INEDIT: BECAUD à coeur ouvert! 1 “Mes Mains”
Gilbert Bécaud.
Quand j’étais étudiant j’avais envie
d’écrire. Alors que j’étais à l’Institut d’Etudes Ibériques à Talence (où nous
avions organisé de sacrées soirées avec Atahualpa Yupanqui, Narciso Yepes et
Paco Ibañez) je faisais partie d’une bande de Français, d’Espagnols, de
Sud-Américains ( un couple de Péruviens), il y avait aussi Radé le lecteur de
serbo-croate, Frantz le Suisse, Walid le libanais : nos lieux préférés
étaient le New York, le Français et la Maison du Café. J’ai longtemps logé (2 à
3 nuits par semaine puisque j’étais aussi maître d’externat dans un collège de
ma ville) à l’Hôtel Bouffard ou dans une chambre, Rue Vital Carles. (Mais je
reviendrai sur cette époque) J’ai retrouvé deux anciennes Amies de ce temps là : l’une est aux Etats-Unis et lit ce blog, l’autre est propriétaire
d’un cru dans le Saint-Emilion ! Mais surtout je participais à l’équipe
qu’avait lancé Sud-Ouest pour réaliser la page » 17-24 » réservée aux
jeunes et qui paraissait le Jeudi. Ainsi ai-je pu croiser des gars devenus
célèbres comme Pierre Petit, Jean-Claude Guillebaud ou Pierre Veilletet. Je me
souviens d’autres noms qui écrivaient dans « 17-24 » Dominique
Blanchard ( peut-être est-ce celui qui maintenant a un Blog S-O : je me
souviens de son article : « Un jeune homme bien » car il
avait fait débat dans mon groupe de pions ! « En voila un bon petit
fils de bourgeois à qui la vie sourit et qui lui n’a pas besoin de travailler
pour se payer les études et en plus en suivant tous ses cours ! » Je
leur rétorquais qu’il ne fallait pas prendre cette article au pied de la
lettre, que c’était de l’humour au 2° degré, et que ce jeune bien sous tous
rapports et contre tout ce qui était mauvais et décadent, était au contraire,
plein de dérision justement vis-à-vis de ce genre de gars ! Et puis
surtout je trouvais à l’époque qu’il écrivait pas mal ; si c’est le même
qui a cet excellent blog « Bravo »). Il y avait aussi je crois
d’autres articles de Patrick Rubio, Patrick Lamarque, Michel Barbe, Chantal
Gibert, Thierry Calmette et Jean-Pierre Spirlet ( un gars de “mon coin” qui s’occupera plus tard des questions touchant l’enseignement à S-O)… Quand mon premier article a paru « La partie de
Dames est finie » sur la guerre au Biafra, je fus heureux comme pas un. Plus
tard dans ma ville, mordu par le virus d’écrire, je fondais une sorte de revue,
« Echos-Centre » au Centre des Sports et des Loisirs de ma ville, que
je baptisais pompeusement dans tous mes articles, de « Centre
Culturel », ayant découvert en
Afrique les Centres Français du Ministère de la Culture et de la coopération,
nom qui lui est resté : j’ai cet honneur d’en être à l’origine. Cette
revue me permettait de faire écrire aussi des articles à des jeunes de seize à
dix huit ans.. C’est à cette époque que le Rédacteur de Sud Ouest, Alain Ribet
m’avait même confié la critique d’une exposition. Et surtout j’avais fait tous
les petits journaux locaux pour leur demander une carte de presse, afin que
j’assiste gratuitement (mes moyens ne me permettant pas de me payer l’abonnement)
à tous les spectacles du théâtre. Le programme était très riche. Un journal
accepta et évidemment je devais faire le compte-rendu ou la critique de chaque
spectacle et même si je le pouvais, faire des interviews. J’étais aux anges.
Le 1° grand artiste que je pus interviewer,
le 20 Novembre 69, fut qui plus est, un de mes chanteurs préférés :
Gilbert Bécaud.
Voici le récit inédit de cette
rencontre dans tous ces détails !
Après son tour de chants extraordinaire, je devais lui poser des questions comme cela avait été prévu. Mais il passa d’abord à sa sacro sainte séance d’autographes, ce moment magique pour lui, où il était mêlé à son public. Poliment j’attendis à côté de lui. Au bout d’un moment, la foule du début diminuant, il me regarda avec un grand sourire et me dit : « Allez si vous êtes courageux, vous pouvez commencer à me poser des questions, nous continuerons plus au calme ensuite surtout que j’ai un renseignement à vous demander. » Je me lançais donc en m’interrogeant sur ce qu’il voulait savoir ! L’interview commença, alors qu’il continuait à signer des autographes, au milieu d’une foule d’admirateurs. Bécaud demandait le prénom, dédicaçait le programme, souriait, disait deux mots gentils, écoutait mes questions, répondait. Comment pouvait-il avoir l’oeil, l’oreille comme cela en éveil, m’écouter, répondre après quelques secondes de réflexion, exercice incroyable, fascinant ? Moi, debout- à côté de lui, j’essayais de prendre des notes en abrégé, position fort inconfortable au milieu de tous ces gens presque en folie !.
Me voici ( avec la barbe) interviewant au début, Gilbert alors qu’il signait des autographes
Voici mes notes retrouvées,
l’intégralité de mon interview ce soir d’hiver : en effet à l’époque je
n’avais publié que la partie « théâtre » et avais tu la partie
« restaurant. » parce que c’était trop long et peut-être à cause du
côté intime de ce moment.. Aujourd’hui on appellerait un entretien
« off ». Aujourd’hui je peux révéler
cette conversation car en relisant mes notes retrouvées, j’avais écrit sa
phrase « On continuera l’interview au restau. » Donc tout ce
qu’il m’avait dit ensuite était publiable. Et puis il est mort et tout ce qu’il
m’a dit, reste le témoignage de sa gentillesse, de son ouverture et sa jeunesse
d’esprit, de sa simplicité, de son cœur
énorme, de sa sensibilité. En fait publier le tout, est en définitif un hommage
que je lui rends.
«. Le Georges Leygues lève
l’ancre. C’est dans ma ville tremblante de froid à l’heure où ses
paupières fatiguées se referment, une nuit d’hiver, à vingt-deux heures. Dans
la ville enfin endormie, des chevaux-vapeur emballés, piaffent et hennissent
avant de bondir, sous le regard
impassible et clignotant des feux qui jouent aux quatre coins en se
faisant de l’œil. La vieille Tour borgne rêve de sa jeunesse, le ciel ne dort
qu’à moitié, la froidure sans pitié fait pleurer les vitres des voitures qui
s’embuent.
Près d’un bassin de verdure, noyé dans une mer d’ombre, le théâtre, le Georges Leygues, comme un vaisseau blanc amarré dans les criques de l’insomnie, brille de mille feux. Ce soir il y a foule à bord. Il est vrai qu’un capitaine de renom doit se présenter sur le pont et en prendre le commandement : Gilbert Bécaud ! Les passagers sont venus si nombreux, pour s’embarquer pour les étoiles, pour les continents secrets de la poésie et du rêve, pour de douces îles immortelles, pour des archipels mystérieux habités par des Sirènes, en un mot pour une envoûtante croisière aux escales rêvées.. Pour l’instant l’amiral Julien Clerc est à la barre. Avant lui Isabelle de Funes, la nièce de Louis, une moussaillonne qui a beaucoup à apprendre et Frida Boccara qui a su s’exprimer sur le pont avec sa voix puissante, chaude, envoûtante. Le capitaine Gilbert Bécaud, lui est dans sa cabine ; il prépare son voyage, le visage impassible, son esprit plongé déjà dans le périple qu’il va faire accomplir à ses passagers. L’amiral Julien a lâché sa barre et le bateau s’est mis en panne dans l’océan profond de la nuit. Notre Commandant enfile sa tenue bleue. Le navire est près à repartir. On va à nouveau appareiller. Là-haut le gréement craque, des haubans grincent, des voiles se balancent. Enfin la grand voile, si lourde et si rouge se lève, le groupe électrique se met en marche, puis ronfle et enfin ronronne doucement. Le capitaine bondit et prend la barre ! L’amiral Raymond Bernard dirige l’équipage des musiciens. Les âmes elles aussi lèvent l’ancre, les cœurs battent plus vite, le voyage reprend pour de nouveaux horizons. Les paysages défilent, les aiguilles des montres hélas tournent bien vite : ah ce temps voleur de plaisir éternel ! Les cœurs se pâment. Plus d’une heure de croisière onirique, un instant d’infini, une mer de bleu et un ciel de rose. Et puis tout est submergé dans une tempête de bravos, dans un déluge de cris de joie. Le rêve s’est brisé sur l’écueil du temps, le bateau s’est échoué dans les sables mouvants des heures. Les hublots s’éteignent un à un ; il n’y a plus d’équipage, plus de voiles gonflées sous le vent de la musique, il n’y a plus que des passagers naufragés de la nuit qui regagnent en silence leurs îles dans l’océan mystérieux de l’ombre, en rêvant encore à ce voyage extraordinaire.
