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du Journal SUD OUEST

Des Mots et des Maux
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Putain de crabe!*

Pu…n de crabe*…

…qui saisit le corps et ne le lâche plus. Impuissance, révolte, tristesse devant cette force du mal qui emporte ceux qu’on aime après les avoir humiliés, fait souffrir physiquement et moralement. Même les traitements les plus lourds sont encore la plupart du temps, sans efficacité. Quand arrivera-t-on à faire disparaître ces odieuses métastases cannibales qui se reproduisent si vite et mangent le corps en détruisant inexorablement les cellules des malades atteints.

Ma belle sœur il y a presque deux mois s’en est allée à cinquante six ans, abrutie de morphine, le corps détruit ; une Amie enseignante à la retraite se trouve en phase terminale.

Et l’autre après-midi, je suis allé à la sépulture d’une autre Amie qui s’en est allée à cinquante neuf ans elle aussi ,diminuée, cadavérique, le corps déformé par la douleur, mais pourtant l’esprit plein de vie, d’envie de se battre et de projets, tant était grande sa foi en l’avenir. C’était Kristina, Ina pour les Amis, douce, énergique, généreuse et pleine de talent, de père français et de mère norvégienne ; elle peignait des peintures naïves douces comme son regard qui révélait sa fraîcheur d’âme et sa confiance en la vie! Son regard s’est éteint et ne verra plus son mari Lazlo, cet homme si bon, traumatisé par son passé horrible mais à qui elle avait su insuffler le courage de continuer et ses deux filles Anna et Eva Kristina.

Cette cérémonie empreinte de simplicité et surtout d’amour m’aura marqué à jamais. Si l’orage à l’extérieur menaçait, nous étions tous réunis dans cette petite église romane dans une atmosphère de simplicité, d’amour, de respect. Et que dire de cette famille réunie, si soudée, où pourtant quatre religions étaient représentées ( catholique, protestante, juive et musulmane), symbolique même d’une famille tolérante, ouverte, généreuse où tout était conseillée mais où rien n’était imposée : la preuve une fille catholique, une autre protestante, mariées à des hommes de confessions différentes.

Après la mise au tombeau poignante, la famille (avec Lazlo et Odette la fille de la famille qui l’avait accueilli en France en 56, ses deux filles et leurs maris, les parents dignes, respectables, une sœur , une nièce et même une Amie d’enfance d’Ina) a réuni les Amis les plus proches dans la grande salle aux pierres apparentes de cette ferme, où la grande table regorgeait de douceurs et d’eau, de thé et de café : cette table ouverte, symbole de générosité et d’amitié, autour de laquelle tous communiaient avec bien sûr beaucoup d’émotion, mais de retenue, les souvenirs heureux d’avec Ina. Si certes son corps reposait là-bas dans le petit cimetière, sous le ciel devenu comme par miracle, plus apaisé, son âme rayonnante, sa présence indicible était avec nous.

J’ai connu Lazlo , ce poète et peintre surtout, d’origine hongroise,quand il est venu s’installer au début des années 70, dans mon département près de ma ville. J’ai tout de suite sympathisé avec cette famille adorable et ai décidé avec mon Club Rencontre, que j’avais fondé de faire une visite dans son atelier. Nous étions nombreux ; des artistes, des amateurs d’arts, des poètes. J’avais tout organisé et tout apporté pour boire le verre de l’Amitié. Ah comme cette famille était heureuse, ce couple pacifique et attachant, et leurs deux petites filles si espiègles ! J’ai fait venir les journalistes pour faire connaître ce peintre et poète hongrois, j’ai moi-même écrit des articles sur ce couple qui sortait de l’ordinaire.

L’histoire de Lazlo fut à ses débuts terrible ; lui, a connu l’enfer du communisme quand tant d’intellectuels de salon, utopistes et irresponsables soutenaient encore ce régime barbare. Lazlo, voulut continuer des études à l’Université de Budapest. Mais hélas, son Père n’étant pas membre du parti, il n’a pas eu droit à une bourse ; aussi, il a du très jeune aller dans les pays colonisés par la toute puissante Russie, travailler pendant toutes ses vacances pour payer ses études : il a travaillé dans toutes sortes de branches. Bien sûr on ne lui donnait que des travaux pénibles. Ainsi, il a même travaillé comme docker (d’où des tassements de vertèbres). Heureusement son dernier travail fut dans les Chemins de fer hongrois. En effet, quand les Russes ont envahi son pays et sa capitale, comme tous les jeunes et les moins jeunes, il est allé manifesté à mains nues. Mais quand les mitrailleuses, des chars russes, se sont mises à cracher la mort, traumatisé par la vue de certains camarades déchiquetés, il est parti comme un fou se réfugier dans cette gare qu’il connaissait si bien. Ses amis cheminots lui ont conseillé de fuir. Il n’a plus revu ses Parents.Ils l’ont caché dans un train partant pour l’Autriche où la Croix Rouge l’a recueilli et l’a envoyé en Suisse. Là, la Croix Rouge s’est mise en contact avec celle de France, puisqu’il parlait français. La Croix Rouge française l’a placé en Normandie, dans une famille française qui l’a recueilli. A Rouen. Là il a fondé une Académie d’Arts, il a rencontré Ina, s’est marié, ils ont eu leurs deux filles. Mais son mal de dos persistant, il n’a pu supporter le climat humide et est venu restaurer une jolie ferme de mon département avec bien sûr beaucoup de dettes. Connaissant des amateurs d’arts (médecins, etc ;;), je les amenais dans son Atelier. Quand on a des Amis, on s’oublie et on met sa vitalité pour les aider.

Les filles, elles aussi, sont devenues artistes.

Anna qui a maintenant a trente cinq ans, est peintre . Eva Kristina la deuxième est illustratrice dans une Maison d’édition et écrit. Son 1° roman, publié chez Stock, « Les Inattendus » a été salué par la critique. Sujet difficile, roman sans pathos, dérangeant, d’une simplicité effrayante et d’une tristesse indicible.

Nous retrouvons dans ce roman toute cette douleur enfouie que l’on retrouve chez le Père. Car Lazlo est pudique et se confie peu, si ce n’est pour le psychologue averti, dans ses tableaux ! Tableaux tourmentés avec ses rapaces qui dénoncent un régime féroce, ou emplis de douceur avec ses oiseaux de paix qui traduisent malgré tout son espoir en l’homme. Dans ce visible si vous regardez derrière la première impression, vous arrivez à dialoguer avec cet invisible sous jacent.. Cette Ina; son épouse,volontaire, pleine de vitalité sous des dehors calmes, avec une aura de bonté et de bienveillance, s’occupait des enfants, de la cuisine, des papiers administratifs, des démarches, du jardin et surtout elle peignait des tableaux de facture naïve qui reflétaient son âme d’enfant avec ce besoin de justice, d’entente entre les hommes et aussi sa foi. Car Ina était une catholique sincère. Elle a su avec sa force de conviction redonner vie à la peinture de Lazlo, ce Protestant lui, plus calme et introverti et traumatisé intérieurement par son passé : sa peinture s’est beaucoup plus colorée. Que deviendra sa peinture maintenant que la lumière douce de son Amour Ina s’en est allée. Car, étrange retour du choc dans le mur, si les condamnés s’en vont, vaincus par ce Pu…. De crabe*, ceux qui les aimaient restent seuls et désemparés. Et comment les aider ? Quoi leur dire ? Et vous entendent-ils. Je le vis avec mon frère. Quarante ans de vie commune avec une femme qu’on aime, arrêtés brusquement, laissent des traces indélébiles. Heureusement que ses enfants , Odette et ses Amis le soutiennent.

*”Putain de Crabe” ; c’est ainsi que Brassens appelait le cancer.

Voici quelques liens pour mieux connaître cette famille d’artistes.

Kristina :

http://feuetlumiere.org/espnum/rub_art/art243.htm

Lazlo

http://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A1szl%C3%B3_Mindszenti

http://laszlo.mindszenti.free.fr/bio.html

Mais aussi :

 
http://www.radiofrance.fr/franceinter/em/lalibrairiefrancophone/index.php?id=51395
 

http://grillo.over-blog.com/

http://laszlo.mindszenti.free.fr/famille.html

http://www.evene.fr/livres/livre/eva-kristina-mindszenti-les-inattendus-24292.php

Lazlo et Ina lors de notre première rencontre: Lazlo heureux et songeur, Ina rayonnante et effacée derrière son Amour de mari.

ina-et-lazlo.jpg

28 septembre 2007 - Aucun commentaire
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