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Un BLOG Internaute
du Journal SUD OUEST

Des Mots et des Maux
Poèmes, Souvenirs de rencontres de personnages connus,Réactions d’Humeur,Musique, Peinture,Images de ma vie,Photos,Littérature,Autographes.

INEDIT: BECAUD à coeur ouvert! 1 “Mes Mains”

Gilbert Bécaud.

Quand j’étais étudiant j’avais envie d’écrire. Alors que j’étais à l’Institut d’Etudes Ibériques à Talence (où nous avions organisé de sacrées soirées avec Atahualpa Yupanqui, Narciso Yepes et Paco Ibañez) je faisais partie d’une bande de Français, d’Espagnols, de Sud-Américains ( un couple de Péruviens), il y avait aussi Radé le lecteur de serbo-croate, Frantz le Suisse, Walid le libanais : nos lieux préférés étaient le New York, le Français et la Maison du Café. J’ai longtemps logé (2 à 3 nuits par semaine puisque j’étais aussi maître d’externat dans un collège de ma ville) à l’Hôtel Bouffard ou dans une chambre, Rue Vital Carles. (Mais je reviendrai sur cette époque) J’ai retrouvé deux anciennes Amies de ce temps là : l’une est aux Etats-Unis et lit ce blog, l’autre est propriétaire d’un cru dans le Saint-Emilion ! Mais surtout je participais à l’équipe qu’avait lancé Sud-Ouest pour réaliser la page » 17-24 » réservée aux jeunes et qui paraissait le Jeudi. Ainsi ai-je pu croiser des gars devenus célèbres comme Pierre Petit, Jean-Claude Guillebaud ou Pierre Veilletet. Je me souviens d’autres noms qui écrivaient dans « 17-24 » Dominique Blanchard ( peut-être est-ce celui qui maintenant a un Blog S-O : je me souviens de son article : « Un jeune homme bien » car il avait fait débat dans mon groupe de pions ! « En voila un bon petit fils de bourgeois à qui la vie sourit et qui lui n’a pas besoin de travailler pour se payer les études et en plus en suivant tous ses cours ! » Je leur rétorquais qu’il ne fallait pas prendre cette article au pied de la lettre, que c’était de l’humour au 2° degré, et que ce jeune bien sous tous rapports et contre tout ce qui était mauvais et décadent, était au contraire, plein de dérision justement vis-à-vis de ce genre de gars ! Et puis surtout je trouvais à l’époque qu’il écrivait pas mal ; si c’est le même qui a cet excellent blog « Bravo »). Il y avait aussi je crois d’autres articles de Patrick Rubio, Patrick Lamarque, Michel Barbe, Chantal Gibert, Thierry Calmette et Jean-Pierre Spirlet ( un gars de “mon coin” qui s’occupera plus tard des questions touchant l’enseignement à S-O)… Quand mon premier article a paru « La partie de Dames est finie » sur la guerre au Biafra, je fus heureux comme pas un. Plus tard dans ma ville, mordu par le virus d’écrire, je fondais une sorte de revue, « Echos-Centre » au Centre des Sports et des Loisirs de ma ville, que je baptisais pompeusement dans tous mes articles, de « Centre Culturel », ayant découvert en Afrique les Centres Français du Ministère de la Culture et de la coopération, nom qui lui est resté : j’ai cet honneur d’en être à l’origine. Cette revue me permettait de faire écrire aussi des articles à des jeunes de seize à dix huit ans.. C’est à cette époque que le Rédacteur de Sud Ouest, Alain Ribet m’avait même confié la critique d’une exposition. Et surtout j’avais fait tous les petits journaux locaux pour leur demander une carte de presse, afin que j’assiste gratuitement (mes moyens ne me permettant pas de me payer l’abonnement) à tous les spectacles du théâtre. Le programme était très riche. Un journal accepta et évidemment je devais faire le compte-rendu ou la critique de chaque spectacle et même si je le pouvais, faire des interviews. J’étais aux anges.

Le 1° grand artiste que je pus interviewer, le 20 Novembre 69, fut qui plus est, un de mes chanteurs préférés : Gilbert Bécaud.

Voici le récit inédit de cette rencontre dans tous ces détails !

Après son tour de chants extraordinaire, je devais lui poser des questions comme cela avait été prévu. Mais il passa d’abord à sa sacro sainte séance d’autographes, ce moment magique pour lui, où il était mêlé à son public. Poliment j’attendis à côté de lui. Au bout d’un moment, la foule du début diminuant, il me regarda avec un grand sourire et me dit : « Allez si vous êtes courageux, vous pouvez commencer à me poser des questions, nous continuerons plus au calme ensuite surtout que j’ai un renseignement à vous demander. » Je me lançais donc en m’interrogeant sur ce qu’il voulait savoir ! L’interview commença, alors qu’il continuait à signer des autographes, au milieu d’une foule d’admirateurs. Bécaud demandait le prénom, dédicaçait le programme, souriait, disait deux mots gentils, écoutait mes questions, répondait. Comment pouvait-il avoir l’oeil, l’oreille comme cela en éveil, m’écouter, répondre après quelques secondes de réflexion, exercice incroyable, fascinant ? Moi, debout- à côté de lui, j’essayais de prendre des notes en abrégé, position fort inconfortable au milieu de tous ces gens presque en folie !.

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Me voici ( avec la barbe) interviewant au début, Gilbert alors qu’il signait des autographes

Voici mes notes retrouvées, l’intégralité de mon interview ce soir d’hiver : en effet à l’époque je n’avais publié que la partie « théâtre » et avais tu la partie « restaurant. » parce que c’était trop long et peut-être à cause du côté intime de ce moment.. Aujourd’hui on appellerait un entretien « off ». Aujourd’hui je peux révéler cette conversation car en relisant mes notes retrouvées, j’avais écrit sa phrase « On continuera l’interview au restau. » Donc tout ce qu’il m’avait dit ensuite était publiable. Et puis il est mort et tout ce qu’il m’a dit, reste le témoignage de sa gentillesse, de son ouverture et sa jeunesse d’esprit, de sa simplicité, de son cœur énorme, de sa sensibilité. En fait publier le tout, est en définitif un hommage que je lui rends.

«. Le Georges Leygues lève l’ancre. C’est dans ma ville tremblante de froid à l’heure où ses paupières fatiguées se referment, une nuit d’hiver, à vingt-deux heures. Dans la ville enfin endormie, des chevaux-vapeur emballés, piaffent et hennissent avant de bondir, sous le regard impassible et clignotant des feux qui jouent aux quatre coins en se faisant de l’œil. La vieille Tour borgne rêve de sa jeunesse, le ciel ne dort qu’à moitié, la froidure sans pitié fait pleurer les vitres des voitures qui s’embuent.

Près d’un bassin de verdure, noyé dans une mer d’ombre, le théâtre, le Georges Leygues, comme un vaisseau blanc amarré dans les criques de l’insomnie, brille de mille feux. Ce soir il y a foule à bord. Il est vrai qu’un capitaine de renom doit se présenter sur le pont et en prendre le commandement : Gilbert Bécaud ! Les passagers sont venus si nombreux, pour s’embarquer pour les étoiles, pour les continents secrets de la poésie et du rêve, pour de douces îles immortelles, pour des archipels mystérieux habités par des Sirènes, en un mot pour une envoûtante croisière aux escales rêvées.. Pour l’instant l’amiral Julien Clerc est à la barre. Avant lui Isabelle de Funes, la nièce de Louis, une moussaillonne qui a beaucoup à apprendre et Frida Boccara qui a su s’exprimer sur le pont avec sa voix puissante, chaude, envoûtante. Le capitaine Gilbert Bécaud, lui est dans sa cabine ; il prépare son voyage, le visage impassible, son esprit plongé déjà dans le périple qu’il va faire accomplir à ses passagers. L’amiral Julien a lâché sa barre et le bateau s’est mis en panne dans l’océan profond de la nuit. Notre Commandant enfile sa tenue bleue. Le navire est près à repartir. On va à nouveau appareiller. Là-haut le gréement craque, des haubans grincent, des voiles se balancent. Enfin la grand voile, si lourde et si rouge se lève, le groupe électrique se met en marche, puis ronfle et enfin ronronne doucement. Le capitaine bondit et prend la barre ! L’amiral Raymond Bernard dirige l’équipage des musiciens. Les âmes elles aussi lèvent l’ancre, les cœurs battent plus vite, le voyage reprend pour de nouveaux horizons. Les paysages défilent, les aiguilles des montres hélas tournent bien vite : ah ce temps voleur de plaisir éternel ! Les cœurs se pâment. Plus d’une heure de croisière onirique, un instant d’infini, une mer de bleu et un ciel de rose. Et puis tout est submergé dans une tempête de bravos, dans un déluge de cris de joie. Le rêve s’est brisé sur l’écueil du temps, le bateau s’est échoué dans les sables mouvants des heures. Les hublots s’éteignent un à un ; il n’y a plus d’équipage, plus de voiles gonflées sous le vent de la musique, il n’y a plus que des passagers naufragés de la nuit qui regagnent en silence leurs îles dans l’océan mystérieux de l’ombre, en rêvant encore à ce voyage extraordinaire.

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17 septembre 2007 - 1 commentaire
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INEDIT: BECAUD à coeur ouvert! 2. V

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Et moi je me retrouve seul en face non plus d’un commandant magicien des mots et de musique, mais en face d’un homme simple, souriant, sympathique. Enfin seul, c’est une façon de parler car ses fans sont tout autour de nous prêts à nous bousculer ! Mais Bécaud a l’air heureux et répond tour à tour avec passion, avec calme, avec désinvolture, avec tristesse, avec joie à mes questions : un vrai artiste qui vibre aux influx de la vie !

Parlez moi de votre vie de famille qui je crois est importante pour vous, de vos distractions en dehors de la chanson, et que pensez vous de l’actualité ?

- Ma famille, ah oui elle est sacrée pour moi. Hélas mes occupations, mes voyages, m’empêchent de leur consacrer beaucoup de temps. Cependant, dans la mesure du possible, j’essaie d’avoir le maximum de contacts avec mes enfants. Etre père donne des joies immenses. Quand je peux, je les amène au cinéma voir des films d’actions : je partage leur plaisir, ils me ou je leur ressemble : pour moi ce sont des copains !

J’aime la lecture mais là encore le temps me manque pour lire davantage. Mais je lis souvent les journaux car l’actualité m’intéresse énormément. J’ai été passionné par les premiers pas sur la lune. Pour moi ce fut fabuleux !

- Que pensez vous de l’amitié et avez-vous des amis de jeunesse ? Pensez-vous malgré votre notoriété être sincère et avez-vous des gens à qui vous voulez ressembler ?

- -Tous mes Amis appartiennent à d’autres milieux que ceux du spectacle ; dans ce milieu artistique, je n’ai que des copains. A part sans doute mes paroliers mais là c’est encore plus fort que l’amitié ; c’est une sorte de symbiose qui s’établit entre nous, car ensemble nous ne travaillons pas, nous créons. Et ça exige une sacrée complicité ! J’ai très peu d’amis de jeunesse. Ma célébrité ne me gène en aucune façons dans mes rapports avec mes amis, car avec eux je redeviens ce que j’ai toujours été. L’amitié est je pense plus vraie que l’amour et je me sens plus à l’aise avec mes potes qu’avec des femmes. Avec mes Amis je ne joue pas de personnage, je suis toujours moi-même. Ca va vous paraître surprenant mais je n’ai pas de modèle, pas de maître à penser. Ceux qui m’ont le plus appris, le plus marqué, ce sont mes enfants ou bien sûr les grands artistes qui m’ont précédé ; mais je ne les ai pas copiés, j’ai toujours fait du Bécaud ! !

- C’est quoi pour vous la liberté ?

- C’est faire ce que l’on veut, quand on veut, où on veut ! La liberté c’est partir, rouler sa bosse. Un jeune libre doit partir, fuir, tout oublier, connaître le monde.

Personnellement je me sens entièrement libre car je fais ce que je veux et surtout ce que j’aime.

- Parlez moi de votre métier, du trac, de vos projets, de vos choix, des critiques. Ecoutez vous vos enregistrements ?

- -Pour moi ce que je fais n’est pas un métier. Le trac ? C’est terrible, je suis comme vous un scorpion ( puisque nous en avons parlé avant le spectacle) et donc je suis très sensible ; je suis un angoissé, je suis paniqué et hélas je n’ai pas trouvé de remède. Mes textes, je les choisis en fonction du moment, de mes états d’âme ! Ah non, je ne lis pas les critiques, surtout pas. D’ailleurs je ne pense pas que les critiques aient une influence sur mon public. Car pour un chanteur c’est différent que pour un acteur : les gens peuvent écouter quand ils veulent vos chansons et ils aiment ou s’ils n’aiment pas ils n’achètent pas vos disques. Mes chansons, je les écoute personnellement qu’au début, après leur naissance.

- Des projets, oui j’en ai pour une comédie musicale avec des Américains. Le sujet est trouvé. Mais le spectacle aura-t-il lieu ? Vous savez dans notre milieu nous sommes plus ou moins superstitieux. Comme disent les Musulmans »Mektoub ! ou Inch Allah»

- -A propos de Dieu êtes-vous croyant ?

- Bien sûr, je crois ! Mais là vous arrivez dans le domaine privé ! Vous connaissez « T’es venu de loin » ? Et bien voilà !

- Quand il eut terminé de signer ses photos ou programmes, et que nous nous retrouvâmes enfin seuls, il me demanda s’il y avait un restaurant ouvert et me proposa d’y continuer l’interview. Je l’amenais dans un restaurant qui fermait très tard, à deux pas du théâtre où la plupart des artistes en tournée s’y rendaient.

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17 septembre 2007 - Aucun commentaire
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INEDIT: BECAUD à coeur ouvert! 3 “Méqué,méqué eh”

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Nous nous sommes retrouvés peu de temps après dans la petite salle du restaurant où je l’avais conduit. Les patrons, un couple familier du monde parisien et des artistes vient saluer Gilbert et me demande de le photographier avec lui. J’espère qu’ils me proposeront de le faire pour moi. Mais non. Je n’ai que la photo, que le photographe de S-O, un ami , m’a donnée.

- Gilbert Bécaud voulut m’inviter, mais comme j’avais déjà dîné je me contentais d’une bière. Devant le menu il me demanda conseil. On sympathisa très vite. Je ne savais pas encore, que j’allais vivre un moment de confidences, d’anecdotes inconnues de moi. Etait-ce la chaleur du vin, le besoin soudain de parler à un inconnu sympa et prêt à écouter ? Nous étions nés tous les deux un 24 Octobre mais bien sûr pas de la même année. Cela le fit sourire et sembla le rapprocher de moi et il rajouta : ” Par contre moi je suis né le même jour et la même année que Jean-Claude Pascal.” Il eut l’air surpris quand je lui dis que mes parents m’appelaient Piou : il me parla alors longuement de son fils Pilou et de son deuxième Gaïa. Je parlais avec lui sans gène comme avec un copain, la conversation était simple, naturelle, sincère, agréable.

Je commence, n’ayant pas voulu manger à siroter ma bière rousse. Gilbert lui a commandé une salade aux gésiers, du magret avec un Saint-Emilion. C’est bizarre, je n’arrive pas à réaliser que je me trouve à la même table qu’un de mes chanteurs préférés, archi-connu ! Pourtant je suis bien, à l’aise, pas intimidé. .Soudain Gilbert rit et me dit. Je suis né en 27, j’ai dans les 47 balais, tu pourrais être mon fils, je te tutoie, tu permets ?

- -Mais bien sûr, ça me touche !

- -Tu es bête de ne pas vouloir manger mais enfin si tu dis avoir mangé. Moi je suis bien avec Toi. Un jeune rencontré par hasard ; j’aime bien les rencontres dues au hasard ! Dans les tournées, ce qu’il y a de bien c’est qu’on peut rencontrer des gens totalement inconnus, au fin fond de la France ou d’ailleurs. des gens extraordinaires ou surprenants avec qui on se sent tout de suite bien. Une fois au Canada, une fille est venue me faire signer une carte où étaient inscrits une partie des vers de ma chanson « L’absent ». J’ai trouvé cette carte étrange : je lui ai demandé pour quelle occasion elle avait fait faire cette carte. A ma grande surprise, elle m’a raconté, qu’un de ses meilleurs amis était mort et que pour les faire-part de décès, elle avait fait imprimer ces lignes « Qu’elle est lourde à porter l’absence de l’ami…

Ca m’a tellement touché que je lui ai demandé si elle n’en avait pas une autre ; elle en a sorti une de son sac, je l’ai gardée mais l’ai ensuite donnée à Louis. Je trouvais ça tellement génial et émouvant.

- Que Pensez-vous de la mort ?

- Aïe ! Je suis un peu superstitieux, c’est pour cela que j’ai donné la carte. J’en parle dans certaines de mes chansons. Mais la mort me fait peur. Au début je chantais « Mère douloureuse » où les paroles parlent d’un jeune qui se tue volontairement à moto et on vient annoncer sa mort au Père et à la Mère .Et quand j’ai vu des parents pleurer dans la salle, j’ai compris que cette chanson leur rappelait un triste souvenir et que ça leur faisait du mal ; alors j’ai arrêté de la chanter. Donc elle n’existe que sur un disque de 63. C’est là qu’on voit que de simples chansons rappellent des faits réels de la vie !

- En parlant de superstition, le costume, bleu, la cravate à pois et la main sur la tempe quand vous chantez ça en fait partie ?

- Là c’est facile. Pour la cravate et le costume tu connais la réponse, tous les journalistes en ont parlé. Pour la main on a raconté plein de choses : en fait c’est en m’amusant avec mon fils Gaya, ça devait être en 55 ou 56, il devait avoir 2 ou 3 ans ou plus, je lui chantais quelque chose et j’ai mis la main contre ma tempe ; ça l’a fait rigoler ; j’ai trouvé ça trop mignon, j’ai donc continué avec lui ; puis un jour je l’ai fait sur scène et j’ai vu la réaction intéressée du public, et puis j’avais l’impression d’avoir plus de voix, alors j’ai continué.

Fasciné je l’écoute. On dirait qu’il a envie de livrer des pans cachés de son cœur. Aussi, devant cette confiance avouée je me risque à l’entraîner sur le terrain de questions plus intimes.

- Tout à l’heure vous m’avez parlé de l’enfance et des jeunes qui semblent importants à vos yeux. Pouvez-vous me parler de votre enfance, de vos Parents ?

Je vois alors Bécaud qui goûte avec délectation son vin ; il semble un moment très loin, perdu dans ses pensées.

- Heureusement que tu es jeune et que je suis bien avec Toi, je vais t’en parler car c’est bon par moments d’ouvrir la soupape. car en principe, je suis discret sur cette période. Pourtant certains journaux ont en parlé. Mais enfin c’est le prix à payer quand on devient célèbre. Tu sais l’enfance c’est la base de toute vie d’homme. S’il y a des fissures, la construction s’en ressent.

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17 septembre 2007 - Aucun commentaire
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INEDIT: BECAUD à coeur ouvert ! 4 “L’indifférence”

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- Tu as tes parents Toi ?

- Oui et je lui esquisse en quelques phrases le cadre de ma vie, le caractère de mes Parents, la sévérité juste de mon Père, la douceur affective de ma Mère., Mère qui sait cependant se faire obéir ! Je lui raconte même que pendant les vacances j’ai travaillé deux années de suite dans une usine de haricots verts pour me faire de l’argent de poche, que actuellement je fais des études d’espagnol à Bordeaux mais que trois jours par semaine je suis Pion dans un collège, étant parti de chez moi et ne voulant plus dépendre de mes Parents ! Je lui narre les allers et les retours à la Fac, avec mon Ami Eurasien Marc, en auto-stop et les aventures incroyables qui ont pu nous arriver avec des automobilistes bizarres !

- C’est bon de t’écouter car j’apprends plein de choses sur un jeune étudiant et de sa vie dans une petite ville de province ! Alors tu ne le sais peut-être pas mais tu es heureux. Aime tes Parents. Tu seras un homme sans trop de fêlures. Ecoute les, profite de leur amour. Mais tu as su ne pas t’accrocher à eux ; la liberté, ça c’’est important mais il faut être mûr déjà pour assumer cette indépendance ! Moi tu sais je suis né à Toulon dans une famille presque modeste. J’étais encore jeune quand mon Père a quitté la maison. Je n’ai jamais voulu le dire mais je pense que quelque chose d’indéfinissable s’est peut-être brisée en moi. Ma Mère que j’adore et que j’appelle Mamico fut l’arbre d’amour, le pin parasol qui nous a protégés ; moi qui m’appelait François, mon frère aîné Jean et ma sœur Odette, ma complice ! J’étais comme toi le petit dernier ! Un peu le petit protégé de tous. Ma Mère, je luis dois tout. Elle m’a toujours défendu, protégé, fait la morale. Même encore elle est précieuse pour moi ; je lui confie tout ; elle vient assister à mes concerts et se tint dans les coulisses. Tu sais une Mère, on n’en n’a qu’une ; et c’est peut-être dans ta vie la seule femme qui t’aime vraiment. Pour moi gamin, épris de liberté, elle était parfois même trop présente. Ma Mère seule, avait besoin de s’appuyer sur un homme solide et généreux. Nous vivions dans un appartement au 5° étage, dans la Rue Verdi à Nice. Déjà un nom de musicien ! Elle eut la chance de trouver son compagnon d’amour : Louis Bécaud, et oui je porte son nom et non Silly, celui de mon vrai Père. Il était tellement bon et généreux que nous les trois enfants l’avons de suite adopté et considéré comme notre Père. Il travaillait dans l’hôtellerie. Moi j’étais un peu chahuteur et les études ne me plaisaient pas ; Un jour, mes Parents m’avaient mis chez des curés. Pour une bêtise j’ai voulu les provoquer et j’ai joué sur l’orgue de la chapelle « l’Internationale ». Ca n’a pas traîné : ils m’ont viré ! Je n’avais qu’une chose en tête, la musique car Maman jouait du piano et très jeune elle m’a initié, m’a fait découvrir les grands maîtres de la musique classique et notamment Chopin que j’adore.

- « Le pianiste de Varsovie » ?

- Voilà. A 9 ou 10 ans je suis entré au conservatoire de Nice où j’ai passé plusieurs années, en classe de piano et d’harmonie. J’ai même obtenu un prix et à 14 ans je commençais à composer des mélodies ! Ma Mère était si heureuse et moi si fier de lui faire plaisir. Elle le méritait. Pour moi, elle décida en 42 de s’exiler à Paris pour que je fasse des études musicales plus poussées ! Ca devait lui coûter cher. Je me suis retrouvé dans un nouvel endroit mais moi je suis bien partout. Je me suis fait de nouveaux copains et copines. Il y avait une petite blonde au sacré caractère. Comme je suis fidèle aux gens qui me plaisent, elle a ensuite fait partie de mes chœurs. C’est là que j’ai connu aussi celui qui deviendra célèbre dans la chanson : John Williams. Mais c’était la guerre et mon frère aîné Jean jouait un rôle important dans la résistance : on l’a envoyé dans le Vercors. Il demanda à ma Mère de le rejoindre ; en 43, nous partîmes pour Albertville. Je n’étais qu’un adolescent mais avec mon caractère indépendant ( comme Toi ) j’acceptais le rôle que me fit jouer mon frère dans la résistance. Ah ce n’était pas des choses extraordinaires mais enfin j’agissais. Quand j’y repense aujourd’hui je pense que j’étais complètement fou et que j’étais inconscient ; mais ce que j’aimais c’était cette liberté et cette espèce d’adrénaline. Je devais me shooter à la peur. Aujourd’hui je ne serai pas capable de refaire ces choses là. J’ai compris beaucoup de choses et j’aime trop les gens : surveiller, espionner, piéger quelqu’un, je trouve cela horrible. A la fin de la guerre nous rentrâmes à Paris. Et là j’entrais dans l’engrenage de la musique en composant des musiques de films sous le nom de François Bécaud, tout en travaillant comme groom dans un hôtel la journée ! Ce n’est qu’en 52 que je pris le nom définitif de Gilbert Bécaud, année où je rencontrais ce merveilleux Louis Amade. Mais avant, à Paris j’eus surtout la chance de rencontrer une chanteuse, Marie Bizet pour qui je composais quelques chansons : je lui dois tout. Ce fut ma bonne Fée après ma Mère : elle me présenta Pierre Delanoé et Maurice Vidalin avec qui nous liâmes très vite des liens d’amitié solides. Elle me présenta aussi le chanteur Jacques Pills, alors à la mode. Il me demanda de l’accompagner au piano. C’est ainsi qu’au cours d’une tournée que nous avons fait la connaissance d’une autre merveilleuse femme, Edith Piaf. Mais une femme au caractère très fort qui donnait tout mais qui pouvait aussi vampiriser ses proches ! Avec Jacques Pills nous avons écrit « Je t’ai dans la peau ». Piaf l’a chantée et s’est marié avec Jacques Pills. C’est elle qui me présenta Charles Aznavour avec qui j’ai beaucoup travaillé. C’est avec lui que j’ai composé « Viens », « Meque ». C’est un sacré artiste, un vrai de vrai.

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17 septembre 2007 - Aucun commentaire
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INEDIT: BECAUD à coeur ouvert ! 5″Ballade des baladins”

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- -Pour en revenir à votre enfance, pensez-vous que le manque de votre Père géniteur vous a manqué ?

- Peut-être, mais le fait que ma Mère vive avec un homme et porte un autre nom m’a sans doute valu quelques ironies de certains camarades mais tout cela c’est flou aujourd’hui. Mais peut-être qu’à ce moment là, c’est à cause de cette situation que je suis devenu chahuteur, mais bosseur, rêveur, angoissé, sensible, superstitieux. Tout le monde a ses bleus à l’âme. Mais enfin je préfère ne pas faire de psychologie à un sou.

- -C’est pour ça que vous n’avez pas gardé son nom ?

- Alors là, Bécaud éclata de rire : » Est-ce que tu connais l’anglais ?

- Oui un peu.

- Un peu ! Ca se voit ! Silly en anglais ça veut dire idiot. Tu me vois chanter en Angleterre ou dans les pays francophones ! Tiens voilà l’Idiot ! Voila pourquoi tout simplement pourquoi j’ai changé de nom., car j’ai aimé mon Père. La preuve ce soir j’ai chanté ma nouvelle chanson « Silly symphonie ! » J’aime bien essayer en tournée de nouvelles chansons pour voir les réactions du public et puis il faut bien que je me renouvelle, mais tu vois le public réclame toujours les anciennes. Ce soir, qui plus est j’ai chanté aussi « La Cavale », pour la première fois et je ne me souvenais plus des paroles. J’ai du m’y reprendre à deux fois. Le public ne m’a pas raté, mais je préfère qu’il soit honnête. L’ami, le vrai doit vous dire s’il y a quelque chose qui ne va pas chez toi. Mas revenons à mon enfance ! De toutes façons j’étais petit, ensuite je me suis habitué à cette nouvelle situation. A la maison il y avait un couple : ma Mère et un père de substitution qui m’aimait. Je ne me posais pas de questions, je ne jugeais pas. Plus tard, devenu adulte j’ai compris pourquoi un homme pouvait partir : par mésentente, par désamour, par besoin de liberté, par manque de courage, pour avoir rencontré un nouvel amour. Tu sais quand tu es pris par ce virus, tu ne peux plus lutter ; tu oublies tout, même ceux qui t’entourent !

- Oui souvent les gens sont malheureux car ils n’osent pas vivre jusqu’au bout les rêves qu’ils ont.

- Dis donc, mais j’aime bien ta phrase ! Tu as raison. Tu sais j’ai continué à aimer ces deux Pères : Albert et Louis ; d’ailleurs ils sont morts tous les deux la même année fin 58 à deux semaines d’intervalle. C’est bizarre quand même. J’ai eu un double chagrin.

- Votre Père s’appelait Albert ! Encore une chose étrange qui nous rapproche : mon Père s’appelle aussi Albert.

- Je t’ai dit, Toi et Moi, nous sommes presque frères ! Il éclata de rire et avala une gorgée de vin.
Je lui raconte comment j’ai connu ses premières chansons, alors que j’étais gamin, car ma sœur plus âgée que moi était une de ses fans. « Je me souviens notamment de « Mes mains » et de « C’était mon copain ». Mais je connais par cœur et chante toutes vos chansons. J’aime bien « Marie » mais en fait je pourrais toutes les citer car je les aime toutes. Certaines m’amènent des larmes aux yeux car elles sont comme les fameuses madeleines et me rappellent des souvenirs ; ainsi « Je reviens te chercher » qui me rappelle une certaine Frédérique, Dieppe à Noël 68, noyé dans la brume. Ca fait presque un an ; elle est repartie rejoindre son mari sur un autre continent. Et puis il y a « Pauvre pêcheur » que j’adore ou « C’était moi », chansons que j’ai plusieurs fois chantées devant des amis ou en famille ou dans les soirées « Chansons-Poésies » que j’organisais.

-Mais dis donc tu vas me raconter ton histoire, une femme mariée !

Je lui expliquais en quelques phrases cette histoire qui durait depuis six ans, d’avant qu’elle ait pris un mari !

-Tu vois, pour moi tu étais un inconnu, anonyme, lisse. Et soudain en discutant avec toi, je vois que tu as une vie, tes coups de cœur, tes peines ; tu existes quoi. Nous nous ressemblons ! Je vois que malgré ma notoriété je suis un homme parmi d’autres et c’est bon de se retrouver au milieu des siens pour ne pas prendre la grosse tête ! C’est pour cela que j’aime bien rencontrer des gens sortis de l’ombre et peu à peu les découvrir. C’est comme une chanson qui débute par quelques notes venues au hasard. Peu à peu on se familiarise avec elles, on les enrichit et ça devient quelque chose qui existe ; une chanson ! D’ailleurs une chanson c’est quoi un des nombreux reflets de la vie !

Mais revenons à tes chansons préférées ; ce que tu me dis là me fait plaisir. « Mes mains », c’était mon premier disque en 53, avec des textes de Louis Amade. C’est cette année là que Bruno Coquatrix me fit passer en vedette américaine à l’Olympia avec Lucienne Delyle et Aimé Barelli ! Pauvre pêcheur » je l’aime bien aussi, c’est un texte de Vidalin « Je reviens te chercher », oui, est sorti courant 67 : un texte de Delanoé.

Pour rejoindre ce que tu dis, j’ai souvent pensé à ça : des gens qui se sont rencontrés, aimés peut-être quittés sur mes chansons, c’est pour moi une sorte de pouvoir mais aussi de responsabilité.

- Oui c’est Platon qui a dit « La musique donne une âme à nos cœurs et des ailes à nos pensées ! »

-Alors là je trouve ça génial. Note moi ça sur un bout de papier s’il te plait ! Tu noteras aussi l’autre sur les gens malheureux de ne pas être allés au bout de leurs rêves.

Il me regarde écrire les deux phrases sur un morceau de feuille arrachée et l’empoche quand je lui donne après y avoir jeté un coup d’œil et ne peut s’empêcher de s’écrier « Dis donc je croyais avoir une vilaine écriture, mais tu me bats ! »

Je lui raconte bien sûr le pourquoi du fait que petit, étant malade je n’ai pas fait de C.P et ai appris à lire et à écrire avec ma Mère !

- Alors là je te tire mon chapeau ! Quel courage, quelle opiniâtreté ! Tu es bien un scorpion ! Se battre jusqu’à n’en plus pouvoir ! Mais Toi, qu’est-ce que tu aimes comme musique ?

-Je suis très éclectique mais j’aime la bonne : en classique Mozart, Chopin, Brahms, Saty, la musique baroque, la musique espagnole avec Albeniz, de Falla . J’aime le jazz et les chanteuses noires ou non comme Ella Fitzerald, Nina Simone, Sara Vaughn, Billy Holiday, Mahalia Jackson, ; j’adore les pures du Rock comme Bill Haley, Little Richard, Eddie Cochran,Jerry Lee Lewwis, Elvis Presley. J’aime aussi la musique gitane, la musique brésilienne que j’ai découverte avec un film qui m’avait fasciné : « Orféo Negro » et la musique cubaine : j’aime bien son peuple, sa musique mais pas son dictateur de chef !

-Ouueh ! Je crois bien qu’on se ressemble drôlement. Oueh, je le redis, nous sommes bien scorpions tous les deux. Et puis tu m’as dit ton nom, c’est presque le mien !

Et les écrivains ou tes lectures ?

-Oh là j’en aime beaucoup ! Pèle mêle : « L’Iliade et l’Odyssée », Camus , Gide, Chateaubriand, Mauriac, Maupassant, Stendhal, Montaigne, et les deux « aviateurs-écrivains », Saint-Exupéry, Romain Gary. Et les écrivains ou poètes du voyage : Valéry Larbaud ; Victor Ségalen. Et forcément beaucoup de poètes français (les plus connus de Villon à Rimbaud) et les contemporains, notamment Saint-John Perse ; mais aussi grâce à mes études hispaniques : Alberti, Lorca , Machado, Unamuno,J-R Jimenez, P.Salinas, R .Dario ou los Américanos, Octavio Paz, Neruda ou Alphonsina Storni

-Là encore nous avons les mêmes goûts ! Le « Petit Prince », j’ai du le lire dix, vingt fois ! La Poésie je connais bien sûr les grands français. Mais tu as l’air d’aimer Romain Gary ?

-Oui je l’ai découvert avec « L »Education européenne » : ça m’avait emballé. Puis j’ai lu « La promesse de l’aube » et plein d’autres. Mais j’aime bien aussi le personnage au caractère extraordinaire. Et puis je pense bien sûr à Jean Seberg ! Et je viens de voir le superbe film qu’il a réalisé : » Les oiseaux vont mourir au Pérou » On y retrouve sa fascination pour la mort, son attirance pour les femmes sortant de l’ordinaire et ces rivalités dangereuses entre les hommes avec leurs instincts de guerriers !!

Mais revenons à mes questions ; vous rencontrez des gens célèbres je suppose.

- Oueh, mais c’est normal. Je connais bien le Président Pompidou et d’autres.

-Et toi as-tu rencontré quelqu’un de connu ? A part moi bien sûr ! Et il éclate de rire. Je plaisante. Je lui raconte l’histoire de ma collection d’autographes et de tous les gens rencontrés. Même De Gaulle.

- Ca va j’ai compris ! Tu vas me parler de ma chanson de 65, où je l’évoque « Tu le regretteras » !

- Non, on en a trop parlé ! Est-ce que vous aimez les honneurs ?

- -Et bien oui. Je n’ai pas honte de le dire Pour moi c’est un baume qui guérit des efforts que l’on a faits, c’est une reconnaissance de notre travail, c’est un merci du public. Des applaudissements d’une salle debout, c’est merveilleux. Ca devient une drogue. Nous autres artistes, nous en avons besoin et moi encore plus.

- Et si on vous proposait la légion d’honneur ou tout autre décoration importante, est-ce que vous l’accepteriez ?

- La légion d’honneur ? Non mais tu rigoles ! Bien sûr que je la prendrai ! Ce serait pour moi un plaisir énorme, un pied de nez incroyable, une revanche sur mes années d’enfant sauvage ! Quand j’y pense, moi le petit garçon brun des rues de Nice à qui les autres prédisaient un avenir horrible, j’aurais la légion d’honneur ! J’en serais plus que fier ! Je t’ai dit je suis un gamin ! Mes chansons traduites en anglais et chantées par les plus grands interprètes, ça aussi c’est extraordinaire ! J’ai aussi obtenu des « Grands prix du disque ».

- Je le regardais : c’est vrai qu’il ressemblait à un enfant émerveillé par des rêves secrets !

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17 septembre 2007 - Aucun commentaire
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INEDIT: BECAUD à coeur ouvert! “Désirée”

6

- Mais Toi, parle moi de Toi. Tu fais quoi ? Tu aimes quoi ?

- Je lui parle un peu de ce que je fais, de ce que j’aime. Je lui dis que j’écris des poèmes.

- Bécaud dégustait son magret : il se met à rire. Je sais tu vas me proposer tes textes. Mon pauvre : tu arrives trop tard : avec mas trois génies, Delanoé, Vidalin et Amade je suis assuré d’avoir des tonnes de textes géniaux et en plus je choisis, car je suis difficile Mais heureusement ce sont des Amis, des Frères, des Pères ! J’ai eu une chance extraordinaire de les rencontrer, d’ailleurs j’ai toujours eu de la chance dans ma vie. J’ai mon étoile là-haut qui veille sur Moi.

- Et l’Opéra d’Aran ?

- Ah mais dis donc tu me cherches Bien sûr il y a eu des critiques assassines mais il y en eu aussi d’excellentes. Et puis ça n’a finalement pas si mal marché. En tous les cas j’ai réalise un des plus beaux de mes rêves !

- Gilbert en est au dessert . Je ne sais si l’effet du Saint-Emilion mais il a l’air jovial et en pleine forme ! « Tu veux un café, un digestif? Que me conseilles-tu ? »

- Et bien ici il faut prendre un Armagnac ou une Vieille prune !

- Gilbert rit et en commande deux ! « Je n’aime pas boire tout seul ; j’ai envie de trinquer avec Toi ! »..

-J’ai bien aimé quand vous avez dit ce soir « Lorsque les hommes ont touché la lune, j’y étais déjà ! »

-Oui, j’ai dit cela parce que d’abord cet évènement m’a énormément touché ; j’ai trouvé cela fabuleux ! Et puis si j’ai dit cela, c’est aussi parce je suis souvent un sacré étourdi et un rêveur impénitent.

-

- -Vous ne m’avez pas parlé de cinéma ; pourtant je vous ai vu dans « Croquemitouffle » et dans « Babette s’en va en guerre » : mais même si je vous aime, là je dois dire que je suis allé pour Brigitte Bardot. Son corps me rendait dingue ; c’est avec ses films, disons, érotiques, qu’avec mes copains on a su ce que c’ était vraiment l’attirance physique pour une vraie femme, si belle !

- Alors là Bécaud se met à rire éperdument !

- Je te comprends ! Mais le cinéma j’aime beaucoup mais je préfère quand même nettement plus la scène et la chanson.

- -Comment est-elle dans le civil, quand on tourne avec elle, Brigitte. Est-elle comme elle a l’air, capricieuse et difficile à vivre. ?

Je vois le regard de Gilbert se perdre je ne sais où.

- - Non, c’est une fille merveilleuse, adorable, simple à vivre, tolérante, qui aime la fête !

-Et les tournées ça vous plait ? - Alors là oui ! J’adore cette ambiance presque de colonies de vacances avec une bande de copains avec les musiciens, les autres chanteurs quand il y en a. Nous sommes comme des gamins, et j’adore faire des farces, rire, refaire le monde avec eux ! Isabelle est adorable, Frida est une sœur et elle a un sacré talent, Julien est un jeune en qui je crois Il y a aussi comme je te l’ai déjà dit les gens différents de notre monde du spectacle que nous rencontrons. Ce soir par exemple je t’ai rencontré et j’avais envie de faire un break ! Tu as eu une sacrée chance de me rencontrer le soir où nous avions décidé de ne rien faire en bande ! Chaque soir nous avons un public qui réagit différemment Et puis quand je vais à l’étranger, il y a tous ces publics, ces paysages, ces ambiances, ces modes de vie, nouveaux, et inconnus !

Je lui avoue que j’avais préparé la présentation de l’interview et je lui lis le début avec ma comparaison de lui en tant que Commandant et du théâtre à un bateau .et j’aurais terminé l’interview par cette question : pour vous, si vous deviez comparer une salle de spectacle, vous la compareriez à quoi ; un paquebot ou une église ? Qu’auriez-vous répondu ?

- Alors Bécaud éclate d’un rire franc et sonore ! « Alors tu n’aurais pas eu de pot : j’aurais répondu une cathédrale : car je suis comme un curé avec mes fidèles ; nous partageons une communion. Et je vais te révéler quelque chose : le nom que portait mon Frère Claude, dans la Résistance, c’était « La Chapelle » ! Mais allez ton image de bateau et de capitaine c’est pas mal non plus ! Ne change rien ! C’est vrai que je les fais sacrément voyager mes spectateurs avec toutes ces chansons si différentes les unes des autres ! Et avec Toi, ce soir j’ai sacrément voyagé dans le temps, dans mon passé, moi qui ne pense qu’à Demain ! Merci de ta compagnie. Je t’ai trouvé très sympa. Allez je vais reprendre des forces. L’hôtel est juste là bas ?»

- Oui à deux cent mètres !

- Et nous nous sommes quittés. Bécaud m’a serré contre lui et m’a tapé sur l’épaule : » Allez, continue ta route et essaie de publier tes textes ! Adieu ! »

- Je l’ai regardé partir en cette nuit froide d’hiver, les mains dans les poches. J’ai repris ma petite voiture et suis rentré chez moi. Je n’avais même pas froid et ai mis du temps à trouver le sommeil, repensant à cette soirée inattendue et surréaliste qui ressemblait à un rêve. Ce n’était plus une interview mais une sorte de discussion à bâtons rompus, amicale, simple. C’était incroyable cette rencontre ! D’ailleurs je me suis relevé pour mettre en forme mes notes et ai du me coucher vers quatre heures.

En les écrivant je me rendis compte qu’il n’avait parlé ni de sa femme ni de sa fille.

- J’ai revu Bécaud beaucoup plus tard : il n’avait pas chanté au théâtre de 750 places mais dans une nouvelle salle de 2000 places. Son spectacle était réglé au millimètre mais il me semblait moins chaleureux malgré sa fougue, son talent. J’ai réussi à l’approcher à la fin du spectacle. Je lui ai rappelé notre entrevue de 69, il m’a répondu vaguement « Ah oui », mais il avait l’air fatigué, ailleurs. Il est parti sans rien me dire d’autre. Je fus peiné mais j’aime toujours autant l’artiste et je garderai en secret, la bas quelque part sur la route de ma vie, au fond de moi le halo d’un souvenir : cette serre de lumière et de chaleur où nous avons semé des mots simples et bons qui ont donné naissance dans les terres de ma mémoire des soleils et des asters (fleurs étoiles). J’ai interviewé d’autres grands noms ou simplement discuté avec d’autres mais jamais un homme aussi connu s’est montré aussi simple, aussi proche de moi que lui. Ce ne fut plus un interview mais une conversation entre deux presque copains !

- Hélas, en 2001, mon copain d’un instant, est parti rejoindre ceux qu’ils aimaient et dont le départ l’avait attristé. Je suis sûr qu’il est allé rejoindre dans le ciel tous les baladins, ces semeurs de lumière, et que chaque soir avec eux, il rallume une à une les étoiles comme autrefois dans les rues sombres il y avait des allumeurs de réverbères !

P.S : Pour Brigitte Bardot, je n’ai su que beaucoup plus tard ses liens avec elle et ça explique son attitude d’alors !

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17 septembre 2007 - Aucun commentaire
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