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Un BLOG Internaute
du Journal SUD OUEST

Des Mots et des Maux
Poèmes, Souvenirs de rencontres de personnages connus,Réactions d’Humeur,Musique, Peinture,Images de ma vie,Photos,Littérature,Autographes.

Reprise..

Reprise..

Ce mot me fait penser à ces trous que les mères rafistolaient laborieusement avec de la laine et des aiguilles pour cacher les dégâts du temps.
Même si les brins de mots se mélangent, je ne dois pas trop perdre le fil de ma pensée.

Qu’il est difficile de revenir sur la route de mon Blog après cet intermède douloureux! « Des mots et des maux » Ah qu’il porte bien son nom. Cette reprise ne peut être construite que de mots qui viennent à l’esprit après un moment difficile. Le tissage sera peut-être laborieux, malaisé, compliqué. Mais parfois les discours sont faits de paroles jaillissantes du cœur et de l’esprit.

Oui, difficile de reprendre le chemin d’un Blog symbole de vitalité, d’énergie, de mouvance, quand on sort d’instants indicibles, tour à tour rapides et infinis… D’instants où le temps parfois semble suspendu, où le passé, le présent, le futur, tournent en rond, manège enivrant et perfide, instants où la vie et le néant se côtoient, où les questions, les interrogations se succèdent et restent sans réponses.

Les mêmes que se sont posées tant de philosophes sans apporter de réponse réelle. Instants où l’espoir, la vie et le désespoir, la peine s’interpénètrent, instants de doute où ceux qui vous entourent ne gèrent plus la gouvernance de leur être, instants où l’on se sent impuissant à aider véritablement, à réconforter, prisonnier que l’on est, du brouillard où l’on se trouve. Alors l’on se replie et notre esprit inquiet se met à errer sur les sentes de la réflexion, sur ce foutu temps qui s’en va en silence, comme un bouchon perdu sur le fil du courant.

Arrêter le temps, rêve insensé que j’ai eu parfois dans les archipels blonds et lumineux de joies éphémères ! L’ai-je seulement ralenti pour vivre pleinement ces moments qui me semblaient de félicité ? Accélérer le temps, autre songe vain, dans les traversées de rapides dangereux et douloureux de souffrances indomptables…

Mais le temps lui continue, quoique qu’on fasse sa course immuable, avec ses lumières et ses ombres, ses jours et ses nuits. L’homme veut mesurer ce temps, mais la notion de durée existe-t-elle à l’identique pour tous ? Bien sûr que non, elle est trop déformée par la subjectivité de chacun. Et malgré toutes les machines inventées par l’homme pour hacher, découper ce courant invisible, la durée reste une sorte de pâte à modeler, dans son esprit se croyant le plus fort, illuminé qu’il est par une illusion éblouissante.

Mais quand le temps d’un être proche s’arrête soudain de battre pour l’éternité, on réalise alors la valeur de la vie certes avec ses problèmes, ses malheurs, ses côtés amers, mais aussi avec ses joies, ses bonheurs, avec ces presque riens de valorisant, d’agréable, ces gens inconnus rencontrés avec leurs richesses, ces gens que l’on connaît déjà avec leur part de tendresse, de chaleur. C’est bizarre comme la mort nous apprend à aimer la Vie !

Sacré choc de voir un être industrieux, bon, généreux, au caractère bien trempé, au raisonnement si intense, un homme à la fois un peu anar, solitaire mais aussi ayant le goût de la fête, une présence quoi, aussi manifeste, s’en aller ! Etonnement de voir comment il a marqué des jeunes et des moins jeunes proches. Un être humain n’est pas comme ces bateaux qui laissent derrière eux, juste l’espace d’un instant un sillage évanescent. Lui, avec sa générosité, son besoin de justice, sa joie de vivre, sa personnalité très grande, a laissé un rayon indélébile de tendresse dans les âmes. Voir ce visage raidi à jamais mais resté noble avec sa moustache et ses longs cheveux grisonnants, avec pourtant cette espèce de regard canaille, presque narquois, ayant l’air de dire à cette P… de maladie « Je t’ai bien eu avec ta douleur, je me suis échappé de tes griffes » m’a laissé songeur. La vie est une pente raide à gravir. On s’accroche, on résiste, on continue à escalader. Mais certains, las, fatigués, sans espoir se laissent aller.

Et puis quelle réalité prend cette phrase « Tu es né poussière, tu redeviendras poussière » quand on voit ce qu’il reste après une crémation d’un être aussi présent, qui a su toute sa vie tenir fermement le gouvernail du navire de sa famille, contre vents et marées : un petit tas de cendres grisâtres répandues sur l’herbe verte du Jardin des Souvenirs…

Quelle leçon d’humilité, alors l’Homme peut recevoir. Nous ne sommes que de petites fourmis, peut-être la- borieuses, peut-être intelligentes, mais si faibles, si perdues, dans cet immense et puissant navire de la vie

La mort, la vie. Etrange dualité. La vie se résume en fait à un long couloir, où l’on entre par une porte, pour passer du néant à la vie, et après un plus ou moins long cheminement dans ce corridor parfois glissant, souvent tortueux, quelquefois presque désert, une deuxième porte qui s’ouvre subitement ou l’homme passe de la vie au néant ! La vie pour chacun n’est qu’une phrase entre parenthèse dans l’énorme manuscrit du monde. La mort, elle, n’est qu’une preuve de notre fragilité d’oiseau fatigué sur la petite branche de plus en plus frêle qui tremble.

Mes mots ne restent que des mots pour fuir les maux, mais, allez, l’espoir, l’envie de vivre me font reprendre à mon rythme mon escalade, en suivant les cordées et les grimpeurs solitaires.

La vie continue.

23 juillet 2008 - Aucun commentaire
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