Voie verte.
Voie verte.
C’est un jour de Printemps ; euh
pardon d’Octobre. Lapsus calami…il fait si beau. Et soudain le soleil me
donne envie, à moi ours solitaire, de lécher le miel de la lumière qui semble
couler dans les airs. Sortir, m’évader, respirer et marcher… oui marcher
malgré les mille fourmis qui emprisonnent mes pieds. Mon chien a compris mon
envie soudaine et bondit vers sa laisse
accrochée dans le couloir. Il se met à danser, debout en croisant et décroisant à son habitude à toute vitesse
ses pattes avant. Il sait le bougre me faire franchir les dernières
hésitations. En voiture je gagne un parking
près de la Voie verte que notre
ville a construite sur le tracé de l’ancienne voie ferrée.
Et la ballade
commence. Est-ce moi qui promène mon chien ou est-ce le contraire ? Les hectomètres
défilent lentement.
Je suis surpris par le nombre de promeneurs, de
randonneurs, de coureurs. Des couples de retraités,
des sportifs en mal d’entraînement et oh surprise pas mal de jolies femmes, entre trente et quarante ans, promenant leur animal à quatre pattes. C’est normal qu’elles soient belles! Elles ont du chien !!!
. C’est fou comme un chien peut servir à faire connaissance avec des inconnues ! Car mon Aldo, avec le nom qu’il porte, a la classe et en plus la curiosité qu’il doit tenir de moi, s’arrête obligatoirement pour faire copain-copain avec l’autre toutou.
Et forcément comme je suis bavard et encore charmeur, une conversation
est vite engagée. On se retrouve vite avec la promeneuse rencontrée, accroupis,
à caresser nos chiens respectifs en les qualifiant de beau, de mignon, de
marrant. La discussion continue un moment. Parfois, un bout de chemin est fait
à quatre.Douze pattes qui trottinent ! En voilà une justement, attrayante, une promeneuse plus que sympathique avec son
Yorkshire. Blonde châtain, les yeux bleus, un corps impeccable, environ 42 ans.
Prof s’intéressant à l’art. La discussion devient intéressante avec tellement
de points communs. Je comprends que des retrouvailles devant un thé ou à une table bien garnie sont suggérées
délicatement ! Balancement
inconscient, l’espace d’un instant d’infini qui en fait ne dure que 2 ou 3
secondes ! Mais je pense à mon Amie qui sans doute doit bien aimer la peau
de cet ours semble-t-il inquiétant mais en fait si doux ( jallais dire à caresser), qu’elle supporte
depuis bientôt 15 ans ; un peu plus d’années que la différence qui nous
sépare. Et défaut ou qualité, je suis fidèle. Je serais peut-être très jaloux si
j’apprenais que mon Amie, allait batifoler avec un autre homme. Oh, la solution
serait simple. Je romprais aussitôt sans esclandre, mais avec un silence
méprisant. Et oui, défaut ou qualité. Telle est la question ? Je n’ai jamais eu deux plats sur le feu en
même temps. Ou ça m’est peut-être arrivé, je le confesse, deux fois quand j’étais pion à
Villeneuve et étudiant à Talence ! La 1° année. C’est ça. Une bande de
quatre ; un copain d’aventures et deux filles. Ma « petite
amie » bordelaise était une fille de bourges. Voiture de sport ou le
copain et son amie se tassaient à l’arrière sur deux places plus que petites!es. Moi
heureux comme un prince à l’avant à côté de ma belle qui roulait bien vite.(Rendez-vous compte à l’époque j’allais à mon boulot au Collège où je travaillis…. en Solex! ) Virées
de deux jours dans la villa de vacances avec piscine du Pyla des Parents de la dite petite
amie. Il était dit que Johnny Halliday avait une villa pas très loin. Folies
d’un jeune qui découvre la vie facile, le luxe, la facilité, la liberté avec qui plus est une jeune fille plus que libérée !!!.
Griserie de l’interdit… Sécher deux ou trois heures de cours ça valait
tellement le coup !
Mais une fois retourné à Villeneuve, dans les bras de ma Villeneuvoise, quel sentiment de culpabilité angoissant. Je suis sans doute bizarre pour certains. Mentir ce n’est pas mon fort. Goût parfois de l’interdit, de l’excès, oh oui ! Mais tant que cela ne risque pas de faire souffrir quelqu’un d’autre. Et le mensonge m’étant tellement dérangeant que je suis rentré dans le droit chemin en rompant tant qu’à faire avec les deux. La vie sentimentale était alors tributaire d’incertitudes et de paramètres qui me paraissent aujourd’hui d’un autre monde !!!
Etrangeté de cet esprit qui en quelques secondes fait un bond dans le temps et qui déclenche dans mon cerveau, je me plais à l’imaginer, un ballet surréaliste de synapses, de neurones affolés ! Et puis je reviens sur ma voie verte ! Alors avec un dernier sourire, je referme la parenthèse. Bizarre les fourmis ont du fuir dans l’herbe des bas côtés.Je n’ai plus mal à mes mollets. Je continue. Malgré moi, je me retourne une dernière fois. Encore plus bizarre la jolie dame au Yorkshire aussi. On se sourit comme deux enfants pris en train de faire une bêtise.
Un ferrailleur d’importance. Les voisins devenus écolos bien sûr râlent.
Une menace pèse-t-elle? Va-t-on vers l’embrasement?
Devant mes yeux la pancarte danse et rougeoie!
Non, car des discussions
ont été engagées entre industriel, voisins, le tout chapeauté par des élus ,et le site va partir dans un coin éloigné. Emplois préservés,
habitants débarrassée du bruit.
Et la voie en silence continue son chemin.Elle redevient verte avec la menace effacée…
La prudence me fait rebrousser chemin. Surprenant miracle, je marche encore et mon chien a l’air de trainer la patte ! Je passe devant ma voiture
et continue vers le site de l’ancienne
gare transformé en square fleuri et arboré avec goût.
Saluons le travail des Service municipaux. et la volonté des Elus. Quartier restructuré avec des constructions de logements, Maison des Associations,Il est loin le temps des bâtiments ferroviaires et du quartier abandonné qui basculait dans un no man’s land inhospitalier et inquiétant.
Et cette voie que je reprends pour m’en retourner, passe derrière le Parc de la “Solitude” où habitait au début du 20° siècle la famille Sicaud .Parc où rêvait l’enfant poète.
Moi aussi je me mets à songer et je
vois dans une illusion étonnante le chemin continuer sur des terres
inconnues…Mystère des mots, des lieux…Une simple voie qui plus est , est verte, fait se mettre en route des jambes rouillées et un esprit folâtre !




















