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Un BLOG Internaute
du Journal SUD OUEST

Des Mots et des Maux
Poèmes, Souvenirs de rencontres de personnages connus,Réactions d’Humeur,Musique, Peinture,Images de ma vie,Photos,Littérature,Autographes.

Mon Ami Manolo RUIZ-PIPO

Mes Amis ou relations.

J’ai quand même eu la chance de rencontrer sur le chemin si riche de ma vie, des hommes, des femmes qui m’ont marqué par leur générosité, leur gentillesse, leur intelligence, leur respect d’autrui. Mais j’ai aussi eu la chance de nouer des liens d’amitié avec des gens qui avaient un sacré talent dans le domaine de l’art (peinture, écriture, peinture,..), un talent tellement grand qu’ils furent reconnus. Je vais vous parler de ceux là, non point par une sorte de forfanterie ridicule, mais parce que je les aimais en tant qu’homme et en tant qu’artiste. Mes propos ne seront qu’une sorte d’hommage pour les faire connaître à ceux qui ne les connaissent pas J’ai donc envie de partager avec vous leurs qualités, et ainsi les saluer en leur rendant vie l’instant d’un article bien que leurs œuvres les perpétuent encore. La plupart, hélas sont déjà partis. Leur chemin a pris soudain une pente difficile puis a disparu derrière ces collines bleues d’où l’on ne revient plus.

Les peintres.

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Avant tout je parlerai de mon Ami Manolo RUIZ-PIPO, rencontré dans une galerie où il exposait. Sa joie de vivre, sa gentillesse, son humour nous ont rapprochés. Cet Ami peintre était un de ces hommes du Sud jovial, intelligent, au grand cœur, bavard. Nous nous ressemblions au niveau du caractère et des goûts : amour de l’art en général, des voyages, de l’humour, des gens rencontrés, des femmes, des bonnes choses qui font qu’un repas devienne une fête, et nous sommes donc devenus amis. Non seulement j’aimais l’homme heureux de vivre mais j’aimais aussi ses œuvres., qu’admirent d’autres milliers de personnes, ses œuvres éternelles faites d’ombres et de lumières et de ces couleurs qui reflètent son Andalousie natale. Il avait dans sa jeunesse, après être partie de son Espagne natale, de sa ville si belle, si envoûtante, Grenade, cette oasis de verdure au milieu des Sierras arides, pied de nez semble-t-il de la nature ou des Hommes, paradoxe déjà, ville symbole de tous les contraires ! Ville symbole de liberté et Ville symbole d’oppression, ville musulmane et ville chrétienne, ville ancienne et ville moderne. Ville où l’histoire a laissé ses témoignages de pierre ou ses blessures dans les âmes ; pierres ocres de l’Alhambra, fièrement dressé sur son piedestal , luxuriance fraîche des jardins du Generalife , symbole d’une occupation musulmane ou pendant un certain temps, le Califat était un modèle de gouvernance, de tolérance et de paix. Blessures tout juste cicatrisées de cette guerre civile où les morts furent nombreuses. Quand je pense à Grenade je ne peux m’empêcher de penser à ces poèmes de Lorca appris dans mon Lycée de province. Grenade où l’esprit Andalou est resté authentique malgré les remous du temps.

Manolo, qui était un homme du présent et d’avenir me parlait peu de sa jeunesse, sauf si je l’amenais insensiblement sur ses routes du passé. Né en 1929, il fit des études primaires plus que moyennes, préférant déjà, pendant les cours dessiner ou même caricaturer ses professeurs. Son Père, un homme intelligent, libre-penseur, proche de sa famille, ne lui en tenait pas rigueur et au contraire, l’encourageait à dessiner encore plus. Manolo vécut donc ses premières années dans une atmosphère d’amour, de bonheur, de liberté. Mais hélas à sept ans seulement, il découvre l’absurdité de la guerre civile et ses conséquences tragiques : une nuit, son Père chéri, est enlevé brutalement à sa famille. On ne le retrouvera jamais. Cela rappelle étrangement, la disparition de Federico Garcia-Lorca, retrouvé mort.

Ces épreuves terribles, déclenchèrent chez l’enfant cet appétit immense de vie, de liberté et ce besoin incommensurable d’humanité dans sa vie quotidienne. Son Grand-Père maternel, alors le prend en charge et l’amène dans une ville protégée :Barcelone. A 13 ans, Manolo est reçu à l’Ecole des Arts et Métiers, la Lonja, où Picasso fut élève lui aussi. Il y apprend pour se perfectionner le dessin et obtient une bourse pour entrer aux Beaux Arts. Vivant dans un milieu modeste, il connaît les difficultés de la vie laborieuse : ouvrier métallurgiste, puis dessinateur et restaurateur de tableaux anciens.

Dès l’age de 17 ans, il expose ses œuvres dans des Salons de groupe, puis dès 1954-55, il a droit à des expositions personnelles et côtoie les plus grands peintres : Picasso, (Andalou), Dali, Miro et Grau Sala.(Catalans)

Après son service militaire, il passe un concours et gagne une bourse qui lui permet de suivre les cours des Beaux Arts de Paris. Il va souvent au Louvre, travailler en étudiant les tableaux de Georges de Latour ou de Louis Le Nain. Il retrouve à Paris Picasso qui le prend sous son aile ; ainsi il ira souvent travailler au Bateau-Lavoir. Picasso, devenu son ami, lui présente les grands galeristes ou marchands de tableaux, notamment Jeannine Castel. Il commence à exposer dans la capitale avec des peintres comme Fautrier, Brasilier.En 1957 il remporte le Grand prix de peinture de Villeneuve ( où l’on compte aussi comme lauréats : Bierge,Tanaka, Schenck ,etc..) En mai 1960, il entre au Musée d’Art Moderne. Puis c’est Londres où il est merveilleusement accueilli par le monde de l’Art. Puis ce nomade épris de liberté s’installera pendant 10 ans en Italie, à Bologne : il exposera alors à Milan, Venise, Florence et deviendra l’ami du célèbre Giorgio Di Chirico.

Peu à peu ses tableaux sont exposés dans l’Europe entière ? Il ira notamment à Amsterdam où il se passionne pour Rembrandt et Vermeer.

D’ailleurs preuve de ses pérégrinations, Manolo aura trois fils : Rodrigo né en France, Orlando né en Italie et Flavio né en Hollande !

En 1971, il fait la connaissance d’un grand collectionneur australien de Newcastle ( Australie), William Browmore, possesseur d’œuvres de Modigliani, Renoir, Picasso, Degas,Monet, Max Ernst et il ajoute Manolo Ruiz-Pipo ! Il fera découvrir à Picasso ce pays extraordinaire et le fera exposer à Sydney, Newcastle.

Quand en 1975, Manolo revient en Europe, il est déjà un peintre consacré dont les toiles s’exposent dans le monde entier. :de Paris à Sydney, De New-York à Madrid, de l’Italie aux pays Bas ! Et surtout des musées importants ont fait l’acquisition de ses œuvres.

En 80, Manolo s’installe dans notre Lot et Garonne, à côté de ce magnifique château de Bonaguil ( château dans lequel son frère, le célèbre pianiste et compositeur Antonio Ruiz-Pipo ( 1934.1997) jouera après de sacrés problèmes pour monter le piano !) Ils seront à la base de la création des “Nuits Musicales de Bonaguil”, qui se transformeront en ” Festival” où les plus grands interprètes sont venus jouer dans ce cadre grandiose !

Ensuite il a habité du côté de Clairac puis près d’Agen où il eut l’extrême joie que sa charmante épouse Anne lui donne en 90, un fils :Olivier.

J’aime l’œuvre de Manolo car elle est le véritable reflet de son âme : nostalgie de son Andalousie, esprit de liberté et de tolérance, amour de la femme : on la retrouve dans ses tableaux à tous les stades de sa vie : jeune fille, fragile, mère, grand-mère. Nomade sentimental pendant un certain temps, il a donc voulu rendre hommage à la, la fragilité féminine, mais devenu Père il a voulu aussi mettre en relief, la condition sacrée de la maternité. Et forcément il a peint aussi la grâce, la joie, l’innocence pure des enfants.

(Suivront deux pages d’autres tableaux:Femmes et autres scènes, Puis ses Nus.)

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On retrouve aussi ses amis communiant autour d’un bon repas ! Son esprit indépendant ne l’a jamais laissé s’enfermer dans un groupe, dans une école, un mouvement.

Ses toiles sont l’aboutissement d’un long travail de préparation ( croquis sur ses nombreux carnets, études, essais, ébauches) et d’une maturation lente où il se plongeait longuement. Manolo, en pur Andalou, pétri de traditions ancestrales, a peint bien sûr des scènes tauromachiques : mais son âme sensible a représenté le toréador, plus en brute sadique qu’en héros d’un ballet coloré et flamboyant au milieu d’une arène en folie. Le final n’étant plus un sacrifice rituel mais une vulgaire exécution. Dans ces toiles le taureau est toujours mis en valeur.


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manolo-taureaux-sous-oliviers.jpgJe ne vais pas faire une étude exhaustive de son œuvre qui serait bien longue : il y a tellement de choses à dire sur ses œuvres. Pour sûr nous y retrouvons les influences d’un Caravage, d’un De La Tour mais aussi celle de tous ses ancêtres ibériques : Velasquez, Zurbaran et même Goya ; en effet sa peinture est avant tout celle d’un peintre espagnol, où l’on retrouve ces mélanges contrastés de douceur et de violence, de lumière et d’ombres. Malgré une approche traditionnelle de la couleur, on retrouve toujours cette modernité du trait. Mais surtout, ce qui prédomine dans ses toiles c’est cette lumière qu’il a su, malgré ses origines andalouses, atténuer : elle semble sourdre naturellement. Comme par magie elle nous atteint, nous, spectateur qui en ressentons quelque chose d’indicible, le choc mystérieux de la beauté ; alors sans s’en rendre compte nous atteignons les champs de l’irrationnel, de l’émoi. Les mots ne veulent plus rien dire ; sa peinture s’admire, se déguste en lents regards emplis de silence.Nous tombons à sa vue dans une jouissance, une jubilation intérieure. En connaissant sa passion de la vie, son humanisme, sa sensibilité, nous comprenons mieux ses toiles et dessins et il me fait penser, Moi, au souvenir qu’il avait gardé de cette mystique du bonheur de vivre qu’il avait gardé de Lorca et de la douceur sensuelle d’un manuel de Falla : deux hommes, deux œuvres dans deux domaines autres qui sont les clefs pour ouvrir les portes du jardin secret de Manolo.

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Une excellente soirée chez moi avec Manolo, sa femme et deux autres couples d’amis.

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Ina Mindzenti récemment disparue ( voir archives) et Manolo au cours d’un sacré repas chez moi!

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