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Un BLOG Internaute
du Journal SUD OUEST

Des Mots et des Maux
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Pourquoi je suis allé en prison !

Je suis allé en prison !

 

Et pas dans n’importe quelle prison, mais dans une centrale. Elle est devenue de nos jours Centre de Détention. Et de nouveaux bâtiments modernes ont été construits à côté. Oh il y a longtemps. J’étais Surveillant dans un collège et j’essayais d’écrire déjà et publiais quelques poèmes dans des revues, participais et obtenais quelques prix à certains concours. Dans l’Etablissement où je travaillais en tant que pion, [il y a eu une année jusqu’à 1600 élèves, et en plus du Principal, il y avait deux sous-directeurs,- dont un grand militant et dirigeant syndical qui fut quelques années plus tard arrêté pour pédophilie (je crois même que ses filles l’ont dénoncé), une surveillante générale et vingt deux pions, répartis en deux équipes de onze ! ] la discipline était grande. Le nombre de pions, diminua après soixante huit car les profs manifestants criaient que ces collèges et lycées étaient des « Mini- Etats policiers », -( je dois avoir encore des tracts-), et le gouvernement gaulliste sauta ensuite sur l’occasion pour supprimer quelques postes et ainsi faire quelques économies, hémorragie continuée sous Giscard et Mitterrand et qui nous a conduit à la violence dans les collèges et lycées d’aujourd‘hui !) . Dans ce collège, y avait un prof, un Pied Noir qui s’occupait avec une dévotion incroyable d’élèves en difficulté dans des classes de Pratique terminale. Les élèves qui s’y trouvaient étaient des enfants, qui déjà en difficulté sur le plan scolaire en primaire, étaient allés en 6° puis en 5° transition. Bien sûr, il étaient issus de milieux défavorisés ( milieux monoparentaux, familles à problèmes : alcool, frère délinquant, etc..). Moi-même plus tard j’ai eu en tant que mobile ce genre de classes (avec même des pré-délinquants) ; ces gamins ou gamines étaient pour la plupart très attachants ; il fallait surtout leur donner ce dont ils avaient manqué : de l’autorité et du respect et de l’amour. Ceux de 4° et 3° travaillaient en alternance chez un artisan et beaucoup ont pu ainsi avoir une situation solide dans la vie, au contraire de certains autres élèves de classes dites normales qui sont arrivés jusqu’au goulot d’étranglement de la fac et en sont ressortis sans rien. D’ailleurs j’ai eu un gamin qui a fait plusieurs métiers puis a eu l’idée de faire quelque chose dans le commerce en montant quelque chose de nouveau. Aujourd’hui c’est un des grands leaders de chaines, il a eu même un prix comme le plus jeune et plus performant chef d’entreprise. Bien sûr, même s’il y a eu des reportages à la télévision sur lui, je ne citerai pas son nom.

 

Mais assez parlé de moi et revenons à ce prof que j’aimais bien, ce gars un peu solitaire, au langage un peu rude de prime abord mais au cœur immense. Pourtant ce Pied Noir, et oh honte pour certains, il était qui plus est chrétien, avait subi, par derrière beaucoup de critiques assassines de certains enseignants (heureusement peu nombreux) qui se disaient « engagés », beaux parleurs, refaiseurs de mondes autour d’un café et pleins de supposés bons sentiments qui donnaient du plaisir à leur conscience : hélas leur générosité extraordinaire s’arrêtait à la sonnerie de fin de récréation et ne passaient jamais la porte de leur salle de profs ! Ces utopistes, colleurs d’étiquette, ces semeurs de rumeurs qui furent les plus violents contestataires pendant Mai 68 ( là ils étaient passés de la théorie à la pratique puisqu’ ils avaient pris le contrôle de la partie secrétariat et bureau du proviseur pour imprimer et photocopier les tracts qu’ils distribuaient le soir dans les boites aux lettres de la ville aidés par des syndicalistes et des militants de tous bords.) avaient déjà supposé que ce P.N était forcément « un sueur de burnous, un raciste, un facho ». Sans doute devaient-ils être en face d’un miroir en pratiquant cette intolérance, racisme à rebours plus hypocrite que le vrai racisme et aussi écoeurant. En effet dans la classe de ce P.N, appelons le Armand, il y avait plus d’un tiers d’enfants de Harkis ou d’Algériens qui travaillaient dans le coin. Armand parlait couramment l’arabe et il fallait voir comme ses élèves l’aimaient, le respectaient. Certes il était ferme mais très juste. En Conseils de Classes il prenait la défense de ses protégés. Il leur cherchait des contrats d’apprentissages et discutait ferme avec les artisans ou chefs d’entreprises pour qu’ils soient réellement initiés. Plus tard il est devenu le Président-fondateur, cheville ouvrière d’une Association caritative catholique, qui récupérait des dons de tous objets, livres meubles, vêtements, bibelots, appareils ménagers etc.. Cette Association qui existe toujours revend tout cela : avec l’argent elle emploie ainsi pour les réinsérer dans la société des anciens prisonniers, des chômeurs de longues durée et surtout elle sert l’hiver de banque alimentaire, distribuant aux plus démunis de quoi se nourrir.

 

Certains parlent, d’autres agissent.

 

Un jour il est venu me trouver « Voilà, je sais que tu es généreux et qu’adolescent, avec tes copains, au lieu de traîner dans les rues ou au lieu de croupir dans un café à taper la belote ou à jouer au flipper, vous alliez tous les Samedis après-midi dans la Maison de retraite de l’hôpital où se morfondait une soixantaine ou plus de petits vieux. Et vous, les jeunes avec vos guitares vous leur chantiez les chansons de leur époque, les faisiez rire, en un mot vous les rendiez heureux pendant trois heures.» Je fus surpris qu’il sache cela car je ne m’en étais pas vanté auprès de mes autres copains de lycée d’alors et n’osais lui demander comment il l’avait appris. « Alors je sais que tu écris et j’ai un service à te demander. Je suis visiteur de prison » Je crois que personne ne le savait dans l’établissement car il n’en parlait à aucun collègue et je me demandais pourquoi il me faisait cette confidence.

 

« Bien sûr tu gardes ça pour toi. Voila à la Centrale il y a une petite revue où les prisonniers écrivent ; prose, poésie. L’animateur, Sergei, le rédacteur en chef si tu veux, un prisonnier, m’a demandé si je connaissais quelqu’un pour les conseiller, leur donner un coup de main. J’ai pensé à toi. Alors tu réfléchis et tu me dis O.K ou non et tu oublies tout. » Ma décision fut vite prise et j’acceptais ; il y avait peut être une forme de curiosité, une sorte de défi lancé à moi-même, mais il y avait surtout cet amour des mots, de la poésie et l’envie de le partager avec des gens à qui cela pouvait apporter un moyen de penser à autre chose, une occasion pour eux de s’intéresser à quelque chose susceptible de les faire rêver et réfléchir. Pour moi rêveur, je croyais aux textes officiels, et je pensais donc qu’une prison c’était certes fait pour punir, mais cela devait être fait aussi pour donner aux malchanceux une chance de se réinsérer, de se cultiver. « Bon j’étais presque sûr que tu accepterais. Maintenant il va falloir que tu me fournisses rapidement certains papiers et des photos pour que je remplisse le dossier pour la demande de ton entrée là bas, au Ministère de la Justice. Çà risque de durer presque un mois pour avoir l’autorisation et ta carte. Sans doute même qu’on fera une enquête sur toi. Ça ne te dérange pas je suppose. »

 

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Murs de pierre comme le fut mon coeur, Murs gris d’ennui, murs inertes comme moi, Où se dépose la poussière lourde du temps! ( tirés de poèmes de détenus.)

(L’ancienne Centrale où je me rendis il y a longtemps.)

Environ vingt six jours après, il m’appela et me donna ma carte avec ma photo tamponnée, etc. il fallut que j’aille signer au Secrétariat de la prison d’autres papiers. Puis vint, accompagné d’Armand le jour de mon entrée dans ce lieu dit de haute sécurité. J’avais amené des feuilles de papier vierge, un stylo. Il me donna quelques consignes. « Voilà je vais entrer avec toi, ce que tu as amené tu le laisses avec ta sacoche à l’entrée : il y a tout ce qu’il faut dans notre salle où nous irons et où Sergei viendra te retrouver.De toutes façons, on va te fouiller!

 

Je vous présenterai l’un à l’autre. Tu verras ; c’est un gars hyper énergique et serviable puis qu’il s’occupe de la bibliothèque de la prison, écrit les lettres de certains, est capitaine entraîneur de l’équipe de football de la prison. Il est sympa mais tu seras étonné car au début je suppose qu’il fera preuve d’une certaine timidité. Bon il est d’origine slave, est très intelligent et en a sans doute pour perpète à moins d’une remise de peine pour bonne tenue. C’est tout ce que je dois te dire de lui. Surtout tu ne lui poses aucune question d’ordre privé. La plupart des prisonniers racontent leur vie souvent en l’arrangeant. Mais lui est plutôt du genre discret. S’il arrive à te dire certaines choses, tu ne fais pas de commentaires. Et bien sûr tu ne dis rien sur ta vie. Tu es avec lui pour mettre en page la revue, la corriger. Tu resteras seul avec lui pendant environ deux heures chaque semaine. Mais n’aies aucune crainte ! Tu seras surpris par sa bonne éducation, sa politesse, son parler ! »

 

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Miradors attentionnés qui veillent ma foi
Chaque jour et chaque nuit sur moi !
Barbelés, oui c’est la barbe et c’est laid,
Comme mon âme il paraît !
On me l’a tellement dit que ça doit être vrai!
(Vers tirés de textes de détenus)


Je fus très impressionné par le nombre de portes que je dus franchir avec à chaque fois un nouveau gardien qui muni, d’un sacré trousseau nous ouvrait les nombreuses serrures !

 

Je me sentais bizarre avec une certaine appréhension malgré mes efforts pour chasser mes préjugés, mes craintes !

 

Enfin nous arrivâmes dans la salle où je devais rencontrer l’homme : elle était assez grande avec une longue table et trois chaises pour seuls meubles ! Le gardien qui nous avait fait entrer referma la porte et alla chercher Sergei ….Armand prit une boite en carton sur la table, l’ouvrit et sortit des feuilles, des stylos, deux crayons à papier, une gomme et deux ou trois numéros précédents de la revue . « Tiens regarde en attendant ». Je lus donc quelques pages je fus surpris par la naïveté de certains textes ou poèmes et par la force de bien d’autres. Beaucoup parlaient de la douleur de cet enfermement, du besoin de retrouver la liberté, de femmes idéalisées et trop loin. Certaines lignes même cachaient une violence sous-jacente.

 

Soudain la clé tourna dans la serrure de la porte ; mon cœur se mit à battre plus vite. Je me levais et vis entrer un homme assez grand d’environ trente deux ou trente cinq ans. Je lui tendis la main, il me la serra avec une certaine vigueur. Armand nous présenta, puis nous prîmes place à la table.

 

… Sergei se trouvait en face moi et je sentais qu’il me dévisageait.

 

Mon cœur se mit à battre plus rapidement, quand Armand s’en alla comme il disait pour visiter deux ou trois prisonniers. Je vis la porte se refermer à double tour. Soudain je réalisais que je me trouvais seul, enfermé dans une pièce avec un gars qui avait du commettre un sacré forfait avec un meurtre ou plusieurs à la clef. C’est fou malgré sa raison, comme notre esprit peut s’affoler. Une sorte d’onde glacée balaya mon dos. Je crus même à moment donné que mon corps tremblait ! Sergei avait très bien compris mon mal être et aussitôt se mit à parler gentiment « Bon je vois que vous avez regardé certains numéros. Vous allez me dire tout ce qui ne va pas : couleur de la couverture, présentation des textes. Ensuite nous parlerons des textes eux-mêmes. »

Je parvins à dominer cet espèce de crainte bizarre et bien vite un dialogue constructif s’établit entre nous.

 

J’y ai du retourner cinq ou six fois. Sergeï tout en gardant quand même une certaine distance, avait sympathisé avec moi et nous fîmes un sacré travail. C’était un homme qui comprenait très vite et émettait même des idées très pertinentes. Si ce n’est à l’entrée et à la sortie, j’en oubliais que je me trouvais dans une Centrale. Quand je me retrouvais dehors, en ville, je voyais les gens d’une autre façon et surtout j’appréciais beaucoup plus ce sentiment extraordinaire de liberté.

 

Je pensais soudain à tous ces gens de lettres connus en France ou ailleurs, qui sont allés en Prison pour des motifs divers plus ou moins graves. Et surtout des poètes ces gens épris de liberté, ces accuseurs, ces dénonceurs, ces vivants en appesanteur, ces traverseurs de miroirs, devenus soudain des ballons captifs: bien sûr je ne remonterai pas dans l’histoire et surtout dans l”antiquité.

Mais je prendrai en premier François Villon;: enfermé pour différentes rixes souvent à la suite d’excés d’alcool; à la suite d’un incident plus grave, Rue Saint Jacques, il subit la question et fut condamné à être “pendu et étranglé”. C’est là qu’il écrivit en 1463, sa fameuse “Ballade des Pendus”Mais finalement sa peine fut commuée en dix ans “d’éloignement en Province”.

Puis je veux évoquer, notre voisin cadurcien Clément Marot, né en 1496, qui malgré qu’il fut poète officiel de Anne de Bretagne puis valet de chambre de la reine Marguerite de Navarre, alla en prison pour avoir mangé du lard en carème ! L’Eglise d’alors ressemblait aux intégristes musulmans d’aujourd’hui! ( Mais c’était au 16° siècle): il remercia ainsi ceux qui le firent libérer

En liberté maintenant me promène
Mais en prison, pourtant, je fus cloué;
J’eus à Paris; prison fort inhumaine
A Chartres fus doucement encloué.

Le maraud, ( sans jeu de mots)n’écoutant que son bon coeur, récidive en passant le guêt pour délivrer un homme qu’on arrêtait et rossa le soldat: il retourna dans une geôle. Prenant sa plume il écrivit à François ) pour demander sa clémence

Trois grand pendards vinrent à l’étourdie
En ce Palais me dire en désarroi
“Nous vous faisons prisonnier par le Roi”!
Incontinent qui fut bien étonné,
Ce fut Marot, plus que s’il eut tonné…
S’il vous supplie, Sire, mander par lettre
Qu’en liberté vos gens me veuillent mettre.

Théophile de Viau, notre Lot et Garonnais, ( il y a des descendants), né en 1590, à Clairac: né dans une famille protestante, à la suite de ses études et témoin des chamailleries entre théologiens, s’éloigna de toutes religions; considéré comme athée et libertin, il fut condamné par l’Eglise pour des poèmes licencieux ( vive la séparation de toute église et de l’Etat !); devenu poète de la cour, il fut enfermé dans la prison du moment, Le Châtelet, malgré la protection au début de Louis XIII; il dut même se convertir au catholicisme!

Dans un long poème “Elégie à une dame”, il montre sa liberté de pensée et ses idées en matière de poésie déjà modernes et libertine:

Je veux faire des vers qui ne soient pas contraints,
Promener mon esprit par de petits desseins,

Chercher des lieux secrets où rien ne me déplaise,
Méditer à loisir, rêver tout à mon aise,
Employer toute une heure à me mirer dans l’eau,
Ouïr comme en songeant la course d’un ruisseau,
Écrire dans les bois, m’interrompre, me taire,
Composer un quatrain, sans songer à le faire.
Après m’être égayé par cette douce erreur,
Je veux qu’un grand dessein réchauffe ma fureur,
Qu’un œuvre de dix ans me tienne à la contrainte,
De quelque beau Poème, où vous serez dépeinte :
Là si mes volontés ne manquent de pouvoir,
J’aurai bien de la peine en ce plaisant devoir.
En si haute entreprise où mon esprit s’engage,
Il faudrait inventer quelque nouveau langage,
Prendre un esprit nouveau, penser et dire mieux
Que n’ont jamais pensé les hommes et les Dieux.

Dans Première journée, ,il précise son besoin de modernité dans l’écriture. C’est là que l’on se rend compte qu’ils existe des esprits supérieurs qui font avancer dans bien des domaines la pensée et le moyen de l’exprimer !

“Il faut que le discours soit ferme, que le sens y soit naturel et facile, le langage exprès et signifiant ; les afféteries ne sont que mollesse et qu’artifice, qui ne se trouve jamais sans effort et sans confusion. Ces larcins qu’on appelle imitation des Auteurs anciens se doivent dire des ornements qui ne sont point à notre mode. Il faut écrire à la moderne ; Démosthène et Virgile n’ont point écrit en notre temps, et nous ne saurions écrire en leur siècle ; leurs livres quand ils les firent étaient nouveaux, et nous en faisons tous les jours de vieux.”

Il est évident que je pensais à Voltaire, l’impertinent qui osa accuser le Régent Phillipe d’Orléans d’inceste. Il fut embastillé un an mais Voltaire intelligent et roublard sut revenir dans les bonnes grâces du Prince.

Et n’oublions pas André Chénier (1762), qui dénonça sous la Révolution la terreur aveugle et barbare, fut enfermé et fut décapité à 32 ans,deux jours avant Robespierre

Ajoutons Gérard de Nerval enfermé pour avoir manifesté avec des étudiants et qui à l’age de 47 ans se pendit dans un escalier, là où se trouve aujourd’hui le trou du souffleur du Théâtre de la ville à Paris.

Evidemment, Verlaine, emprisonné 2 ans à Mons pour avoir tiré sur son petit Ami, Rimbaud

Pour ses mœurs homosexuelles Oscar Wilde, fut condamné à la prison puis à deux ans de travaux forcés qu’il ne fit pas et il mourut solitaire, en 1900,en France .

Même Apollinaire fit quelques mois de prison car accusé d’avoir volé…”La Joconde!” en 1911. Hélas il faut ajouter l’infortuné Max Jacob; bien que converti au catholicisme, fut conduit en tant que juif, au camp de Drançy où il mourut.

Ou encore Benjamin Fondane, ce poète et grand philosophe roumain, et juif déporté à Auschwitz et gazé à Dachau

Un jour viendra, c’est sûr, de la soif, apaisée,
nous serons au-delà du souvenir, la mort aura
parachevé les travaux de la haine,
je serais un bouquet d’orties sous vos pieds,
alors, eh bien, sachez que j’avais un visage
comme vous. Une bouche qui priait comme vous.

Ajoutons Robert Brasillach qui a eu la folle idée de pencher dans des théories fascistes et antisémites et qui fut fusillé en 1945.

 

Mais d’autres célèbres écrivains ont connu la solitude d’une geole:

Le célèbre poète Etienne Durand ( 1586.1618), mais aussi,Cervantes,Diderot, Sade, Casanova Lamennais, Jean Cassou, Jean Cayrol, Jean Genet . et n’oublions pas tous ces écrivains, poètes ou journalistes, emprisonnés encore de nos jours dans des dictatures telles que Cuba ou dans d’autres d’Amérique Centrale ou du Sud, d’Afrique, ou d’Asie, ou dans certains pays musulmans. Ne parlons pas de ceux qui sont lâchement assassinés comme la dernière en Russie Anna Polikovskaïa, ou fin septembre le japonais Kenji Nagaï lâchement abattu dans la rue par un soldat de la junte au pouvoir depuis des dizaines d’années en Birmanie ( je ne peux prononcer ce nom taché de sang de Myanmar). Mais que font les Nations, les Intellectuels qui ne font que parler, les politiques qui ne font que s’agiter devant toutes ces dictatures qu’on laisse tranquilles de Cuba à la Birmanie??

Mais voila, j’ouvre des parenthèses, que je remplis, emporté par mon besoin de parler, mon état de refuseur. Alors j’arrête et reviens à mon récit de rencontres faites sur le chemin de ma vie!

J’aperçus un ou deux ans plus tard Sergueï, mais ne pus l’approcher. En effet dans la ville il y avait chaque année, un tournoi de football inter sociétés ou clubs sportifs. Et l’équipe de la centrale y participait ; elle jouait si on peux dire ses matchs à domicile sur le terrain de la prison. Ils arrivèrent en finale qui dut se dérouler sur le stade de la ville. Bien sûr ce fut un évènement national et même européen. Les tribunes étaient pleines, les télés de France et de certains pays européens étaient venues filmer cette rencontre sportive plus qu’extraordinaire ! Et le terrain était encerclé de policiers en civil et en tenue ! L’équipe de la prison sortit et entra dans les vestiaires bien encadrée !. Le match fut presque à sens unique et les prisonniers remportèrent la coupe !

 

Ce fut bien sûr un match qui fit la une de nombreux médias.

12 octobre 2007 - Aucun commentaire
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Pourquoi je suis allé en prison.

2° et 3° Entrée en Centrale !

Trois ou quatre ans plus tard je devais retourner dans cette prison pour faire passer le B.E.P.C. J’enseignais à l’année dans un Collège ( où j’eus deux élèves qui connurent une fois adultes, une certaine notoriété : un à la Radio, l’autre au tennis puisqu’il fit même partie de l’équipe de France.). Je fus désigné par l’Inspection Académique avec deux autres collègues pour faire passer les épreuves. Je sentais chez eux une certaine appréhension, surtout quand il fallut laisser nos cartes d’identité au bureau de l’entrée et que nous dûmes suivre un gardien dans un dédale de portes fermées à doubles tours, de couloirs, d’escaliers. On nous emmena dans une salle, leur salle de classe, au premier étage : la fenêtre bien sûr était munie de gros barreaux. Il y avait huit ou neuf tables avec leurs chaises. C’était là que l’enseignant détaché de l’Education Nationale donnait ses cours. Deux fois ce poste fut mis au mouvement mais je ne pus jamais l’obtenir car, vu son emploi du temps sur mesure et le nombre d’heures de cours bien moindres, était très demandé.

 

Le gardien nous laissa et nous enferma en nous disant : »Voilà vous allez attendre, un collègue va vous amener les cinq candidats. Je voyais que mes deux collègues n’étaient pas très à l’aise ; je les rassurais en leur disant que ces gars faisaient preuve de volonté et n’étaient pas si bêtes que cela puisqu’ils avaient quand même le niveau du brevet. Et j’ajoutais surtout qu’il y aurait un gardien avec nous. Cela sembla les tranquilliser. Un , était plutôt timide, l’autre était du genre baba-cool !

 

Soudain nous entendîmes la porte s’ouvrir et les cinq gars entre vingt et trente ans vinrent nous serrer la main. Je remarquais tout de suite l’un d’entre eux, le plus grand et le plus costaud, avec l’accent marseillais, qui avait l’air plus que roublard avec son sourire ironique. Ils s’assirent. Le gardien avait refermé la porte et se tenait près d’elle : il nous dit que le directeur allait nous apporter l’enveloppe cachetée avec les sujets. En effet ce dernier arriva presque aussitôt. Le Directeur nous salua, donna l’enveloppe au plus âgé, c’est-à-dire au timide et rappela certaines consignes aux prisonniers. Puis il ressortit. Le gardien après avoir refermé la porte s’adressa aux cinq hommes « Bon je compte sur vous pour montrer votre envie de bien faire. N’oubliez pas que si vous réussissez votre brevet, vous aurez une remise de peine de quelques mois. Et à notre grande surprise, pendant que les cinq gars mettaient leurs noms et prénoms sur les feuilles avant de le cacher avec le rabat collant, il vint vers nous en nous disant doucement : « Voilà, je sors, je vais refermer, mais n’ayez aucune crainte. Ce sont des gars qui savent se tenir. De toutes façons je serai au bout du couloir. Si vous avez un problème vous avez à côté de la porte une sonnette, et il sortit nous laissant enfermés dans la salle avec les détenus. Je vis mes deux collègues devenir blancs, mais je dois avouer que moi-même je ne me sentais pas trop tranquille. Les deux autres me demandèrent de dicter le texte d’orthographe ; le timide se tenait en retrait et le baba-cool restait derrière les cinq candidats. Je commençais à dicter le texte après l’avoir lu. J’essayais de bien prononcer chaque mot pour les aider. A la fin je relus et leur laissais cinq minutes pour se relire. A ce moment le malin demanda au baba-cool : « Eh, ce mot je n’ai pas fait une faute ? ». et ce qu’il ne fallait pas faire arriva. Le baba-cool tout penaud, lui dit aussitôt en montrant avec le doigt : ” Oui ça s’écrit comme ça avec deux t et tu as oublié le s à la fin.” Alors l’homme demanda plus fort « Et vous allez l’air sympa, alors dites-moi toutes les fautes ! » Le collègue s’exécuta je ne sais si c’est par peur ou parce qu’il s’en fichait. Alors je vis avec un froid dans le dos les quatre autres se lever et nous dire à nous autres deux : « Et c’est pas juste, si lui, on l’aide, vous deux, venez nous dire les mots faux pour qu’on les corrige » Je vis le timide presque trembler et hésiter à se diriger vers la sonnette et finalement aller aider deux candidats. Je fus donc obligé d’aller aider les deux autres !

 

Puis ce fut la rédaction. Là, les cinq hommes nous laissèrent tranquilles. Entendant parler et rire à l’extérieur, je regardais par la fenêtre et fus très surpris de voir dans la cour des prisonniers jouer à la pétanque avec de véritables boules, les deux gardiens étant appuyés contre des platanes ! C’était le moment de la pause, car la plupart travaillaient dans une sorte de grand atelier à faire des cagettes de bois pour les maraîchers et jardiniers du coin.

 

A midi nous ressortîmes et allâmes manger dans un petit restaurant, le repas nous étant remboursé. Bien sûr on fit des reproches au baba-cool. » Allez ne vous en faites pas. Il faut être sympa. Vous avez entendu, s’ils sont reçus, ils passeront quelques mois de moins en prison. Il faut être amicaux et ne pas prendre de risques et après tout, demain, on ne les reverra plus ! » Je regardais le troisième collègue qui avait l’air aussi déconcerté que moi. Que répondre à ce baba-cool aussi peu responsable ?

 

L’après-midi, ce furent les épreuves de maths et d’histoire-géo. Mais le gardien était nouveau ; de plus je le connaissais. Il resta dans la pièce et bizarrement tout se passa calmement !

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Barreaux noirs, ciel d’orage et la vie derrière. qui continue. Liberté je t’ai fourré sans que tu le veuilles, Maintenant tu me le fais payer !. Me pardonneras-tu un jour si je viens te retrouver?.(tirés de poèmes de détenus)

La troisième fois que je me rendis dans cette prison, ce fut invité en tant que président d’un club littéraire et artistique, par le Directeur, l’animateur et l’assistante sociale de la Centrale, au vernissage d’une exposition d’œuvres faites par des prisonniers : peintures, collages, modelages, sculptures même.

 

Là dans la grande salle il y avait les prisonniers-artistes, quatre gardiens, le Directeur, une assistante sociale et un animateur et bien sûr les invités ; un représentant de la ville, des représentants d’associations< ; les prisonniers étaient pour la plupart aux anges car ils pouvaient discuter avec des étrangers. Je fus intrigué par quatre peintures un peu naïves ; elles représentaient une femme devant une maison pimpante, puis assise sur un lit, ensuite devant une voiture et enfin tenant par le cou un homme. Ce qui me surprit c’est que l’auteur de ces toiles avait au lieu de dessiner et peindre le visage, collé la tête d’une femme blonde, mannequin, découpé dans un catalogue de vente par correspondance. Je m’aperçus que l’auteur était à côté de moi et me regardait d’une manière étrange, avec un sourire bizarre. Pour essayer de m’intéresser à lui, je lui demandais : ” C’est vous qui avez peint ces tableaux ?” Ma question sembla ouvrir la vanne de la parole ! « Ah oui c’est moi. Ca vous plait ? Vous voyez j’ai représenté ma femme qui me manque énormément. Ah si vous savez c’est dur d’être ici. Il me tarde de la retrouver et de la serrer dans ses bras. Je lui écris une lettre ou poème chaque jour ». « Ah oui je vous comprends » lui répondis-je et me sentant gêné par son regard surprenant, j’essayais de m’intéresser à un autre tableau. Aussitôt je l’entendis raconter son histoire à un couple de visiteurs. Au fond de moi j’éprouvais presque de la pitié pour cet homme qui semblait si amoureux de son épouse et si malheureux d’en être séparé. Puis je me mis à discuter avec un gardien dont j’avais eu la fille en classe. Il me dit « Ah je vous ai vu vous parler avec « Jojo ». Il a du vous parler de sa chère et amoureuse épouse qui l’attend impatiemment ? »

 

-Oui en effet.

 

- Et bien vous savez pourquoi il est ici ?

 

-Non.

 

-Et bien tout simplement parce qu’il l’a tuée de plusieurs coups de couteau il y a trois ans ! Et croyez mois il n’est pas prêt de ressortir. Evidemment je fus plus que surpris pour ne pas dire stupéfait ! Il m’avait bien eu. J’en conclus qu’il relevait comme beaucoup plus de la psychiatrie.

 

Poussé par la curiosité, je lui expliquais que quelques années avant j’étais venu aider un nommé Sergueï pour la rédaction d’une revue de prose et de poésie.

 

-Ah le prisonnier modèle, le moteur de toute action culturelle et sportive ?

 

- Oui et Armand qui m’avait fait venir n’a jamais voulu me dire pourquoi il était condamné à perpétuité. Est-ce que vous pouvez vous me l’expliquer ?

 

-Pas de problème, tout le monde le savait, mais les visiteurs de prison sont tenus au secret professionnel. Ah Serguei, c’était un gars bien mais une victime de son caractère impulsif, de son amour pour sa femme. Il était ingénieur. Un jour malade, il est rentré plus tôt que prévu chez lui; et hélas, il a trouvé sa chère épouse en compagnie d’un homme dans le plus simple appareil !. Sa jalousie profonde aidant, il est devenu subitement comme fou. Le gars a réussi à se sauver ; sa femme pour son malheur s’était réfugiée dans la cuisine en lui demandant pardon. Pris par son délire, devenu sadique, il a pris dans un râtelier un grand couteau, a lardé sa femmes de coups violents puis continuant dans la spirale de sa folie passagère, il l’a coupée en plusieurs morceaux. Puis il s’est calmé et a appelé la police. Jugé aux assises, la démence passagère n’a pas été retenue et il a écopé de la perpétuité, échappant peut-être à la peine de mort (qui n’avait pas été encore abolie). Vous savez la plupart des détenus qui sont ici le sont pour des affaire graves : meurtres, braquages, etc..

 

Je réalisais soudain que j’avais passé des heures, seul, avec cet homme qui m’avait paru pourtant si équilibré, si intelligent, si urbain ; un homme a souvent des parts d’ombres bien difficiles à même imaginer ! Un autre gardien vint le chercher et je ne pus pas lui demander ce qu’était devenu ce Sergueï.

 

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Barreaux noirs, ciel d’orage, avenir incertain. ( tiré de poèmes de détenus.)

Je revis un jour Armand et lui en parlais : « Qui te l’a dit ?

-Un gardien.

-Et bien il n’est pas malin. Mais avec Serguei, tu ne risquais rien ; sinon je ne t’aurais pas laissé seul avec lui ; il n’aurait pas fait de mal à une mouche. Ses seuls défauts : être amoureux fou de sa femme en qui il avait toute confiance, être jaloux et colérique ! A part cela, c’était un type bien, serviable. Tous les autres prisonniers le respectaient.”

 

Je fus surpris par le ton calme qu’avait pris Armand pour me raconter cela.

12 octobre 2007 - Aucun commentaire
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