Copier n’est pas créer ! Suite
Comme René Laporte avait défendu
ces Editions Kra, j’ai voulu savoir d’où venait ce nom et pourquoi les Nazis
avaient chercher les pires ennuis à cette Maison et à son patron.
Donc René Laporte
avait défendu les Editions Kra !
En fait le nom de Kra venait de
l’Editeur lui-même. En effet monsieur Simon Kra, père, avait commencé ses
activités après la guerre de 1914. De 1919 à 1930, les éditions Kra vont
imprimer des éditions luxueuses illustrées de grands classiques de la
littérature Il prit comme directeur littéraire le jeune André Malraux En effet
en 1921, à 20 ans, Malraux se marie avec
Clara Goldschmidt,( la célèbre intellectuelle : traductrice, journaliste,
résistante. Elle eut une fille, Florence avec Malraux).Mais en1923, Malraux,
directeur littéraire des Éditions du Sagittaire, donne sa démission. Alors
Simon Kra, l’éditeur, fit appel à Léon Pierre-Quint (28 ans) et à Philippe
Soupault pour le remplacer. Pierre-Quint et Soupault réussirent un coup de
maître l’année suivante en publiant le Manifeste du surréalisme d’André Breton. Il
publia aussi des ouvrages à ses amis,
Gide et Proust qui font encore référence.Rôle novateur dans l’édition d’auteurs
qui fera connaître donc les surréalistes comme André Breton, ou Robert Desnos,
mais
aussi Thomas Mann, Francis Scott Fitzgerald. Ces ouvrages seront illustrés
par des gens devenus très célèbres comme Max Ernst, Salvador Dali, Pablo
Picasso…
Avec la crise économique, la famille Kra est écartée des éditions du
Sagittaire. Lucien et sa sœur Hélène continuent dans le milieu des livres et
tiennent deux librairies au 6 et au 10 rue Blanche.. . Son fils , Lucien,
reprit la librairie mais en 1940 , quand
les allemands sont arrivés, et ont pillé puis dévasté la librairie Kra et la
librairie Lipschitz. On s’est toujours demandé pourquoi ils avaient fait cela
car les activités anti-raciales, avec les lois anti juives ne s’étaient pas
développées avant 1942. On a compris que comme Lucien Kra avait un franc-parler et qu’ il avait
plusieurs fois manifesté publiquement sa haine de l’occupant, les Allemands
s’étaient vengés. Les menaces deviennent de plus en plus réelles. La sœur
Hélène plus prudente se cache. Lucien lui se croit protégé par son son statut
d’ancien combattant décoré. Grossière erreur car le 23 avril 1944 Lucien est
pris dans une rafle. Henriette, sa femme et Jean, son fils sont arrêtés à leur
domicile de la rue du Parc Montsouris. Les Allemands les amènent tous au camp de transit de Drancy. Puis comme tous,
ils seront déportés à Auschwitz par le
convoi n°72 du 29 avril 1944 avec 1003 autres personnes dont 179 enfants ( dont
plusieurs enfants d’Izieu tristement célèbres : quarante-quatre enfants
juifs, réfugiés dans une colonie de vacances de ce village de l’Ain, village,
ainsi que sept éducateurs les 44 enfants et 7 éducateurs qui s’y trouvaient
furent raflés sur ordre de Klaus Barbie, responsable de la Gestapo de Lyon., au
matin du 6 avril 1944 Tous furent déportés et gazés.)
J’ai parlé aussi de Léon-Pierre
Quint
Léon Pierre-Quint (7 septembre 1895-1958), de
son vrai nom Léon Steindecker, fut donc un éditeur et un critique littéraire influent
durant la première moitié du e siècle. Il dirigea en effet
pendant plus de vingt ans ces Éditions du Sagittaire
Léon Steindecker
était né dans une famille de banquiers juifs.
Très jeune la tuberculose osseuse qui le fit souffrir toute sa vie,
attaqua sa santé. Aussi il fut exempté du service militaire et échappa à la
mobilisation de 1914. Il suivit des études de droit et obtint son doctorat tout
en assistant aux cours de philosophie de Bergson au Collège de France. À 23 ans
il découvre son homosexualité, se fâche
avec sa famille et prend le pseudonyme de « Léon Pierre-Quint ».
Mais avec la crise économique du début des
années 1930, la famille Kra dut abandonner( comme je l’ai signalé plus haut,)
la direction du Sagittaire. C’est ainsi que Léon Pierre-Quint en devint
l’actionnaire principal et l’éditeur en titre. Il conserva ce poste pendant plus
de vingt ans. Outre les auteurs cités plus haut, il publia des auteurs aussi
Valéry, René Crevel, ou Claude Simon. Il est évident que pendant l’Occupation,
L-P Quint, accumulait tout ce qui pouvait déplaire aux Nazis : juif, homosexuel et avec des idées de gauche !
Plus prudent que Lucien Kra, il se cacha en Provence tandis que les Éditions
du Sagittaire étaient accueillies dans les locaux des Cahiers du Sud à
Marseille. Il ne revint à Paris qu’ après la Libération. Il reprit
officiellement la direction du Sagittaire, mais les problèmes financiers
s’accumulant, il finit par vendre, en 1951 ses Editions à Jérôme Lindon,
fondateur et directeur des Éditions de Minuit. Jérôme Lindon est l’oncle de
l’acteur, réalisateur et scénariste de cinéma français, Vincent fils d’un riche
industriel.
Voilà où ces livres que j’ai en ma possession
et qui ont appartenu à René Laporte m’ont conduit dans mes recherches.
Vous verrez comment René Laporte m’a amené
aussi vers le thème de la copie, du plagiat.
Voici 2 autres dédicaces émouvantes, à René
Laporte :
Une de : Armand LANOUX ( sa photo, au bord de la Marne, avec son geste symbolique, main droite en avant. Il terminait ses lettres par la formule” A vous la main ! ” )
(ce Prix Apollinaire dont il parle dans la dédicace à René Laporte,, il l’obtint en pour “Colporteur”. Fait extraordinaire il eut ce prix en en 1953 en même temps que Jean Malrieux pour “Préface à l’Amour”. En 56 il eut l’Interallié pour “Commanadant Watrin” et le Goncourt en 63 pour “Quand la mer se retire”.Lanoux comme moi est né un 24 Octobre et a été Instituteur. Il est mort en 83 dans sa maison “Ecoute s’il pleut” à Champs sur Marne.)
Un poème de Luc Decaunes :
Pour ces gens
Il y a ceux qui se promènent
Très tard, quand le ciel s’est fermé,
Ceux qui rêvent dans les cafés,
Somnambules de la lumière.
Il y a ceux qui sont perdus,
Qui cherchent sur les bords du fleuve
Une Ariane au cœur de veuve,
A qui donner plus que son dû.
Il y a ceux qui désespèrent,
Que l’ombre tourmente et qui n’ont,
Pour rassurer leur cœur sans nom,
Que le feu noir d’un réverbère.
Ceux qui vont s’asseoir sur un banc
Pour épier la vie nocturne,
Les affamés, les taciturnes,
Les sans-amour, les sans talent…
E tous ces gens forment la chaîne
D’un espoir dont on ne dit rien:
Les hommes sont comme les chiens,
Ils attendent du jour qui vient,
Une caresse qu’ils
comprennent.
Luc Decaunes








