser des questions inquiétantes .Où étais-je tombé ? Sans doute des prostituées de luxe et eux des macs. Je me disais : « Surtout tu te tais. Pas de questions. Tu ne réponds que si on te parle ! » J’avais vu pas mal de films, des policiers surtout et tout un tas de possibilités commençaient à s’échafauder dans ma tête. Une sorte d’angoisse me gagnait.

Le conducteur avait du s’apercevoir de ma gène et commença à me poser des questions.

- -Alors, jeune homme. Vous êtes étudiant ?

- -Oui Monsieur.

- ‘Ah bon et en quoi. ?

La conversation dura environ ¼ d’heure sur des banalités et s’arrêta.

Soudain le passager s’adressa avec une sacrée autorité à ma voisine.

- Alors tu n’oublies pas ce que tu as à faire quand on te déposera.

- Non je te l’ai déjà dit pas question d’y aller et tu sais pourquoi.

- Tu n’as pas à avoir d’opinion ! Que ça te plaise ou non ; c’est comme ça !

La conversation bien vite s’envenima.

Finalement, l’homme se retourna et colla une gifle retentissante à la femme en lui criant : « Dernier avertissement »

Moi , tassé contre la portière, comme on dit vulgairement, je ne la menais pas large et maudissais le destin qui m’avait fait monter avec ces gens là.

Le conducteur alors dit d’une voix mielleuse !

- Alors Gina, tu feras ce que t’a dit André n’est-ce pas ?

- Oui, répondit elle doucement.

- Eh bien voilà tout s’arrange ! Il suffisait que chacun montre un peu de volonté et les choses les plus difficiles deviennent soudain faciles. Et il se mit à rire…

Nous approchions de Bordeaux et il me tardait de quitter cette voiture et ces hommes là plus qu’inquiétants. Arrivé sur l’Avenue de Toulouse, devant l’hôpital militaire, je leur demandais subitement pris par une sorte de peur panique :

- Vous pouvez me descendre là si vous voulez.

-Mais vous logez où ? Me demanda le conducteur très gentiment.

- Rue Vital Carles.

 

- -Et bien ça ne nous pose pas de problème ; on vous posera au pied de la cathédrale Saint-André. Ca ne nous dérange pas du tout.


Mais pourquoi, vouliez-vous descendre aussi loin du centre ? Avez-vous un souci ?

- -Eh non ; non. Je n’aime pas déranger les gens et je ne savais pas de quel côté vous alliez. Alors l’entrée de Bordeaux m’a paru le plus logique.

 

- Ah mais vous êtes un garçon bien élevé. C’est bien.Ca se perd ! et il éclata de rire.

- Arrivés devant la cathédrale, ils prirent le parking devant le grand café, près de la Mairie. Je descendis en disant au revoir Mesdames, messieurs. Il me sembla que mes jambes tremblaient et que j’avais du mal à me tenir debout. Le passager descendit. Le fameux André me dit :

- - Et votre sac, je vais vous le donner !

J’en avais oublié jusqu’à mon sac. Ils repartirent et je mis un moment avant de me diriger vers ma chambre .Que de fois je me suis posé la question : Mais qui étaient ces gens ? Etaient-ce des gens du milieu ?


4 mars 2008 - 2 commentaires
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