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Un BLOG Internaute
du Journal SUD OUEST

Des Mots et des Maux
Poèmes, Souvenirs de rencontres de personnages connus,Réactions d’Humeur,Musique, Peinture,Images de ma vie,Photos,Littérature,Autographes.

Aimé aimé .1°

Aimé aimé .

Ayant eu beaucoup d’Amis Africains, je me suis très tôt intéressé à cette poésie de la Négritude. Aussi quand j’ai fondé mon Club Littéraire au Centre Culturel de Villeneuve,( mais j’en reparlerai plus en détails) j’ai certes organisé :

- Des Soirées Chansons-Poésie ,pour nos locaux, en plus

- - Des concours de prose et de poésie que j’ai lancés à l’échelon européen,.

- - Un Congrès Artistique et Littéraire avec des artistes venues de l’Europe entière avec exposition, séries de conférences ( avec notamment Elébé Lisembé, délégué à l’UNESCO)

- -Mais surtout j’ai organisé des soirées importantes où un large public( parfois venu de loin ) venait : Pierre Seghers( avec qui je suis resté Ami jusqu’à sa mort, Pierre qui a tant fait pour honorer tous ces poètes avec sa collection si célèbre, »Poètes d’aujourd’hui), les chanteurs Jacques Douai, Pia Colombo et Julos Beaucarne, (le chanteur-poète Wallon qui fit un triomphe) et en particulier un magnifique et original spectacle sur la Poésie de la Négritude, monté par la troupe de Michel de Maulne avec des poèmes de Césaire et de Senghor, des images et un orchestre jouant sur des instruments typiques africains.Donc je ne pouvais qu”évoquer ce vrai poète disparu pour lui rendre hiommage.

cesaire1.jpg

- Aimé Césaire, l’éveilleur de libertés, le refuseur, l’humaniste, l’ami des humbles, le bavard ou le timide suivant son interlocuteur, le politique noble, ennemi des “politiques politiciens”, vient de mourir. Il avait 96 ans.Cet homme doux, pacifique, pouvait comme le volcan Martiniquais, la Montagne Pelée qui dévasta St Pierre en 22, rester calme ou s’il le fallait, laisser éclater sa révolte. Aujourd’hui il sourirait de voir sa mort récupérée à des fins personnels par les politiques de droite à l’extrême gauche, lui qui s’est senti souvent rejeté ! Et tous ces gens qui vont se prétendre être de ses amis les plus proches et qui vont sortir leur bouquin sur cet homme!


- À l’issue du primaire, l’écolier Césaire avait obtenu une bourse pour le lycée Victor-Schœlcher de Fort-de-France (où il reviendra quinze ans plus tard comme professeur agrégé de lettres), puis pour la classe d’hypokhâgne du lycée Louis-le-Grand à Paris en 1931, qui le mènera à l’École normale supérieure. Il y croise dès le premier jour un autre étudiant, Léopold Sédar Senghor, avec qui se noue une amitié immédiate et indéfectible.

- Leopold Sedar Senghor : 1906.2001.

-

senghor2.jpg

- C’est André Breton, qui découvrit les « Cahiers du Retour au Pays Natal » dès 1941, dans le premier numéro de la revue Tropiques. Breton a tout de suite reconnu en Césaire un poète puissant, un frère surréaliste et comme l’un des plus grands poètes de son époque. “Aimé Césaire est un Noir qui est non seulement un Noir; mais il est aussi l’homme, qui en exprime toutes les interrogations, toutes les angoisses, tous les espoirs et toutes les extases, et qui s’imposera de plus en plus à moi comme le prototype de la dignité” André Breton

Mais si beaucoup de critiques ont voulu coller ce qualificatif de surréaliste au poète martiniquais, il l’a toujours refusée. Car Césaire en vrai poète a repoussé toute étiquette, tout embrigadement. Sa poésie lui était propre. Il faisait du Césaire avec cette richesse de la phrase au souffle puissant, ces images superbes, Sa poésie, qui est une poésie “engagée” n’a pourtant rien à voir avec un discours simplement politique. Si son discours était souvent politique, il refusait tout embrigadement, toute récupération, tout honneur hypocrite. C’est pour cela que ceux qui se servent de sa mort aujourd’hui pour exister eux même en voulant le Panthéoniser, le trahiraient. Car si bien sûr ce serait justice, mais cet homme en osmose avec cette terre qu’il voulait aller rejoindre pour faire corps avec elle”, ” ce paradis raté”, ne désirait qu’une chose: que son corps repose là bas, près des siens. Mais les morts c’est commode de s’en servir. Par exemple comme il avait combattu et critiqué le colonialisme en analysant ses dérives maléfiques, certains ont voulu le récupérer “dans une nécessité d’un devoir de repentance des Blancs”. Il a refusé cette déformation de sa pensée. Il critiquait la repentance ” car l’histoire c’est l’histoire; elle est ce qu’elle est. Acceptons là même avec ses ombres. Je ne demande qu’une chose: qu’on inscrive à jamais ces faits dans la pierre du temps et que l’on reconnaisse nos existences, toutes les existences; car nous sommes tous des hommes avec nos plus et nos moins. Je suis un homme de paix devenu. Plus de haine, plus de vengeance: Mais combattons toujours les inégalités dans le monde et leurs potentats sans relâche”.Et là nous nous ressemblons. Moi aussi j’ai envie de pousser mon coup de gueule ! Car je déplore ces prurits, ces poussées d’acnés saisonnières, en fonction des évènements, des modes, qui font gémir par moments nos politiques ou nos intellectuels dits”engagés”.Actuellement c’est la Chine avec les Jeux Olympiques ! ( La seule véritable “connerie” c’est de leur avoir à une époque donné les Jeux à organiser! Mais qui a râlé alors contre le Comité International des J-O, composé de notables grassement payés . Qui ?)

Moi j’ai toujours critiqué avec force le communisme avec son asservissement du peuple. Alors, cela me fait rire,quand je vois d’anciens maoïstes fervents, défenseurs jusqu’à l’extrême de ce régime pousser aujourd’hui des cris d’horreur devant ce régime surréaliste qu’est devenu la Chine: un régime communiste hyper dur avec une sous jacence libérale folle qui lui fait gagner beaucoup de devises et qui crée comme en Russie; une nouvelle classe de milliardaires en cheville avec les membres du régime, sur le dos du moins que prolétariat. Il faut visiter les villages reculés de la Chine pour voir dans quelles conditions vivent certains hommes.. Mais pourquoi ne parle-t-on plus de Cuba, de la Corée du Nord, de la Birmanie ( tous ces frères de la grande Chine )mais aussi d’Haïti, du Darfour et donc de tous ces régimes musulmans oscillant entre la dictature d’un homme ou la dictature des fous intégristes. Il faudrait ajouter tous ces “chefs d’États Noirs” fruits de l’après colonialisme( installés par les anciens maîtres et notamment par De Gaulle) qui vivent confortablement des subsides données par les autres nations pour leurs peuples,comme les Mughabés et autres Bongos, Eyadéma-disparu”,etc… (certes, pour certains indépendantistes au départ mais bien vite devenus dictateurs) toujours en place depuis des dizaines d’années§ Et comme je critique toutes les dictatures qu’elles soient de gauche ou de droite, je dois en oublier.Alors je fais un récapitulatif sérieux:

D’abord les partis uniques à la botte d’un « fou » mégalo.comme Adolf Hitler en Allemagne,Saddam Hussein en Irak,Mussolini en Italie, Tchang Kaï Chek à Taîwan, Salzar au Portugal, Franco et Primo de Rivera en Espagne, Mobutu au Zaïre, Sekou Touré en Guinée et son ami Nkruma vers la fin au Ghana, le pittoresque et pitoyable Idi Amin Dada en Ouganda.

Mais aussi les « Chers « Partis uniques “communistes” qui furent ou qui sont encore, dirigés par des maîtres sanguinaires comme: Honecker en R.D.A, Pol Pot et sa clique de Kmers rouges au Cambodge, les fous Kim Il Sung et Kim Jong Il en Corée du Nord, Mao en Chine dite Populaire, Castro à Cuba, Rakosy en Hongrie, Ceaucescu en Roumanie, Staline et Brejnev en Russie; Tito en Yougoslavie, Ho Chi Min au Vietnam.

 


Des dictature militaires de fer : comme la Junte militaire , Ne Win en Birmanie, le régime des Colonels avec Papadopoulos en Grèce, la junte militaire de Pinochet au Chili et Noriéga au Panama, Zia Ul Haq au Pakistan, Kadhafi en Lybie, la Junte militaire de Videla en Argentine, ou celles de Rios Montt au Guatemala et de Castello branco au Brésil.Ajoutons celle de Soeharto en Indonésie.

Il ne faut pas oublier des théocraties aussi barbares comme : le régime des talibans en Afghanistan, celui de Khomeyni en Iran

Mais n’oublions pas aussi ces autres dictatures toutes aussi dures.Fulgencio Battista à Cuba, Miklos Horthy en Hongrie, Pitsudski et Jaruzelski en Pologne. Certains dictateurs sont toujours au pouvoir ( Kadhafi).Certains régimes ont été initiés indirectement par des Occidentaux ( ex Talibans par U.S.A ), d’autres sont portés aux nues par des intellectueels ou politiques français ( ex Cuba avec le petit Besancenot)

Ouf ! Il y en a eu tellement ( et hélas il y en aura encore !) ! L’Irak devenue chaotique avec la 2° guerre lancée par les Américains ( j’étais déjà contre la 1° à laquelle Mitterrand a fait participer la France ! Mitterrand qui comme d’autres chefs d’état français a rencontré avec amitié de gentils dictateurs de Khadafi à Castro en passant par Jaruzlski. De Gaulle a même été reçu en visite officielle en 68, par le terrible Céaucescu !!! Il paraît que c’est la diplomatie et le commerce qui les obligent à ces “fraternisations” !): Si les Américains, avaient vraiment voulu libérer l’Irak, ils auraient du monter en démocrates, un gouvernement en exil crédible, puis éliminer Sadam Hussein, son dictateur ( n’étaient-ils pas maîtres en la matière ? ), mais voilà l’or noir était si tentant!

Aimé aimé. 2°

Mais comme hélas l’homme ne changera guère, il y aura encore des régimes répressifs à déplorer.

Alors revenons à Aimé Césaire.

Dans sa vie active, son verbe puissant dépasse largement le seul combat des antillais pour retrouver leur souveraineté dans leur propre pays, pour devenir un appel universel à la dignité humaine, à l’éveil, à la liberté de tout être , à sa réalité ‘ et à la responsabilité.Quand Londres croulait sous les bombes et que certains de ses frères de couleur se marraient “de voir les Blancs prendre une raclée” il leur répondait;” Non devant la barbarie montrons que nous aussi nous existons et que nous pouvons nous battre”. Il revendiquait sa réalité d’homme trop longtemps niée. Car Césaire ne veut pas être seulement un poète à la doctrine bien établie. Car il est avant tout un homme avec ses révoltes, ses joies. Aussi il veut que sa poésie soit vivante, pure, exigeante, déconcertante, choquante même ! Il veut charmer, attirer l’attention des autres par l’originalité de ses images. Images sortant de l’ordinaire, certes mais originalité jamais gratuite, pleine de sens, urgente. Ayant connu Léopold Sedar Senghors à Normale Sup, comme je l’ai indiqué plus haut, il fut avec lui l’initiateur de la Négritude, mouvement qui fit beaucoup pour redonner au peuple noir la fierté de ses racines africaines.” Nègre je suis, nègre je resterai!” Comme son Ami Léopold, ses poèmes sont écrits dans la langue française la plus pure, la plus belle qui soit, mais dans cette langues aux racines latines et grecques.; mais lui, en plus,il prend des libertés avec la syntaxe , car lui il embellit ses poèmes, les singularise d’expressions spécifiques à l’imaginaire des Iles où resurgissent des bribes de la culture africaine, sans jamais tomber dans le pittoresque ou le régionalisme.Car Césaire r, bien qu’il accepte cette nouvelle terre où il a planté ses racines, il revendique son origine africaine et regrette même parfois à cause des Blancs d’avoir volé cette terre qu’il a fait sienne, à d’autres!

A Césaire ajoutons d’autres poètes comme Depestre, Guy Tirolien ,Paul Niger, Glissant ( plus violent que Césaire). Ces magiciens du mot de cette partie du monde ont considérablement enrichi la poésie francophone de la deuxième partie du XXème siècle en lui apportant une note originale.

De Le Clézio à Orsenna, en passant par Chamoiseau, iniateur de la « créolité », beaucoup se revendiquent « fils de Césaire. »

Mais plutôt que de disserter, il vaut mieux se replonger dans quelques extraits de sa Poésie qui lui était si ressemblante. Poésie que je qualifierai de flamboyante, d’ondoyante ! Certains la trouveront déroutante à cause de ses libertés syntaxiques ou de ses images ou métaphores si hardies. Mais n’est pas-ce pas le privilège du poète que cette liberté du poète ” car le poème le fait plus exister que l’action politique”. Sa modernité pourrait amener ses textes à être de nos jours slamés !

LA ROUE

La roue est la plus belle découverte de l’homme et la seule
il y a le soleil qui tourne
il y a la terre qui tourne
il y a ton visage qui tourne sur l’essieu de ton cou quand
tu pleures
mais vous minutes n ‘enroulerez-vous pas sur la bobine à
vivre le sang lapé
l’art de souffrir aiguisé comme des moignons d’arbre par les
couteaux de l’hiver
la biche saoule de ne pas boire
qui me pose sur la margelle inattendue ton
visage de goélette démâtée
ton visage
comme un village endormi au fond d’un lac
et qui renaît au jour de l’herbe et de l’année
germe

Cahier d’un retour au pays natal - extraits


Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

l’homme-famine, l’homme-insulte, l’homme-torture
on pouvait à n’importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d’excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot

mais est-ce qu’on tue le Remords, beau comme la
face de stupeur d’une dame anglaise qui trouverait
dans sa soupière un crâne de Hottentot?


Je retrouverais le secret des grandes communications et des grandes combustions. Je dirais orage. Je
dirais fleuve. Je dirais tornade. Je dirais feuille. Je dirais arbre. Je serais mouillé de toutes les pluies,
humecté de toutes les rosées. Je roulerais comme du sang frénétique sur le courant lent de l’oeil des mots
en chevaux fous en enfants frais en caillots en couvre-feu en vestiges de temple en pierres précieuses assez loin pour décourager les mineurs. Qui ne me comprendrait pas ne comprendrait pas davantage le rugissement du tigre.
Et vous fantômes montez bleus de chimie d’une forêt de bêtes traquées de machines tordues d’un jujubier de chairs pourries d’un panier d’huîtres d’yeux d’un lacis de lanières découpées dans le beau sisal d’une peau d’homme j’aurais des mots assez vastes pour vous contenir
et toi terre tendue terre saoule
terre grand sexe levé vers le soleil
terre grand délire de la mentule de Dieu
terre sauvage montée des resserres de la mer avec
dans la bouche une touffe de cécropies
terre dont je ne puis comparer la face houleuse qu’à
la forêt vierge et folle que je souhaiterais pouvoir en
guise de visage montrer aux yeux indéchiffreurs des
hommes





Il me suffirait d’une gorgée de ton lait jiculi pour qu’en toi je découvre toujours à même distance de mirage - mille fois plus natale et dorée d’un soleil que n’entame nul prisme - la terre où tout est libre et fraternel, ma terre.

Partir. Mon coeur bruissait de générosités emphatiques. Partir… j’arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : « J’ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies ».

Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte… Et si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerai».
Et je lui dirais encore :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir. »

Et venant je me dirais à moi-même :
« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l’attitude stérile du spectateur, car la vie n’est pas un spectacle, car une mer de douleurs n’est pas un proscenium, car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse…
»

Aimé aimé:3° encore des textes.

«Solde»

«J’ai l’impression d’être ridicule
Dans leurs souliers
Dans leurs smoking
Dans leur plastron
Dans leur faux-col
Dans leur monocle
Dans leur melon

J’ai l’impression d’être ridicule
Avec mes orteils qui ne sont pas faits
Pour transpirer du matin jusqu’au soir qui déshabille
Avec l’emmaillotage qui m’affaiblit les membres
Et enlève à mon corps sa beauté de cache-sexe

J’ai l’impression d’être ridicule
avec mon cou en cheminée d’usine
avec ces maux de tête qui cessent
chaque fois que je salue quelqu’un

J’ai l’impression d’être ridicule
dans leurs salons
dans leurs manières
dans leurs courbettes
dans leur multiple besoin de singeries

J’ai l’impression d’être ridicule
avec tout ce qu’ils racontent
jusqu’à ce qu’ils vous servent l’après-midi
un peu d’eau chaude
et des gâteaux enrhumés

J’ai l’impression d’être ridicule
avec les théories qu’ils assaisonnent
au goût de leurs besoins
de leurs passions
de leurs instincts ouverts la nuit
en forme de paillasson

J’ai l’impression d’être ridicule
parmi eux complice
parmi eux souteneur
parmi eux égorgeur
les mains effroyablement rouges
du sang de leur ci-vi-li-sa-tion »

Régalons nous encore quand il parle d’amour tout court, ou d’amour de sa terre ou quand encore il critique ces singeries de notre civilsation où on veut l’enfermer !

allo allo encore une nuit pas la peine de chercher c’est moi l’homme des cavernes il y a les cigales qui étourdissent leur vie comme leur mort il y a aussi l’eau verte des lagunes même noyé je n’aurai jamais cette couleur- là pour penser à toi j’ai déposé tous mes mots au monts de piété un fleuve de traîneaux de baigneuses dans le courant de la journée blonde comme le pain et l’alcool de tes seins


allo allo je voudrais être à l’envers clair de la terre le bout de tes seins à la couleur et le goût de cette terre-la


allo allo encore une nuit il y a la pluie et ses doigts de fossoyeur il y a la pluie qui met ses pieds dans le plat sur les toits la pluie a mangé le soleil avec des baguettes de chinois


allo allo l’accroissement du cristal c’est toi…c’est toi ô absente dans le vent et baigneuse de lombric quand viendra l’aube c’est toi qui poindras tes yeux de rivière sur l’émail bougé des îles et dans ma tête c’est toi le maguey éblouissant d’un ressac d’aigles sous le banian
Prophétie


où l’aventure garde les yeux clairs
là où les femmes rayonnent de langage
là où la mort est belle dans la main comme un oiseau
saison de lait
là où le souterrain cueille de sa propre génuflexion un luxe
de prunelles plus violent que des chenilles
là où la merveille agile fait flèche et feu de tout bois


là où la nuit vigoureuse saigne une vitesse de purs végétaux



là où les abeilles des étoiles piquent le ciel d’une ruche
plus ardente que la nuit
là où le bruit de mes talons remplit l’espace et lève
à rebours la face du temps
là où l’arc-en-ciel de ma parole est chargé d’unir demain
à l’espoir et l’infant à la reine,


d’avoir injurié mes maîtres mordu les soldats du sultan
d’avoir gémi dans le désert
d’avoir crié vers mes gardiens
d’avoir supplié les chacals et les hyènes pasteurs de caravanes


je regarde
la fumée se précipite en cheval sauvage sur le devant
de la scène ourle un instant la lave
de sa fragile queue de paon puis se déchirant
la chemise s’ouvre d’un coup la poitrine et
je la regarde en îles britanniques en îlots
en rochers déchiquetés se fondre
peu à peu dans la mer lucide de l’air
où baignent prophétiques
ma gueule
ma révolte
mon nom.




«Solde»

«J’ai l’impression d’être ridicule
Dans leurs souliers
Dans leurs smoking
Dans leur plastron
Dans leur faux-col
Dans leur monocle
Dans leur melon

J’ai l’impression d’être ridicule
Avec mes orteils qui ne sont pas faits
Pour transpirer du matin jusqu’au soir qui déshabille
Avec l’emmaillotage qui m’affaiblit les membres
Et enlève à mon corps sa beauté de cache-sexe

J’ai l’impression d’être ridicule
avec mon cou en cheminée d’usine
avec ces maux de tête qui cessent
chaque fois que je salue quelqu’un

J’ai l’impression d’être ridicule
dans leurs salons
dans leurs manières
dans leurs courbettes
dans leur multiple besoin de singeries

J’ai l’impression d’être ridicule
avec tout ce qu’ils racontent
jusqu’à ce qu’ils vous servent l’après-midi
un peu d’eau chaude
et des gâteaux enrhumés

J’ai l’impression d’être ridicule
avec les théories qu’ils assaisonnent
au goût de leurs besoins
de leurs passions
de leurs instincts ouverts la nuit
en forme de paillasson

J’ai l’impression d’être ridicule
parmi eux complice
parmi eux souteneur
parmi eux égorgeur
les mains effroyablement rouges
du sang de leur ci-vi-li-sa-tion »

Régalons nous encore quand il parle d’amour, de sa terre.

allo allo encore une nuit pas la peine de chercher c’est moi l’homme des cavernes il y a les cigales qui étourdissent leur vie comme leur mort il y a aussi l’eau verte des lagunes même noyé je n’aurai jamais cette couleur- là pour penser à toi j’ai déposé tous mes mots au monts de piété un fleuve de traîneaux de baigneuses dans le courant de la journée blonde comme le pain et l’alcool de tes seins


allo allo je voudrais être à l’envers clair de la terre le bout de tes seins à la couleur et le goût de cette terre-la


allo allo encore une nuit il y a la pluie et ses doigts de fossoyeur il y a la pluie qui met ses pieds dans le plat sur les toits la pluie a mangé le soleil avec des baguettes de chinois


allo allo l’accroissement du cristal c’est toi…c’est toi ô absente dans le vent et baigneuse de lombric quand viendra l’aube c’est toi qui poindras tes yeux de rivière sur l’émail bougé des îles et dans ma tête c’est toi le maguey éblouissant d’un ressac d’aigles sous le banian
Prophétie


où l’aventure garde les yeux clairs
là où les femmes rayonnent de langage
là où la mort est belle dans la main comme un oiseau
saison de lait
là où le souterrain cueille de sa propre génuflexion un luxe
de prunelles plus violent que des chenilles
là où la merveille agile fait flèche et feu de tout bois


là où la nuit vigoureuse saigne une vitesse de purs végétaux



là où les abeilles des étoiles piquent le ciel d’une ruche
plus ardente que la nuit
là où le bruit de mes talons remplit l’espace et lève
à rebours la face du temps
là où l’arc-en-ciel de ma parole est chargé d’unir demain
à l’espoir et l’infant à la reine,


d’avoir injurié mes maîtres mordu les soldats du sultan
d’avoir gémi dans le désert
d’avoir crié vers mes gardiens
d’avoir supplié les chacals et les hyènes pasteurs de caravanes


je regarde
la fumée se précipite en cheval sauvage sur le devant
de la scène ourle un instant la lave
de sa fragile queue de paon puis se déchirant
la chemise s’ouvre d’un coup la poitrine et
je la regarde en îles britanniques en îlots
en rochers déchiquetés se fondre
peu à peu dans la mer lucide de l’air
où baignent prophétiques
ma gueule
ma révolte
mon nom.








     





     

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