DALI Fin tragique 2
En visitant le refuge de Dali, son havre de paix je me suis souvenu de la plupart de ces anecdotes amusantes de sa vie qui avaient fait mes délices il y a longtemps, tout en ayant conscience déjà à l’époque qu’il s’agissait d’un personnage hors du commun. Je me souvenais notamment de cet interview qui aurait du être sérieuse et empreinte d’une certaine solennité, puis qu’il s’agissait de celle faite par Denise Glaser dans son émission « Discorama ».
Mais avec Dali c’était forcément une
véritable pièce moderne, courte et décoiffante en trois actes, une sorte de
happening télévisé ! Avec mes Parents on en avait vu une rediffusion en 63
et je me souviens de la réflexion de mon Père » Cet homme joue les fous,
il fait son cinéma. En fait je suppose qu’il est d’une intelligence supérieur. Et par dérision il se moque des
gens, il les fait marcher et eux comme des moutons le suivent. Il a raison de
profiter de la bêtise humaine !
Mais en visitant ce dernier refuge de Dali où la mort
était venue chercher Gala, à ce lieu
dernier témoin de sa vie d’homme libre, j’ai pensé à son exil, à sa fuite et
surtout à sa lente agonie fabriquée ; j’ai alors réfléchi à cet irrespect,
cette arrogance, cet état « d’homme » sans foi ni loi, cet instinct
carnassier ou carnivore, qui naît chez certains hommes, touchés par une folie soudaine,
engendrée par l’avidité, l’esprit de lucre, l’envie de pouvoir.Ils en arrivent à profiter d’un vieillard sans défense, à l’agonie. Et le plus
terrible c’est que cette forme de
démence peut toucher les êtres les mieux éduqués, les plus lettrés, les
responsables les plus importants (politiques ou commerciaux). Alors pour eux,
l’homme qui les gène est devenu un objet qu’il faut utiliser puis détruire,
éliminer. Hélas cet instinct tribal, cette volonté de puissance n’a point
disparu.
Je pensais aussi à la farce grotesque de cette mort pitoyable. Après l’avoir avili, profité de lui jusqu’à son dernier souffle, fait passer pour fou, aujourd’hui on l’honore, on le glorifie, on le porte aux nus et surtout on vend son nom ! Mais pour Moi il restera le fameux Dali avec ses lumières et ses ombres, Dali le surdoué resté adolescent d’esprit, Dali dont on n’a pas fini de découvrir tous les secrets de ses oeuvres!

Mais en visitant cette maison, j’ai eu surtout conscience que je pénétrais dans l’intimité du peintre, et bizarrement j’ai complètement oublié que j’existais, je me suis retrouvé hors du temps comme si mon esprit flottait hors de mon corps. En essayant de ne pas être au milieu du petit groupe je me suis retrouvé dans le silence de certaines pièces comme ne communion avec quelque chose qui me dépassait. Des dizaines de sensations, des dizaines de sentiments tournaient dans ma tête : solitude, paix, miracle, dérive, fantaisie, imagination, éternité, néant, lutte entre l’ombre et la lumière, entre la raison et Ces objets empreints d’une personnalité si extra ordinaire, ces lieux qui ont été témoins de tant de scènes privées ont jeté sur moi une sorte de voile invisible, d’étonnement, de respect, d’émotion. Surtout quand je me suis retrouvé dans le lieu mythique, le saint des saints, le royaume, l’Eden, le paradis ou l’enfer, le lieu de tous les instants, de toutes les folies apocalyptiques, de toutes le fuites vers l’inconnu, des dérives vers l’éternité, centre de l’imaginaire, le centre de ce labyrinthe qu’est ce refuge, l’atelier.
Emotion devant ces tubes de peintures en train de sécher,
les pinceaux abandonnés
et surtout devant cette toile inachevée.
Une main créatrice avait
disparu à jamais ?
J’ai vécu cette visite à la fois comme une épreuve,
comme un voyage dans l’espace, comme une
renaissance, comme un artiste qui soudain reconstruit toutes ses illusions.
Etait-je Dalinien plus que jamais, ou était- je dans une errance soudaine ?Dali ne peut pas vous laisser insensible…
Quel choc à la sortie. Soudain dans la lumière violente de cet Avril ensoleillé, j’ai mis un moment avant de revenir à la réalité. Ce fut comme une longue et lente remontée vers la surface du présent, après une plongée profonde en apnée dans le temps. Mon esprit en ébullition s’est peu à peu calmé avec le regard si doux et si bleu de cette mer apaisante, de cette mer infinie, de cette mer mystérieuse.

Il a fallu reprendre le cours d’une vie matérielle : récupération de nos objets laissés à la consigne, retour silencieux vers la voiture. Même ma compagne ne disait rien.Je la regardais, je regardais ces autres femmes touristes et en marchant je pensais à la Femme en général, qui a tenu tant de place dans la vie du peintre ou du moins dans son esprit et dans son œuvre !Sa FantasFemmagorie”!
Juste deux phrases échangées entre mon Amie et moi, se répondant, pour penser aux
nourritures du corps après celles de l’esprit.Il était 15h20. Direction Cadaquès pour y
trouver un petit restaurant.


